NETTALI.COM –  La sortie du livre de Thierno Alassane Sall intitulé « Le protocole de l’Elysée – Confidences d’un ancien ministre du Pétrole » a été l’occasion pour un ancien ministre ayant occupé deux ministères et un poste de direction générale de relater son passage et les péripéties de son expérience gouvernementale et de gestion. Un livre diversement apprécié, non seulement par des politiques, mais encore par des journalistes. De quoi disserter.

Ce sont surtout des réactions côté politique qui ont été notées. Et les premières salves du côté pouvoir, ont été enregistrées au fur et à mesure que la presse dressait des comptes-rendus. Mais fait surprenant, c’est la réaction d’Aïssatou Diop Fall de la TFM qui a recommandé de ne point lire le livre de l’ancien ministre de l’Energie et encore moins de l’acheter. Moustapha Diop  du groupe Walfadjri est lui d’un avis contraire, aussi a-t-il fortement exhorté à le découvrir.

Ce qui nous amène à nous demander si la liberté ou non de s’informer devrait être dictée au citoyen ? Ce dernier, peut-il ne pas s’intéresser à la gouvernance de son pays ? Il est au contraire même impératif qu’il soit au courant de la conduite des affaires de l’Etat parce que le pouvoir ne s’exerce qu’en son nom et pas au nom de nom de quelqu’un d’autre. Il a à ce titre confié ses affaires à un président de la république dans le cas du Sénégal (à côté du judiciaire et du législatif) et qui devrait de fait lui rendre compte de ce qu’il fait, comment il dépense ses deniers et comment il conduit ses projets à lui, confiés. C’est en ce sens que dans le cadre de la communication gouvernementale, celui-ci doit l’informer des actes qu’il pose. Et lorsque ces actes lui sont cachés, le journaliste a le devoir des les débusquer et de les lui communiquer. Sauf que dans ce cas de figure, c’est un politique qui a quitté le gouvernement, suite à des désaccords sur la gestion des affaires des citoyens qui l’a fait à la place de la presse, même si cette dernière a eu dans le passé à s’intéresser à certains de ces dossiers.

Dans ces moments-là, on s’en rappelle, l’on avait eu droit à une vague de polémiques afin de couvrir d’une brume encore plus épaisse ces affaires, l’objectif était évidemment  de tenter de flouer davantage le citoyen. Des réactions en tout cas pas surprenantes dans le cas les dossiers Petrotim, Total, etc. Tout comme avec la sortie de ce livre. L’on a envoyé les sbires faire le boulot. Mais une réaction tout à fait surprenante  dans cette cohue, a été celle d’une journaliste qui décommande de lire un livre qu’elle devrait pourtant encourager. « Je ne le lirai pas. Je ne compte pas le lire. Je ne lis pas n’importe quoi. Nous devons avoir la liberté de ne pas lire n’importe. On ne doit pas nous réduire à de simples consommateurs. Les populations ne doivent pas tout savoir. Je ne lui dénie pas le droit d’écrire. Le livre de TAS, c’est du déballage, ce ne sont pas des révélations. Il y a une nouvelle classe d’hommes politiques qui ignorent tout des formes de lutte. C’est du voyeurisme pour moi que de le lire. Le devoir de réserve, on ne doit l’apprendre à personne. Il y a des choses qu’on ne doit pas sortir… », a déclaré Aïssatou Diop Fall lors de la matinale de la TFM. Elle ne le lira pas. Et après ?

Une déclaration somme toute bizarre de la part d’une journaliste. Habituée des déclarations désinvoltes, celle-ci a livré une opinion. Son opinion. Car manifestement, elle était sortie de son rôle, ce jour-là. Le plus grave, c’est qu’elle n’avait pas lu le livre et en avait seulement entendu des extraits. Comment peut-on critiquer ce qu’on n’a pas lu ? Même les bonnes feuilles ne devraient suffire pour se donner une claire idée de ce qu’est le livre, sa quintessence. Aîssatou Diop Fall doit certainement s’être focalisée sur l’exploitation sensationnelle qui en a été faite. Car le sensationnel, elle adore. Il est en effet vrai que les comptes-rendus livrés par les principaux médias, se sont plutôt attardés sur les détails croustillants, les indiscrétions sans toutefois se préoccuper des vraies infos. N’était-ce pas une manière d’appâter les lecteurs ? Quoi qu’il en soit, le livre n’a pas laissé indifférent. Elle a fait sortir de leurs trous, les zélés comme Abdou Mbow qui a raté l’occasion de se taire. Rien de vraiment intéressant à se mettre sous la dent avec lui. Que des platitudes, des attaques personnelles.  Même Abdoulaye Diouf Sarr qui devait avoir d’autres chats à fouetter par ces temps de Covid 19, s’y est mis sans vraiment faire des émules dans ses remarques. “Ce sont des Secrets d’Etat”, “il n’est pas un homme d’état”, etc Que sais-je encore. Bref, on reste sur sa faim.

A la vérité, Aïssatou Diop Fall a fait une véritable sortie de route, mue, on ne sait par quel dessein. Et même si l’on aime son côté relax et enjoué, elle reste bien désinvolte et désarticulée dans ses propos. En tant que journaliste, on la connait libre de ses paroles, mais de là à déconseiller un livre qu’elle n’a pas lu, il fallait le faire. Un journaliste doit à la limite être curieux de tout, se poser des questions, trouver des brèches dans ce livre par exemple ou des filons qu’il peut exploiter pour poursuivre l’enquête et arriver à débusquer ce qu’on cache, de manière à apporter davantage de lumière, des éclairages. Voilà ce qu’on attend en somme d’un journaliste. Pardon, même d’une journaliste. La mission du journaliste, c’est aussi de critiquer le contenu du livre, de montrer sa pertinence, ses insuffisances, ses carences et même de contredire TAS si nécessaire. C’est ce qu’on en attend plutôt qu’un enterrement de 1ère classe.

Comment s’en prendre à un homme politique qui décide de relater son passage à différentes directions générales et à deux ministères ? Lors de sa démission ou limogeage, peu importe, la polémique avait tellement pris le dessus sur les raisons qu’il était devenu un impératif pour TAS de revenir sur son passage dans le gouvernement de Macky en y mêlant aussi ses expériences passées à l’Asecna, mais à un moment qu’il a jugé opportun. Fallait-il s’y opposer ? Lorsqu’une certaine presse oublie de faire son travail, certains de ses membres devraient avoir honte de s’offusquer que des politiques concernés par une gouvernance, à un moment donné, puissent livrer leur part de vérité. Loin d’affirmer que tout ce que Thierno Alassane a dit, correspond à la réalité, il revient à la presse de se saisir de ces infos et de les approfondir.

Révélations ou déballages, peu importe, le patron de « la République des valeurs », en décidant d’écrire ce brûlot, y a certainement un intérêt. C’est sûr. D’ailleurs les sources qui alimentent les journaux, n’ont-ils pas dans la plupart des cas, intérêt dans les infos qu’ils fournissent ? Peut-on d’ailleurs lui en vouloir de chercher à rebondir en politique, d’accroître sa notoriété; d’essayer d’en tirer un gain politique ? Assurément non. A la vérité, Thierno en a bien besoin. Ce politicien, considéré par beaucoup comme un être rigide – ce qui peut être un défaut ou une qualité, selon – a bien besoin d’être au-devant de la scène. Quel homme politique n’en rêve pas ? Rien de mal à cela surtout lorsqu’il vous est reproché de ne pas être suffisamment « Sénégalais » pour pouvoir être adopté par ses compatriotes.

Aïssatou Diop Fall est passée à côté de la plaque en ayant eu cette posture. Et Dieu sait qu’il y a bien des choses à lui reprocher dans son travail de tous les jours. Elle s’inscrit à fond dans la recherche du bon client dans son émission « face2face ». Elle les aime bien en fait et n’arrive jamais à garder la distance avec ceux-ci en balançant des « mon oncle », « mon ami », etc. La journaliste Fall a aussi ce côté insouciant qui lui permet souvent de sortir de sa bouche des mots pas très recommandables ou un langage parfois peu approprié pour le rôle qu’elle exerce. Est-ce peut-être cela qui fait son charme ?

Thierno Alassane a livré une mine d’informations, ça c’est sûr et ce n’est pas Moustapha Diop qui dira le contraire, lui qui, lors de la matinale de Walf TV du vendredi dernier 27 août, a dit tout le bien qu’il pensait du livre de TAS. Il a aussi donné toutes les raisons de le lire. « Ma réaction était de ne pas lire le livre quand j’ai noté qu’il faisait plus 480 pages. C’est un collègue à qui le livre a été envoyé qui m’a donné l’occasion de le lire lorsque le livre est tombé entre mes mains. Mais quand vous commencez à lire, cela vous intéresse forcément. Il y en a qui ont dit qu’il a fait du déballage, d’autres de dire qu’il ne faut pas lire et d’autres qui ont attaqué TAS. Le problème, c’est que si on ne lit pas, on ne peut pas le critiquer. Ce sont les zélés et les laudateurs qui ont répondu en tirant sur la personne et non sur le contenu. Si vous allez jusqu’à dire que vous ne lirez pas le livre, vous n’avez pas le droit d’en débattre. Même le président doit encourager ses hommes à lire ; même lui doit le lire. Les gens doivent écrire pour que les générations futures gardent des traces des événements passés afin de ne pas commettre les mêmes erreurs. », dira le journaliste à Walf Tv. Ce dernier a même tenté de faire la différence entre ce qu’ils appellent « secrets d’état » et « secrets contre l’Etat, citant Nafi Ngom Keïta au passage. « « Les secrets contre l’Etat », c’est ce qui a trait au secret défense et à la sécurité et les infos considérées comme sensibles. Prenant un exemple, celui-ci de dire que « lorsqu’un groupe de personnes ou une mafia peut accaparer les biens du pays, en parler, ce n’est pas évoquer des secrets d’Etat ».

Poursuivant, Moustapha Diop a semblé montrer à Aïssatou Diop Fall qu’elle avait toutes les raisons de lire ce livre. « Quand vous lisez le livre de TAS, vous comprendrez que la volonté de Wade de sortir le Sénégal de l’Asecna était juste un moyen de brader le foncier. De même de comprendre la question du financement de l’autoroute à péage (…), pourquoi le marché des lampadaires solaires a été attribué à des étrangers et non à des nationaux (…), l’affaire Petrotim. Je ne dis pas que tout ce qu’il a dit, est vrai, mais en lisant le livre, vous pouvez comprendre certaines choses. C’est intéressant que la classe politique parle de ses expériences et assument le devoir de rendre compte. Il y a des choses que les Sénégalais ont le droit de comprendre. », a ainsi poursuivi le directeur de l’information de Walfadjri.

Une manière de dire à la journaliste de la TFM manifestement en désaccord avec ses collègues Chérif Dia, Faty Dieng et Cheikh Tidiane Diawo, présents sur le plateau, qu’elle s’est complètement trompée en se focalisant sur les bonnes feuilles qui n’ont été en réalité qu’une compilation d’indiscrétions sur les sms et les pressions meénes par Boun Abdallah Dione.

Les explications de Moustapha Diop, ont semble-t-il, montré que dans ce livre, il y en avait pas que pour Macky Sall. Il y en a eu pour Me Wade aussi. Etait-ce un moyen, un astuce pour pouvoir mieux faire passer ce qui est considéré comme des attaques contre le Président Sall ? Thierno Alassane aura en tout cas attendu un moment de sérénité pour dire sa part de vérité. Il reste maintenant aux journalistes de se saisir de ce brûlot pour essayer d’en creuser les fonds de vérités et de contrevérités, si tant est qu’il y en ait, mais également des pistes d’enquêtes.

A la vérité TAS a du potentiel et pour mieux l’exprimer, il devrait, à l’heure des alliances contre nature, s’extirper de cette prison dans laquelle il s’est enfermé en compagnie de Mamadou Lamine Diallo, habitué aux propos hasardeux, gratuits et parfois méchants qui nuisent au discours et à la crédibilité et fondamentalement à l’image du trio.  “quand on est avec des gens comme Thierno Alassane Sall, on saisit que la politique peut se faire avec vertu, dignité et honnêteté“, a déclaré Abdoul Mbaye dans un interview avec Dakaractu. Pour évoluer et se renforcer politiquement, TAS est plus proche de l’ancien Premier ministre avec qui, il semble partager le même destin de victime du maquis. Pardon de Macky Sall. Et peut-être même certains traits de personnalité.

Un livre en tout cas qui sonne finalement comme un amas de pierres dans le jardin des journalistes qui doivent se remettre à l’investigation. Combien d’affaires a-t-on évoqué dans la presse sans qu’on ait eu une idée précise sur ce qui s’est réellement passé. L’on a longtemps épilogué sur l’affaire Petrotim et pourtant des doutes persistent toujours. Ce dossier Timis, Thierno Alassane l’aborde dans son livre. Et bien d’autres encore dans lesquels, la presse n’a toujours pas réussi à nous livrer des faits probants.

Le journalisme, un métier en fait qui ne devrait point réduire ses acteurs à des caisses de résonance. Il devient en tout cas plus qu’urgent que les journalistes redonnent les lettres de noblesse à leur profession. Ils ne peuvent se contenter de rapporter des propos et d’opposer des acteurs. De faire du petit journalisme en somme. Le pays est bondé d’injustices et d’affaires considérées comme des scandales sans qu’on ne sache réellement si elles le sont vraiment. Les journalistes n’ont pas le droit de laisser le peuple s’indigner à tort, mais ce dernier devrait toujours le faire à raison. Ce n’est pas un hasard si le métier est appelé 4ème pouvoir. Il participe en cela à l’éducation et à la formation du citoyen. Mais le fait est qu’il demande de la transpiration, un carnet d’adresses qui se constitue avec le temps, de l’éthique, le respect de la déontologie mais surtout de la passion.