NETTALI.COM – Une histoire adacadabrantesque que celle de cette personne que l’on dit « castée » et qui ne peut être inhumée à côté d’autres personnes qui seraient à priori « nobles » ! Elle défraie en effet la chronique et traduit par la même occasion une charge d’une violente extrême et montre à quel point des êtres humains encore enfermés dans des croyances d’un autre âge, peuvent se montrer si cruels et bornés. Une histoire qui a pourtant lieu au Sénégal, un pays censé être celui de croyants, dans un certain village dénommé Pout Dagné, localisé précisément dans la commune de Notto Diobass. Un film de l’histoire que l’on décrit d’ailleurs comme un remake.

Beaucoup de médias avaient déjà évoqué l’affaire, mais certains l’ont relancée ce mercredi 29 décembre. Les associations de la société civile dont la Ligue sénégalaise des Droits de l’Homme, Africa Jom Center d’Alioune Tine et Amnesty international Sénégal, ont très vite enfourché leur cheval pour décrier l’attitude du chef de village de la localité qui, dit-on, a refusé « d’autoriser l’inhumation d’une personne du nom de Khady Faye, décédée le 25 décembre 2021, dans le cimetière du village, au motif qu’elle appartient à la caste des griots ». Ce même village, soulignent-elles, avait défrayé la chronique en 2019, avec un fait similaire, resté sans conséquence de la part des autorités étatiques ». Aussi, ont-elles par la même occasion, appelé les autorités étatiques compétentes à trouver, sans délai, une solution définitive à la situation qui prévaut dans ce village.

Le journal « Source A », à sa une du mercredi 29 décembre s’est d’ailleurs posé la question de la capitulation de l’autorité et a informé que la défunte a été finalement enterrée à Kissane, son village d’origine, suite à la médiation d’un guide religieux mouride. Il a aussi ajouté que, malgré les promesses des autorités administratives, les griots sont toujours indésirables à Pout Dagné. Le quotidien « Bés Bi » lui, a évoqué l’autre version en indiquant qu’il n’ a jamais été question pour le chef de village d’imposer quoi que ce soit. Bref. Toujours est-il que le mal est déjà fait !

Quoi qu’il en soit, ces histoires de supposée supériorité, de noblesse, de castes ou autres basées sur le nom de famille, sont une réalité bien sénégalaise. Ce sont hélas des pratiques tout droit sorties du moyen âge qui persistent encore au 21 siècle. La preuve que dans ce pays de musulmans et de catholiques, la religion n’a toujours pas réussi à effacer certaines croyances ancestrales qui ne sont rien d’autres que les fruits de la bêtise humaine et la survivance de féodalités tenaces.

Sur les réseaux sociaux en tout cas, on a eu droit à une avalanche de réactions d’indignation pour dénoncer ce fait inhumain et violent. Comme cette dame sur les réseaux sociaux, apparemment liée à la défunte qui nous a appris que l’autorité administrative aurait demandé d’attendre après les élections pour l’enterrer. Une information qui, si elle est avérée, devrait entraîner le limogeage de celle-ci.

Ce fait qui risque bien d’entacher l’image du Sénégal à l’étranger, montre ainsi à quel point notre société est si peu poreuse à une évolution des mentalités. Combien de relations d’amour ont été ainsi entravées et brisées par des parents, sous le prétexte d’une fallacieuse question de castes. A l’opposée l’on a constaté des familles ayant validé des mariages avec des européens ? Loin de stigmatiser ces occidentaux, l’argument sert juste à se demander de quel rang social étaient ceux-là qui viennent d’ailleurs et à qui l’on a permis de se marier sous nos cieux, sans au préalable avoir retracé leurs lignées ? Gare en tout cas à ceux qui s’aventurent à sortir des conventions, ils peuvent tout simplement faire l’objet d’un reniement par la famille.

Dans certaines contrées, c’est une idée répandue que les « nobles » tireraient leur statut de l’érudition du Coran ou d’un héritage guerrier. Mais le prophète Mouhamed (psl) ne dit-il pas dans un de ses hadith que « la quête du savoir est une obligation pour tout musulman ». Avant d’ajouter qu’ « il faut construire des écoles avant d’ériger des mosquées ». Une manière de montrer à quel point la connaissance est fondamentale dans l’Islam. Ce qui revient à dire que cette quête du savoir religieux n’est l’exclusivité de qui que ce soit. Elle appartient à ceux qui ont la détermination de l’affronter. Et en l’occurrence des hommes tout simplement sans distinction d’origine et de naissance.

Ce qui est dramatique et dommage à observer, c’est le fait qu’il puisse exister une soumission acceptée et assumée par certains qui se considèrent comme des « esclaves » de leur « gueer » pour ne pas dire « nobles« . Ceux-là se mettent à leurs services pendant les cérémonies, y portent leur parole et s’occupent des tâches ménagères et culinaires avec comme contrepartie, des espèces sonnantes et trébuchantes. Et pourtant ces castes ne reflètent rien d’autre que la division du travail dans la société. Qu’un individu soit forgeron, cordonnier, chanteur, sculpteur, tisserand voire même pêcheur, cela fait-il d’elle une personne de catégorie inférieure ? Il gagne tout simplement son pain à la sueur de son front sur la base d’une activité utile au développement de la société dans laquelle, il vit. Existerait-il  un acte plus honorable ? Beaucoup de bijoutiers se sont par exemple enrichis dans le travail et le commerce de l’or. Et ceux-là comme on les nomme chez nous, les « teug » (forgerons) ne devraient avoir logiquement rien à envier aux autres personnes investies dans d’autres activités. Ils font pourtant l’objet de graves et honteuses discriminations de la part de « nobles ». Une légende qui n’existe en réalité que dans la tête de ceux qui y croient, est construite sur le fait qu’ils porteraient la poisse ! Quelle violence, quelle méchanceté ? On a affaire à une société d’une féodalité sans bornes !

Dans d’autres contrées, ces personnes supposées « castées » font l’objet de discrimination sur le terrain politique car de supposés nobles n’acceptent pas d’être dirigés par elles. Une situation qui entraine bien souvent des affrontements, clivages et un surplace extraordinaire. De même, des personnes aussi érudites qu’elles puissent être, ne peuvent diriger la prière pour cette même raison. De quoi se poser des questions sur notre niveau de croyance en Dieu. On aimerait bien savoir où est inscrite et légitimée cette discrimination dans le Coran ? Qu’on nous cite, ne serait-ce le moindre passage où cette discrimination est validée ? Nulle part. Dans le même journal « bés bi », Taïb Socé nous apprend d’ailleurs que cela n’a rien à voir avec l’islam et qu’il s’agit de pratiques animistes. D’ailleurs le prophète Mohamed (psl), ne disait-il pas que le meilleur des hommes, est celui qui craint le plus Dieu ? Il a aussi dit que le musulman est le frère du musulman et recommandé le respect et la cohabitation pacifique avec les gens du livre.

Difficile en effet de comprendre comment ces supposés nobles qui tirent leur érudition de leurs connaissances du Coran et cette supposée légitimité de la noblesse de l’Islam, peuvent-ils valider ces mêmes discriminations ? Suprême contradiction ! Inconséquence notoire !

Qu’un être humain puisse penser une seule seconde être supérieur à un autre, montre que quelque ne tourne pas rond dans sa tête. Il ne peut juste être meilleure qu’une autre qu’à travers la noblesse du comportement, les bons actes et l’exemplarité dont il fait montre. C’est d’ailleurs à croire que la noblesse reposerait sur des liens du sang ou qu’à travers ce même sang, on transmettrait de manière parfaite et complète les gènes de la noblesse ! Suprême connerie. Il y a même des croyances sous nos cieux, selon lesquelles les enfants sont le résultat du niveau de souffrance et de résilience de la mère dans le ménage ; son niveau d’obéissance vis à vis du père. Des stratégies de soumission certainement imaginées de toutes pièces par nos pères pour assagir nos mamans (LOL). On croit moins aux vertus de l’éducation familiale et de l’exemplarité des parents. Car difficile de comprendre, à supposer que cette théorie tienne, comment il serait possible que des enfants issus de la même mère, aient pu avoir des comportements différents, à un point tel que certains en arrivent à mal tourner ? Ou qu’on ait, à l’échelle d’une famille de 8 personnes, une seule qui soit exemplaire ! Bref, on tombe des nues. Des comportements exécrables vis à vis de personnes considérées comme « castées», il en existe des incompréhensibles. Comme ceux-là qui aspergent leur lit de cendres, lorsqu’une personne considérée comme un « forgeron », s’y assoit ; ou d’autres qui ne veulent pas avoir de contact physique ou même se faire tresser par elles justifiant cela par le fait qu’elles auront des infections ! Sacrés cons de féodaux !

Un phénomène de rejet en tout cas fondé sur l’irrationnel et la paranoïa, sans oublier toute la violence qu’elle charrie. Aussi, a-t-il généré une situation d’auto-défense et de réaction qui ont poussé des gens supposés « castés » à refuser de se marier avec de supposés nobles. La conséquence est une société complètement divisée avec des groupes qui se regardent en chien de faïence. Une sorte de voie sans issue, même si on peut noter que des personnes ont toutefois osé braver ces interdits.

Mais à la réflexion, l’on ne peut pas ne pas se demander pourquoi ceux-là qui perpétuent ces pratiques moyenâgeuses, ne devraient-ils pas accréditer le racisme dirigé contre les noir, tirant ses racines des occidentaux qui ont fait subir aux Noirs, les affres de l’esclavage, de la colonisation et maintenant du néocolonialisme, sans oublier le racisme et la xénophobie que subissent les immigrés en Occident. Pourquoi ne valideraient-ils pas le racisme envers les noirs , ou celui qui est noté en Mauritanie envers les négro-mauritaniens ? Mais pourquoi dès lors, voudraient ils valider ce fait sous nos cieux ? Ils devraient être conséquents et rester fidèles à leur logique de refus d’une supposée supériorité des blancs. De la même façon, ils n’auraient jamais dû penser être supérieurs à qui que ce soit.

Les mauvais exemples que nous servent tous les jours certains hommes politiques et dirigeants d’entreprises publiques, voire fonctionnaires, en termes de mauvaise gouvernance, de mensonges, de transhumance, de détournement de deniers publics etc sont loin d’être des actes de noblesse. Et pourtant beaucoup bombent le torse en se déclarant nobles, tout en commettant des actes déshonorants, signes d’une indignité notoire. Qu’ils s’évertuent plutôt à être exemplaires à travers de bons actes fondés sur l’honneur et la dignité. C’est en cela qu’ils seront exemplaires et être plus respectés.

L’équation des communicateurs traditionnels

Autant, il y a du fait de la division du travail, des catégories de personnes qui sont considérées comme castées parce qu’exerçant certains métiers et gagnant tout de même leur vie à la sueur de leurs fronts, autant l’équation des communicateurs traditionnels devrait être posée. Il serait même bien indiqué d’éradiquer certaines émissions animées par ces communicateurs traditionnels. Non seulement, on n’en tire pas grand-chose, si ce n’est d’assister à des séances de morale qu’ils ne respectent pas eux-mêmes ; ou tout au plus, ils relatent des histoires, parfois fruits de l’interprétation de leurs propres auteurs ; ou encore qui se résument à de la flagornerie et du « woyaan » (chanter les louanges pour en retirer un bénéfice pécuniaire) déguisé et souvent assumé. A suivre l’émission « Wendelu » animée par Pape Cheikh Diallo sur la TFM, en compagnie de  Mbaye Dièye Faye du Super Etoile, Thierno Ndiaye, Mamadou Mbaye Garmi et ses tenues excentriques et colorées et …etc on peut bien se poser des questions sur l’intérêt, car l’invité a droit aussi à d’interminables minutes de louanges.

Ceux-là ont fini d’investir tous les médias parasitant tour à tour la lutte, les cérémonies religieuses, les grands événements, les cérémonies culturelles ? C’est le lieu de se demander d’ailleurs en quoi ces personnes que l’on désigne sous le vocable de communicateurs traditionnels dans nos médias, sont-elles porteuses de sciences ? Il semblerait bien qu’ils ne font que répéter ce qu’ils ont entendu chez leurs pères, grands-parents, sans recul, ni distance critique. C’est comme le fameux rapport entre l’historien et l’histoire qu’il relate. Celle-ci peut être empreinte d’une grande dose d’idéologie, de subjectivité ou d’histoires construites. C’est même la notion d’éloges qui consiste à citer des noms de pères, de mères, de frères, de  sœurs, de grands parents qui ne revêt d’ailleurs pas de grand intérêt. Chez ces communicateurs traditionnels, pour employer ce mot politiquement correct à eux dédié, c’est cette logique de la main tendue « wooyaan » et reposant sur un « tout le monde il est beau, tout le monde, il est gentil » qui en devient même gênant. En quoi cela est-il porteur de progrès et d’utilité pour la société ? Sinon de dire du bien de celui qui donnera de l’argent après avoir fait le tour du voisinage pour se renseigner sur la personne cible du moment, quant à sa lignée.

Bref une sorte de politique de la main tendue et de parasitisme qui ne dit pas son nom. Finalement être communicateur traditionnel griot ne veut plus rien dire, du point de vue de la charge péjorative qu’elle charrie. Un individu peut être né dans une famille de griot et ne pas suivre cette voie de la main tendue ou des louanges. Pourquoi devrait-on alors continuer à le minimiser ou à le considérer comme un être inférieur ?  La notion de griot, telle qu’on la connaissait autrefois, est tout simplement dévoyée. Les vrais étaient porteurs de la tradition orale, enseignaient dans la cour des rois et galvanisaient ainsi les guerriers lors des combats. Mais pas ceux-là d’un genre nouveau.

A voir Abdoulaye Mbaye Peekh sur cette vidéo qui circule sur les réseaux sociaux, faire le tour des wagons du Train Express Régional (TER) lors de son démarrage, pour récolter des billets auprès des autorités, l’on ne peut pas ne pas se poser des questions. Il suffisait juste qu’il annonçât le titre de l’un d’eux pour que celui-ci dégaine. Un métier, s’il en est un d’ailleurs, bien trop facile. L’appât du gain. La scène s’apparente d’ailleurs sur la vidéo à celui des sans-abris qui font la manche (mendient) dans le métro parisien.

Bref ces personnes que l’on connaissait comme nobles dans leurs attitudes, voient leur activité tout simplement dévoyée et réduite à une politique de la main tendue. Des sortes de parasites des temps modernes. Le cas de Mbaye Peekh rappelle celui de ces transhumants politiciens à la recherche de verts pâturages. Il était un soutien affirmé et inconditionnel du pape du Sopi et avait juré qu’il ne lâcherait jamais Me Wade. Le voilà, noyé jusqu’au cou dans les eaux apéristes. Il a opéré une transition tellement en douceur que ceux qui n’ont pas connu son passé, peuvent penser qu’il a toujours été à l’APR.

Le cas de khadim Samb est similaire. Il a lui aussi été un inconditionnel d’Idrissa Seck avant de le lâcher par la suite. Et visiblement lui et Mbaye Peekh collaboraient dans le TER puisqu’ils se passaient la parole. Aucun espace de la société n’échappe ainsi à ces parasites des temps modernes.

De même El Hadji Mansour était un fervent partisan de Diouf avec son gardien de la constitution suspendu aux lèvres.

Mais heureusement qu’il y en a beaucoup qui, de par leur naissance, considérés comme des griots, ne sont pas tombés dans ces travers, préférant gagner leur pain à la sueur de leurs fronts. Tout cela pour dire qu’il n y a pas de fatalité qui tienne. Personne ne choisit sa famille de naissance. Toutefois, nous sommes tous responsables de nos faits, gestes, de notre dignité et de notre considération. On ne naît pas noble, on le devient, de par son comportement de tous les jours.

L’histoire de cette dame est ressentie par beaucoup de personnes que l’on dit « castées » dans leur chair et leur sang. Elles doivent bien se dire dans leur for intérieur que si elles habitaient cette localité, elles se seraient sans aucun doute retrouvées dans la même situation.

Des faits qui ne sont pas sans rappeler les dérives ethnicistes avec les cas Penda Ba, Aliou Dembourou Sow ou comme récemment Gaston Mbengue. Des propos dont l’opinion s’était émue un moment, sans qu’ils soient suivis de condamnations fermes et de poursuites judiciaires dignes de ce nom. Penda Ba avait insulté les wolofs, Dembourou Sow avait développé un discours volontairement ethniciste et générateur de violence en vue d’un soutien de Macky Sall. Gaston Mbengue s’est cru récemment dans son bon droit de « brûler » les Dias en sachant que rien n’allait lui arriver parce qu’il défendait, dans son esprit le président de la république tout en croyant bien faire. En ne se démarquant pas, le président Sall a de fait envoyé de fait un mauvais signal. On se rappelle pourtant des fameuses phrases de me Wade traitant Macky Sall et sa famille de fort mauvaise manière avec des propos que la décence ne permet pas de répéter. L’opinion s’était émue et les avait aussi fortement condamnés. Pourquoi le président ne l’a-t-il pas fait dans le cas de Gaston Mbengue ?

A la vérité, les autorités  de ce pays ont le devoir d’être exemplaires et de se démarquer de certaines déviances car elles ont aussi la responsabilité de la paix civile.

Ces auteurs de la discrimination fondée sur les castes, savent-ils seulement d’où viennent les poches de sang qu’ils reçoivent pour sauver leurs vies ou celles des leurs, en cas de besoins ? Il semblerait bien que le sang, qui coule dans les veines, ignore les « castés » et les supposés nobles.