CONTRIBUTION – L’Industrie aéronautique compte parmi les secteurs les plus sinistrés par la pandémie du Covid 19. La succession des faillites et des restructurations des transporteurs aériens qui scrutent l’horizon de la reprise des vols nous le rappelle chaque jour.

Suite à notre article sur les Compagnies aériennes et dans la perspective de l’ouverture prochaine des aéroports, nous souhaitons poser un regard sur un acteur important  de l’économie du Tourisme et du Transport Aérien. Il convient d’abord de rappeler que les principaux intervenants dans la fourniture de services de transport aérien sont :

  • Les Infrastructures Aéroportuaires
  • Les Transporteurs (les Compagnies Aériennes)
  • La Distribution du Produit Aérien

Le vocable Distribution renvoie à la commercialisation du service et le « Réseau de Distribution », communément appelé « les Agences de Voyage », constitue ce troisième acteur essentiel dans la chaîne de création de valeurs.

Dans le concept, les Agences de Voyages (AGV) sont une « création » des Compagnies Aériennes désireuses d’assurer la plus large distribution possible de leurs produits par des  intermédiaires, mandataires, choisis et formés à cet effet. Les AGV sont certes des entreprises qui exercent leurs activités sur la base des licences délivrées par l’Administration (le Ministère du Tourisme) mais elles sont soumises à l’obtention de l’ « Accréditation IATA » pour être autorisées à émettre les billets d’avion des compagnies aériennes.

L’accréditation IATA est une émanation des compagnies aériennes, lesquelles, historiquement, ont confié à l’Association Internationale la mission de concevoir et de gérer le processus de choix et d’acceptation des agences de voyages éligibles au statut de distributeur des produits des compagnies aériennes, selon des normes et règles très strictes édictées par IATA, Administrateur et garant du système. Le système est désigné sous le nom de « BSP : Billing Settlement Plan ». Dans ce système, les agences accréditées reversent le produit total de leurs ventes des billets d’avion tous les quinze jours  à l’IATA qui le reverse aux compagnies aériennes respectives. Les règles de fonctionnement du système ne permettent ni souplesse ni flexibilité et IATA  a la faculté d’annuler l’accréditation d’une agence de voyage qui ne s’y conformerait pas et de lui ôter toute possibilité juridique et technique d’émettre des billets.

Pour être accréditée, l’agence de Voyage doit remplir des critères très sérieux  dont une technicité et un professionnalisme vérifiés  de son personnel et la fourniture d’une garantie bancaire d’un montant initial plancher de 100 Millions de Francs CFA irrévocable, garantie par la suite indexée sur le chiffre d’affaires annuel de l’agence. Le fonctionnement sommairement décrit ci-dessus concerne la région Afrique de l’Ouest et du Centre ou IATA a créé en 1995 un BSP/CWA (Central and West Africa) commun aux 12 pays utilisant le FCFA comme monnaie commune plus la Mauritanie et dont le siège est à Dakar. Ce BSP compte 539 Agences de voyages accréditées sur un total approximatif de 2500 agences dotées d’une licence administrative locale.

En 2019, ces agences accréditées ont reversé 768 Milliards de FCFA au BSP, représentant le produit de leurs ventes sur les compagnies aériennes opérant dans la zone CWA, en progression de 14% par rapport à l’année 2018. Les Champions sont la Côte d’Ivoire (128 Milliards), suivis du Sénégal et du Cameroun (120 Milliards chacun), puis du Gabon (75 Milliards), du Congo (66 Milliards), du Mali (56 Milliards) etc… il est admis que l’apport du Réseau de distribution représente 70 à 75% des ventes totales des compagnies aériennes. C’est dire combien l’activité des agences de Voyages est essentielle à l’économie du transport aérien.

Le Réseau de Distribution, à l’instar de l’ensemble du secteur du Tourisme et du transport aérien a  été très sévèrement impacté par la pandémie du Covid 19.  Les entreprises sont restées totalement à l’arrêt durant ces trois derniers mois et celles qui survivront cet été seront à la croisée des chemins au seuil de la reprise des activités qui s’annonce.

L’enjeu est doublement crucial en effet.

Les agences de voyages vont être confrontées à l’impérieuse exigence des transporteurs aériens (très durement éprouvées par le Covid 19) de recouvrer leurs recettes dans des délais impératifs très rapprochés sans aucune possibilité d’assouplissement compte tenu des règles strictes édictées par le BSP et les garanties largement supérieures aux risques potentiels. Dans le même temps, pour assurer le développement de leurs activités, les AGV doivent satisfaire aux exigences d’une clientèle corporate très demandeuse d’une qualité de service dont elle mesure souvent l’efficience par la durée des facilités de crédits.

Les AGV vont donc se trouver dans la situation très inconfortable de devoir accorder un crédit client souple beaucoup plus long  que leur crédit fournisseur non négociable.

Dans un contexte où les ventes vont durablement se contracter drastiquement, les AGV pourraient être exposées aux risques de cessation d’activités si elles ne trouvent pas les ressources permanentes nécessaires pour satisfaire aux exigences des compagnies aériennes.

En décrivant ce scénario probable, il ne s’agit pas de solliciter une quelconque aide publique, mais plutôt d’en appeler au bon sens et à la prise de conscience de la clientèle corporate : les enjeux économiques et sociaux sont tels qu’elle est invitée à réduire à l’usage, parfois exagéré, du crédit client à durée indéterminée.

Par clientèle corporate, nous visons les administrations et institutions publiques nationales, les entreprises, les organisations internationales, les sociétés professionnelles, les professions libérales, la clientèle haute contribution en général…. ces indispensables voyageurs très fréquents qui construisent chaque jour le succès du transport aérien.

Les facilités de crédit accordées antérieurement à la pandémie devront être réaménagées, sinon nous assisterions à l’hécatombe des agences de voyages avec son cortège de perte de milliers d’emplois qualifiés et destruction d’un pan important de l’économie.

Alors, au nom des Agences de Voyages, ces hommes et ces femmes entrepreneurs qui s’investissent durement chaque jour avec passion et abnégation, qui prennent des risques, qui forment à des emplois très techniques pour vous servir et pour créer de la valeur au profit de l’indispensable Industrie du Tourisme et du Transport Aérien, essayez désormais de régler vos billets d’avions dans les meilleurs délais permettant la sécurité et la poursuite de l’activité.

Il y va de l’intérêt des compagnies aériennes, de l’économie générale et de nos collectivités nationales. Aimez davantage votre Agence de Voyage !

 

Ibra B. WANE                                                                                            

Directeur Général, Aviation And Co