NETTALI.COM - Face aux interrogations suscitées par la séparation politique entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, la Haute représentante du chef de l’État, Aminata Touré, se veut rassurante. Dans un entretien accordé à Russia Today, elle affirme que les institutions sénégalaises continuent de fonctionner normalement et écarte tout risque d’instabilité. Elle reconnaît toutefois les difficultés économiques auxquelles le pays est confronté et plaide pour un accord équilibré avec le Fonds monétaire international (FMI).

La Haute représentante du président de la République, Aminata Touré, a tenu à rassurer sur la stabilité institutionnelle du Sénégal dans un contexte marqué par la reconfiguration des rapports entre le président Bassirou Diomaye Faye et le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko. Interrogée par Russia Today sur les conséquences de cette séparation politique, l’ancienne Première ministre a rejeté l’idée d’une crise institutionnelle ou d’un blocage de l’appareil d’État.

« De quelle instabilité parlez-vous ? Le pays est parfaitement calme. Les salaires sont versés à temps, les hôpitaux, les écoles et les universités fonctionnent normalement. Il n’y a aucune crise institutionnelle », a-t-elle déclaré. Pour Aminata Touré, les changements intervenus à la tête de l’exécutif relèvent du fonctionnement normal des institutions démocratiques. Elle souligne qu’un nouveau gouvernement est déjà à l’œuvre sous la direction du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo et que l’Assemblée nationale dispose désormais d’un nouveau président. Selon elle, les institutions sénégalaises ont démontré à plusieurs reprises leur solidité, notamment lors des épisodes politiques les plus sensibles de ces dernières années.

« Le président de la République n’a pas à justifier constitutionnellement le changement de son équipe. Nos institutions dépassent les ego et les conflits de personnes », a-t-elle insisté. L’ancienne cheffe du gouvernement cite notamment la gestion de la crise électorale de 2024 et l’intervention du Conseil constitutionnel lors du report de l’élection présidentielle comme des illustrations de la capacité des institutions à préserver l’État de droit dans les moments de tension. Aminata Touré rejette également les analyses présentant la situation actuelle comme un affrontement personnel susceptible de déstabiliser le pays. À ses yeux, les divergences entre responsables politiques ne remettent pas en cause le fonctionnement des institutions républicaines. Elle estime que la continuité de l’État demeure assurée et que les mécanismes constitutionnels prévus pour encadrer les transitions et les changements au sommet de l’exécutif ont pleinement joué leur rôle.

Si elle écarte tout risque institutionnel, Aminata Touré reconnaît néanmoins que le Sénégal traverse une période économique délicate. Elle évoque notamment les conséquences de la découverte d’une dette publique plus importante que celle initialement annoncée. « L’État est en mesure de respecter ses engagements », affirme-t-elle toutefois, soulignant que les autorités continuent d’honorer les échéances de la dette tout en poursuivant leurs politiques sociales. Elle cite parmi les actions maintenues la généralisation de l’indemnité de logement pour les fonctionnaires, présentée comme un exemple de l’engagement du gouvernement à préserver les acquis sociaux malgré les contraintes budgétaires.

Concernant les négociations en cours avec le Fonds monétaire international, Aminata Touré se prononce clairement en faveur d’un accord avec l’institution financière. Elle insiste cependant sur la nécessité de préserver les intérêts du Sénégal et de tirer les leçons des programmes d’ajustement structurel mis en œuvre dans plusieurs pays africains dans les années 1980 et 1990. « Je fais partie de ceux qui souhaitent un accord, mais pas à n’importe quel prix », affirme-t-elle. Pour la Haute représentante du chef de l’État, toute entente avec le FMI doit permettre au Sénégal de retrouver des marges budgétaires sans compromettre les politiques sociales ni les services publics essentiels. Elle estime que l’objectif doit être de parvenir à un réaménagement ou à un reprofilage de la dette compatible avec les priorités de développement du pays.