NETTALI.COM – Ce vendredi, à l’occasion de l’inauguration de la mosquée Massalikul Jinaan, Me Abdoulaye Wade et son successeur ont fait assaut d’amabilités pour la première fois depuis le jour de la passation de témoin à la tête de l’Etat du Sénégal, le 3 avril 2012. Pour autant, est-ce qu’on peut parler de « réconciliation », alors que la véritable pomme de discorde, à savoir le sort de Karim, n’était pas encore tranchée ? Pour preuve, le Pds boycotte encore le dialogue politique initié par le leader de l’Alliance pour la République.

Il a  régné une atmosphère de retrouvailles de la famille libérale, à la mosquée Massalikul Jinaan, où s’est déroulée la prière inaugurale, ce vendredi 27 septembre.

Parmi la foule de talibés, le chef de l’Etat, Macky Sall, se déplace un peu, pour céder le passage à son prédécesseur Abdoulaye Wade. Tous les deux fondus dans des grands boubous blancs, s’asseyant presque côte à côte. Au milieu, Serigne Mountakha Mbacké, habillé à l’avenant, écoutant religieusement l’imam lire son sermon. Idrissa Seck, Pape Diop, Me Madické Niang et d’autres personnalités de la famille historique du Sopi étaient assis juste derrière. A la fin de la prière, le pape du Sopi et son ancien Premier ministre ont quitté les lieux main dans la main.

Il serait toutefois hâtif de déduire qu’il y a réconciliation entre les deux hommes. L’enjeu va bien au delà des belles paroles du Khalifes, bien évidemment dans son rôle de guide spirituel et l’image de Macky Sall dans une même voiture. Il y en a effet beaucoup d’écueils à lever. La question de l’exil de Karim Wade qui constitue la véritable pomme de discorde entre le Pds et l’Apr-Benno Bokk Yakaar, n’est pas encore tranchée. Les sopistes accusent Macky Sall d’avoir téléguidé les frondeurs qui ont contesté les décisions d’Abdoulaye Wade, consécutivement au chamboulement opéré dans le top management de leur parti, au profit des karimistes.

Nous devons à la vérité de souligner que dans ce jeu de la Barbichette, chaque camp tient un bon bout. Si, comme l’a révélé Me El Hadj Amadou Sall, Me Wade a décroché à Conakry l’amnistie pour son fils, sous les auspices d’autres Etats de sous-région, on peut penser que l’ex-chef de file de la Génération du Concret, qui souhaite une révision de son procès, est encore un challenger qui pèse, plus qu’il ne compte. De son côté, Macky Sall, fort de la puissance de son décret, va assurer ses arrières avant de signer quoi que ce soit.

Récemment, le patron des cadres du Parti démocratique sénégalais Cheikh Seck a révélé que Macky Sall a cherché à rencontrer Me Abdoulaye Wade le jour de la Tabaski. Toutes choses qui nous amènent à conclure qu’entre les deux hommes, il existe des négociations souterraines qui n’ont pas encore produit l’effet escompté.

En fin stratège, Wade sait quand il faut sortir de la peau du lion pour prendre celle du renard. C’est cette tactique qu’il lui fut bénéfique contre Abdou Diouf, quand il négocia les conditions qui permirent son accession au pouvoir en 2000, à travers l »adoption d’un code consensuel. De la même manière, ce Napoléon tropical pourrait avoir Macky à l’usure et réaliser le rêve de voir son fils retrouver ses droits politiques.

En définitive, le prétexte religieux pourrait justifier l’attitude de Serigne Mountakha qui est dans son rôle naturel de médiateur entre les acteurs politiques. L’enjeu se joue hors de Massalikul Jinaan.