NETTALI.COM  - Le conflit entre le ministre de la Justice et l'Union des magistrats sénégalais (Ums) est loin de connaître son épilogue. Face à la presse ce vendredi, les magistrats ont réitéré leur soutien à Souleymane Téliko. Non sans demander le départ du Garde des Sceaux avec qui ils refusent désormais de collaborer. 

Face à la presse ce vendredi, l'Union des magistrats sénégalais a d'abord commencé par rapeler sa mission. "Fondée en 1968, l'Ums est l’unique association de défense des intérêts matériels et moraux des magistrats au Sénégal. Elle a pour buts de défendre et d’illustrer l’indépendance de la magistrature telle qu’elle a été proclamée par la Constitution sénégalaise, de susciter chez ses membres l’esprit de réflexion, le goût de la libre discussion et de la recherche sur l’ensemble des problèmes judiciaires qui se posent à la profession, de favoriser, en collaboration avec toute autre association poursuivant le développement des sciences juridiques, l’étude de ces problèmes et la vulgarisation du droit sénégalais...", dit le texte. Qui rappelle que "depuis son arrivée à la tête de l’association, le bureau a inscrit son action sous le sceau du dialogue constructif tant dans ses rapports avec la Chancellerie que par rapport aux autres acteurs de la justice.
Cette démarche d’ouverture a toujours été adossée à une conviction à savoir que la justice est un bien commun qu’il nous appartient de préserver".

Faisant la chronologie du conflit qui l'oppose au ministre de la Justice, l'Ums rappelle que  "le 12 août 2020, fidèle à sa mission de défense des principes qui garantissent l’indépendance de la justice, elle a sorti un communiqué pour dénoncer l’affectation injuste et arbitraire du magistrat Ngor Diop.  Depuis lors, M. le Garde des Sceaux, outré par l’indépendance d’esprit de l’Ums, a décidé lui faire payer son «audace» en s’en prenant à notre union par divers moyens." Et d'expliquer : "C’est d’abord la cellule de communication du ministère de la Justice qui se met à diffuser aux organes de presse, la lettre de démission de notre collègue Ousmane Kane comme membre de l’Ums. Ce fut ensuite la saisine de l’Igaj pour faire entendre le président de l’Ums pour des propos tenus relativement à une affaire définitivement jugée au moment où des magistrats, connus pour leur proximité avec le régime, mènent en toute illégalité des activités politiques. C’est enfin cette campagne de dénigrement sur fond de contrevérités au sujet de la nationalité, des accointances politiques et des origines ethniques du président de l’Ums." De l'avis des magistrats sénégalais, en se livrant à une telle stratégie de musellement, le Garde des Sceaux veut leur imposer une alternative : se taire ou disparaître. "Nous, membres de l’Ums, avons choisi une troisième voix : celle de la liberté et de la dignité.
Dans l’intérêt des magistrats, des citoyens et de la justice tout entière, l’Ums doit continuer et continuera à faire entendre la voix des magistrats et de tous ceux qui ont fait le choix de faire prévaloir la vérité sur le faux, la justice sur l’arbitraire", souligne le texte liminaire de la conférence de presse des magistrats. Avant de déplorer : "En s’en prenant à notre organisation par des procédés indignes d’une autorité de son rang, le Garde des Sceaux se disqualifie et montre son incapacité à faire preuve de la hauteur et du sens du dépassement que nécessite une gestion efficiente d’un service aussi important et délicat que la Justice."

Suffisant pour que l'Ums décide de "mettre un terme à toute forme de collaboration avec le Garde des Sceaux, Monsieur Malick Sall" dont elle réclame le "départ pur et simple du ministère de la Justice, compte tenu de sa propension à créer et à entretenir des conflits préjudiciables au fonctionnement normal du service public de la justice". Non sans exiger "l'abandon immédiat de la procédure initiée contre le président de l'Ums".

En outre, l'Ums invite les membres élus à suspendre toute activité au sein du Conseil supérieur de la magistrature. Et aux autres magistrats, il est demandé de "se constituer d’ores et déjà, comme conseils, pour la défense du Président Teliko". Malgré, l'Ums dit solliciter "l’intervention du président de la République pour prendre les dispositions nécessaires au fonctionnement harmonieux de l’institution judiciaire".