NETTALI.COM – La tendance qu’empruntent nos médias, la télévision en particulier, est-elle la bonne ? Si nous nous posons ainsi la question, c’est parce qu’il y a trop de personnes célèbres ou même anonymes qui se retrouvent du jour au lendemain sur les antennes de radios ou plateaux de télévision, en tant qu’animateurs d’émissions,  sans que l’on connaisse réellement leur background, ni ce qui les a menées là, lorsqu’elles ne sont tout simplement pas parrainées par des animateurs eux-mêmes, des responsables de médias.

Et c’est dans le domaine du divertissement que le phénomène s’observe le plus, et les animateurs qui y officient, finissent par prendre en charge des émissions à caractère informatif notamment politique, économique, social, culturel, etc. Cela, sans la formation préalable nécessaire dans le domaine de l’information. Bien sûr le divertissement est entre autres missions des médias, donc il doit donc pour cette raison, être pris en compte dans les programmes, étant entendu qu’il répond à une demande du public. Seulement la dimension éveil des populations ne doit pas être occultée dans l’élaboration des contenus, dans un univers où la grande majorité est composée de chaînes généralistes. Dans le schéma d’une chaîne de télé à vocation culturelle et qui privilégie l’Entertainment – entendons bien tout ce qui  touche au spectacle, à la musique, à l’art et à la culture de manière générale – également. C’est suivant cette logique que les programmes ou plus exactement les émissions doivent être encadrées de la même façon qu’une émission informative qui obéit à la religion des faits ?

Voici par exemple deux chaînes de télé, la 2 STV et la TFM qui ont comme patrons El Hadji Ndiaye et Youssou Ndour, deux personnages connus du monde du spectacle. Les deux chaînes avaient, à leur origine, une vocation de télévision culturelle, avant que ne s’opère un glissement qui leur a fait emprunter des sentiers de chaînes généralistes. Les forts moments de confrontation entre Youssou Ndour et Me Abdoulaye Wade sont frais dans les mémoires. Il fut en effet un moment où You voulait sa licence de chaîne généraliste que lui refusait le Pape du Sopi. Mais il arrivera finalement à ses fins.

La TFM, c’est en réalité l’histoire d’une chaîne précédée par les succès d’un journal L’Observateur et une radio, la RFM, tous les deux dans le peloton de tête des médias sénégalais. Ses débuts ne furent pas simples car cette télé était affabulée du sobriquet de radio filmée jusqu’à ce qu’elle évolue vers une chaîne avec ses propres programmes. Aujourd’hui la logique de groupe impose de mettre en commun, les ressources de la radio, de la télé et dans une certaine mesure le journal, dans une logique de création d’une certaine synergie, de manière à ce que certains journalistes bien en vue, puissent renforcer l’efficacité de la télé. C’est le cas avec la matinale de la TFM, « Soir d’Infos » et d’autres émissions spéciales. Mais à y voir plus clair sur la TFM, c’est le côté divertissement qui semble privilégié par rapport au côté éditorial. En comparaison, la RFM dame le pion à la TFM en termes de contenus informatifs, celle-ci ayant de gros progrès à faire sur ce plan.

A l’opposé, la 2 STV, même si elle a eu à intégrer en son temps, une dimension informative avec des journalistes tels que Cheikh Diaby (au JT et une émission hebdomadaire de débat), Pape Alé Niang (qui animait « Décryptage » ), Ben Makhtar ( qui animait aussi une émission politique les samedis matins), et aujourd’hui la matinale qui donne l’impression d’une radio filmée avec Astou Dione, la dimension culturelle de la chaîne semble avoir pris le dessus. Avec Pape Sidy Fall, les émissions animées par des rappeurs, le yéla en Pulaar, Fabienne Félhio qui a pris le relai de Ben Makhtar en compagnie d’un co-animateur etc, le positionnement est clair. Le culturel l’emporte, surtout que le contenu informatif n’est pas des plus consistants.

En dehors de Babacar Dione – qui anime une émission politique et qui a du mal d’ailleurs à se frayer un chemin dans le monde des émissions télé phares – une nouvelle émission dénommée « Tout se discute » a vu le jour et traite aussi de politique. Celle-ci est animée par Adja Diallo et Paco Jackson Thiam. Une grosse surprise en tout cas ! Ces deux-là ont la prétention d’animer des émissions politiques aussi. Il n’y a guère longtemps l’ancienne mannequin animait une émission sur Sen TV dans le genre Kim Kardashian qui retraçait son quotidien entre son shopping, ses séances de pédicure/manicure, de maquillage, ses sorties au restaurant, ses conversations avec ses amies, etc. Dans cette nouvelle émission, fiches à l’appui, sans formation de journalistes, sans un niveau scolaire acceptable et une culture générale, ils posent des questions lui et Paco, dans un style télégraphique, sans vraiment connaître les faits politiques. Que d’approximations et de spéculations dans leurs analyses et commentaires parce qu’ils discutent également, au cours de l’émission avec les invités. Des types d’émissions qui ne font en réalité que créer davantage de confusions dans la tête des téléspectateurs qui attendent des explications et éclairages qu’ils n’auront pas.

L’on peut aussi citer l’émission « Vous et nous » animée par Ndèye Ndack où des questions de société sont évoquées en compagnie d’anciennes miss, Omaro et d’autres femmes dont on s’interroge sur le background. Elle est une floraison d’opinions non cultivées et pas du tout savantes. Point de spécialistes pour apporter des éclairages. Un soir, grande fut notre surprise de découvrir un plateau où l’on parlait de séduction avec des termes tellement crus et des objets sexuels dans le genre sex toy exhibés sur le plateau. Bref, on tombe des nues. Le traitement de certains sujets nécessite quand même un peu plus de précautions et de retenue sans compter l’apport de spécialistes avec une certaine caution scientifique.

Cette tendance vers le tout divertissement repose la question du talent et du niveau des animateurs, du choix des co-animateurs et bien sûr des invités. Ce qu’il convient de relever, c’est qu’au-delà du talent, une émission ne peut avoir comme projet que la simple volonté de faire rire, quitte à dire tout et n’importe quoi  ou à inviter n’importe quel guignol qui se plaira à dire ce qu’il ressent sur le moment. Pawlish et Ouzin Keïta sont passés à l’émission « Confrontation » animée par Bijou Ngoné. Il y’en a que leur prestation a fait rire. C’est sûr. Mais à l’inverse, l’émission a reçu une avalanche de critiques par son côté futile et inutile. Ça se discute en tout cas. Au cours d’une autre émission Bijou avait cherché par tous les moyens à ridiculiser Abou Thioubalo en le qualifiant de chanteur fini et n’avait de cesse d’insister sur ce fait. Et ce dernier sentant la volonté de l’humilier, s’était rebiffé avant d’évoquer les quelques mariages de l’animatrice qui ont fini en divorces. Quel était le projet d’une telle émission ? Se lancer des piques, humilier l’invité et se retrouver sur la défensive, façon arroseur arrosé !

Le professionnalisme, au début et à la fin …

Sur la TFM, une nouvelle émission dénommée « Kakatar » a vu le jour. Et il y a deux semaines, elle parlait de rapports dans le couple. Six (6) personnes sont ainsi présentes sur le plateau, en plus de l’animatrice Ya Awa Dièye. Il y avait entre autres co-animateurs, un certain Modou Guèye, l’exubérante Ndella Madior Diouf, le célèbre comédien Lamine Ndiaye, le tonitruant Ndoye Bane, une dame nommée Amina et Penda Guissé ancienne animatrice à Sen TV. Un plateau à priori composé de gens pas choisis par hasard. Des gens connus pour ne pas avoir leur langue dans leurs poches à l’exception d’un Lamine Ndiaye plus posé et connu pour son langage mesuré et correct.

Un sujet aussi à priori intéressant et qui aurait pu accoucher d’un débat plus fructueux, s’il n’avait pas viré à une sorte de jeu de rôles entre des hommes qui s’opposent à des femmes et vice-versa. Mais au finish qu’est-ce qui en est sorti ? Rien d’autre qu’une diversité d’opinions certes, mais difficile de se faire une idée précise sur le comment bâtir une cohésion dans le couple. Beaucoup de niaiseries en somme, de paroles choquantes et de propos un peu désobligeants et obscènes. Devrait-on pouvoir tout dire à la télé et utiliser n’importe quels propos, sous prétexte de libération de la parole ou de parole décomplexée ? Devrait-on pouvoir parler de jouissance en des termes aussi crus, histoire de se dire « disons les choses telles quelles ».

Parler de jouissance aussi crûment un samedi soir de couvre-feu où il y a de fortes chances que toute la famille soit devant la télévision, il faut vraiment être obsédé par le buzz ! On a beau vouloir singer d’autres cultures, mais notre réalité et nos mœurs sont si empreintes de pudeur qu’on ne peut se permettre d’assumer certaines déclarations et propos, quelle que soit par ailleurs l’ouverture d’esprit qu’on veuille prôner. Pour parler d’impuissance dans le couple ou de soins, n’aurait-il pas été plus indiqué d’inviter par exemple un spécialiste de la question ; un médecin qui est en mesure de traiter ces sujets sous l’angle scientifique ? N’aurait-il pas été plus inspiré d’inviter un imam ou un homme d’église pour aborder la question du mariage à l’aide de textes religieux ? Nos prêcheurs essaiment aujourd’hui les plateaux télés et ils sont aussi pédagogues et marrants que des personnages sur le plateau.

Délivrer un message sur des plateaux composés exclusivement d’animateurs, nécessite parfois la présence de spécialistes qui doivent assurer le côté instructif et éducatif au téléspectateur. Question d’équilibrer la dose de fun et d’éducation. Mais en lieu et place, ce à quoi, on a droit en général, c’est un discours globalement profane, teinté d’opinions et souvent d’une vacuité inouïe.  Ndella Madior qui passe aujourd’hui pour une spécialiste des questions matrimoniales, nous a appris que des hommes, nouveaux mariés qui n’ont jamais eu d’expériences sexuelles, l’aurait appelée au téléphone afin qu’elle leur explique comment procéder la toute première fois dans leur vie, sur le plan sexuel ! De quelle science peut-elle se prévaloir en dehors de son expérience personnelle ? N’avait-elle pas récemment proféré des propos obscènes à ce sujet chez Bijou Ngoné. Des propos qui avaient d’ailleurs choqué bon nombre de gens, à tel point que d’aucuns avaient fini par se dire qu’elle était uniquement à la recherche de buzz.

Modou Guèye nous a par exemple dit qu’il faut entretenir des rapports sexuels tous les jours. Ce à quoi deux femmes Penda Guissé et une autre lui ont fait comprendre que cela dénature la femme et même l’homme d’un point de vue physique. Quelle est l’explication derrière ? Affirmation tout à fait gratuite, même si le téléspectateur aurait pu bénéficier d’une caution scientifique dans un sens affirmatif ou opposé. Lamine Ndiaye lui rétorquera que les médecins recommandent d’entretenir des rapports sexuels 4 fois par mois ! Que croire ? Qui croire ? Peut-être aucun d’eux. Et puis tout devrait dépendre des personnes, de surcroît différemment constituées, même si d’autres facteurs entrent en ligne de compte. Il fallait manifestement un médecin spécialisé.

Ndoye Bane avec ses niaiseries habituelles et une tendance à jouer les enquêteurs ou à se prononcer sur tout et n’importe quoi, nous a abreuvés de propos gênants et par moment bien machistes.

Une émission qui a finalement donné l’impression d’un jeu de rôle qui trahit un peu la sincérité des opinions. Mais heureusement que la sagesse d’un Lamine Ndiaye aura sauvé quelque peu la teneur du discours. Une posture qui découle certainement de son expérience pour avoir vécu, ainsi qu’il l’a dit, 45 ans de mariage. Celui-ci a pu évoquer en des termes plus astucieux  et plus pudiques, la question de la sexualité. Mais, avec une pudeur telle que ceux qui l’ont écouté, ont compris ce qu’il voulait dire, sans toutefois avoir besoin d’être choqués. Voilà des personnages qu’on aimerait souvent voir sur nos plateaux, à l’opposé des acteurs d’un nouveau genre, sans formation et qui ne sont devenus acteurs que le temps d’un casting ou grâce à leur physique avantageux.

Et l’on ne peut pas ne pas parler de Ya Awa dont la conduite de l’émission est sujet à caution. Elle hésitait beaucoup et butait sans cesse sur les mots que même Ndoye Bane qui a remarqué ce fait, lui a demandé ce qu’elle cherchait à dire. On lui a même demandé à  3 ou à 4 reprises de dire vite ce qu’elle avait à dire. Des blancs qui semblaient signifier qu’on l’assistait quelque peu avec l’oreillette ? Etait-elle coachée en direct ? En tout cas, elle n’avait pas beaucoup de suite dans les idées et cherchait ses mots. Elle a une plastique avantageuse c’est sûr. Elle est souriante et donne l’air d’être gentille. Des attributs qui ne peuvent toutefois suffire pour faire une bonne animatrice. Animer une émission requiert quand même un peu plus de talent, de formation et de culture générale, sans parler d’une certaine expérience de la vie pour ne pas dire de la maturité.

Être fidèle à la réalité plutôt que faire dans le mimétisme

Cette nécessité de formation fait penser à certains égards à nos acteurs actuels et les productions qui ont le mérite d’exister. Mais l’on constate beaucoup de sorties de routes par rapport à nos mœurs et notre culture qui sont foulées aux pieds. La série « Infidèles » tant décriée nous mène vers des travers bien vulgaires. Ces propos insultants souvent utilisés par nos jeunes, doivent-ils pouvoir être reproduits dans un téléfilm sénégalais ? C’est tout à l’honneur des producteurs de vouloir innover et de faire évoluer les productions locales dans un sens qui les rendent plus attractives, mais est-ce pour autant qu’il faille s’inventer des univers qui ne sont pas les plus partagés dans ce pays ? L’on a bien tendance de nos jours à plus évoquer des univers bourgeois sénégalais. L’on a entendu des acteurs déclarer chez Pape Sidy Fall sur la 2 STV que pour attirer les téléspectateurs, il fallait vendre du rêve à travers des univers luxueux au Sénégal !

La série « karma » pour s’internationaliser, a par exemple eu besoin pour passer sur A + (de Canal +) de doubler intégralement les voix sénégalaises par celles d’Africains nés en France. Et le Sénégalais qui le suit, le note aussitôt  parce qu’il suffit de suivre la version du téléfilm en wolof pour se rendre compte qu’il est automatiquement dénaturé, en tout cas dans la perception de l’histoire. La chaîne Canal+ dans sa logique de phagocyter les téléfilms africains sur A+, ne  semble pas beaucoup se préoccuper de leur développement. Elle semble bien plus enfermée dans une logique du développement de ses bouquets.

D’où la nécessité de se poser la question de la formation des comédiens et du choix des voix lors des castings. Faut-il juste choisir une jeune femme à la plastique avantageuse ou un playboy et utiliser une voix off pour le reste ? Les deux devraient pourtant pouvoir aller de pair. Le challenge serait d’arriver à avoir de vrais comédiens dignes de ce nom et pas seulement de jeunes gens en quête de renommée et qui n’auraient certainement plus la chance de faire carrière dans la comédie. La production locale est de nos jours dopée du fait d’un mimétisme érigé en règle au Sénégal. Mais la durée de vie des produits est tellement éphémère qu’il faille vraiment faire l’effort de la formation et de la professionnalisation des acteurs, en s’orientant vers une vraie industrie culturelle et retracer des univers plus sénégalais, tout en tentant d’être fidèle à la culture locale.

C’est tout à fait illusoire pour un national de devoir produire un film sénégalais à l’américaine. Comme ces séries policières que l’on voit de plus en plus sous nos cieux et faits de chantages, d’extorsions, etc. L’Américain fera toujours mieux un film pour un public mondial. Et d’ailleurs ce dernier préférera toujours ce qu’il ne connait pas. C’est à dire la sénégalité d’un film que l’américanité d’un film sénégalais. C’est certainement mieux que de se laisser envahir par les téléfilms telenovelas, turcs, américains et maintenant chinois. En France l’exception culturelle est défendue et signifie qu’il y a un quota de films français à passer suivant le cahier des charges des chaînes.

Du divertissement, il en faut certainement pour répondre à une demande. Mais innover comme dans le cas de Bouba Ndour avec « Un tour avec » ne signifie pas pour autant bafouer les fondamentaux de la télévision, où le plan large et le plan serré permettent au réalisateur de valser pour avoir une meilleure qualité d’image. L’habitacle de la voiture est trop petit, mal éclairé avec une caméra embarquée qui ne donne pas une bonne qualité d’image. Faire ce genre d’émission requiert du matériel approprié.

De plus, le côté artiste de Bouba Ndour, en tant que directeur des programmes de la TFM, disons-le clairement, ne doit pas le pousser à ne privilégier que l’aspect spectacle. Le côté éducatif est incontournable. Il a pourtant un bon discours qui va toujours dans ce sens à « Jakarloo ». Après tout, ce sont nécessairement les deux qui doivent aller de pair. C’est cela le vrai challenge. Nous devons à la vérité pouvoir rester nous-mêmes, tout en vivant d’échanges et d’ouverture fructueux et positifs.

Présidant récemment une rencontre entre le CNRA ( Conseil national de régulation de l’audiovisuel) et les patrons de la presse, Ousseynou Dieng, Directeur de la communication du ministère compétent, a annoncé un assainissement profond du secteur de la presse. ” Aujourd’hui, vous avez l’un des secteurs les plus envahis qui nécessite un assainissement profond. Et, il y a deux leviers pour cet assainissement “, a-t-il d’emblée précisé.

S’agissant de ces leviers il y a, dans un premier temps, la carte professionnelle de presse qui va être délivrée aux journalistes qui en ont droit. Parce que, constate Ousseynou Dieng pour le déplorer, il y a beaucoup de gens qui entrent dans ce métier et qui ne devraient pas. Secundo, il y a l’assainissement du secteur des entreprises de presse qui se fera à travers les conventions et les cahiers de charges.

” Cela coïncide avec la mutation vers le numérique et les signatures des conventions et des cahiers de charge se font sous la signature de l’organe de régulation dirigé par Babacar Diagne “, a ajouté M. Dieng qui, dans le même sillage, a fait savoir que leur rencontre avec les patrons de presse a été fructueuse. Puisque, signale-t-il : ” nous sommes à un tournant décisif pour changer véritablement le paysage audiovisuel médiatique du Sénégal “.

Espérons juste que tout cela ne reste pas au stade de vœu pieux.