NETTALI.COM – En cette période de Ramadan, les médias, même s’ils traitent l’actualité du Covid 19, ne négligent point la religion qui a fini de bousculer la programmation télé. Un phénomène qui s’est généralisé depuis trois à quatre années maintenant. L’émission « Quartier Général » de la Tfm connait un certain succès obligeant la concurrence à suivre la même voie. Walf Tv a ainsi ressuscité son émission « Grand soir ». Quant à la Sen Tv, elle a lancé son “Grand plateau”. 

Si le « Grand soir » de Walf Tv fait encore la part belle aux débats d’actualités politiques notamment, Tfm, Sen TV ont trouvé un créneau en ces temps de Ramadan. La religion prend le pouvoir sur les deux chaînes et fait office de divertissement.

Seulement, il y a le revers de la médaille. L’alternance imposée par ses deux en devient même malsain. “Quartier général” et “Grand plateau” ont ainsi dépassé le cadre d’une compétition entre deux chaînes de télévision en mettant chaque soir en compétition, les guides religieux musulmans du Sénégal. La complicité des conférenciers joue ainsi à plein régime car ceux-ci viennent “vendre” leurs favoris. A longueur d’émissions, chacun chante les louanges de son guide et ne rate aucune occasion d’égratigner les autres. Aujourd’hui, c’est Seydi El Hadji Malick Sy et un autre jour, c’est Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul, El hadji Ibrahima Niasse, Mame Limamoulaye ou encore Mame Cheikh Ibrahima Fall.

Sentant l’effet buzz, les télés font tout pour encourager la compétition. Et cela se passe parfois au sein même d’une même communauté. C’est ainsi qu’au moment où Gana Mésséré est sur la Tfm le samedi pour parler de Serigne Touba, la Sen Tv met sur orbite Serigne Mbaye Gueye Sylla pour parler de Mame Thierno Birahim Mbacké. Pis, une vraie bataille se mène sur les réseaux sociaux. Chacun essayant de faire le maximum de partages. Histoire de rallier le maximum de téléspectateurs pour sa chaîne préférée. Une vraie hypocrisie selon certains qui rappelle que les Abdoulaye Diop Bichiri, Gana Mésséré, Serigne Mbaye Gueye… racontent les mêmes histoires tous les jours sur des chaînes dédiées comme Lamp Fall Tv, Touba Tv sans que les mourides des réseaux sociaux n’en fassent un tel tollé.

Et le plus dangereux dans cette compétition voulue par les chaînes de télévision, c’est qu’elle met en péril le vivre ensemble entre confréries du Sénégal. En effet, après chaque émission, il se passe comme un débriefing sur les réseaux sociaux. Un débriefing fait d’insultes et d’injures contre les guides religieux qui n’ont rien demandé et qui n’ont jamais été dans ce genre de compétition.

Ayant sans doute compris le danger qui menace, de plus en plus de voix se font entendre pour recadrer les conférenciers et rappeler à l’ordre les talibés des réseaux sociaux. Pour certains, il faut retourner à l’orthodoxie et choisir le plateau qui sied pour parler de Bamba, Maodo, Baye… “Comment peut-on choisir de parler de nos guides dans des émissions présentées par des animateurs de mbalax où des jeunes filles qui ne respectent rien des enseignements des fondateurs des confréries et ne pas s’exposer à la polémique ? “, s’interrogent certains.

Akilee, toujours acculée !

Alors qu’on s’enfonce dans le Covid-19 avec la centaine de cas avancée presque tous les jours, l’affaire Akilee-Senelec nous suit, telle une ombre. Elle a pris une nouvelle tournure médiatique depuis la semaine dernière. Le Club des Investisseurs du Sénégal (CIS) est sorti de sa réserve pour servir une « motion de soutien pour un secteur privé fort ». Un soutien apporté à un de ses membres en l’occurrence Akilee, la start-up sénégalaise. Réponse du berger à la bergère, Senelec ne mettra pas de temps pour arroser les quotidiens de la place, de publicités, le lendemain, samedi 16 mai. Annonces commerciales dans lesquelles, elle se plaint de n’avoir pas été consultée par le Cis pour donner sa version de l’histoire.

Sauf qu’en fait de version, le Directeur Général M. Bitèye avait déjà déclaré sur le plateau de I-TV face à Mahmoudou Ibra Kane, qu’Akilee ne pose pas de problème ; et qu’en tant membre du Conseil d’Administration (de par son poste de Secrétaire permanent à l’Energie où Maimouna Ndoye Seck l’avait nommé depuis 2013), il a suivi le processus de bout en bout. Qu’ajouter de plus  ? Pour lui rafraîchir la mémoire et lui rappeler sa prise de position publique, un extrait de la vidéo de l’interview où il faisait cette déclaration avait circulé sur les réseaux sociaux.

« Le Quotidien », journal de Madiambal Diagne également membre du Cis, volera au secours de Senelec, samedi 16 mai pour informer que le soutien du Cis s’est fait au nez et à la barbe de certains de ses membres. Ce lundi 18 mai, Senelec est repartie à l’offensive dans d’autres journaux où un titre partagé évoque le  “recadrage” du Club des investisseurs.

Un soutien à Akilee de la part du Cis qui n’a en tout cas pas plu à Senelec qui semble relever un manque d’unanimité.

Une situation qui appelle toutefois un commentaire. L’unanimité est certainement idéal dans le cadre d’une assemblée, mais pas forcément obligatoire dès qu’une majorité se dégage. C’est d’ailleurs un fait assez rare dans les assemblées. Soutenir une entreprise membre d’un club des investisseurs, quoi de plus naturel et de plus normal ? De plus, pour un tel club dont le fondement est la mise en commun des moyens, synonyme de renforcement mutuel, avec entre autres objectifs d’investir dans des projets d’envergure, n’est-ce pas la raison d’être du Cis ? Sa naissance est liée à n’en pas douter, à un contexte sénégalais où la quasi-totalité des chantiers d’envergure et des marchés est attribuée à des entreprises étrangères.

Les membres du CIS, vus leur expérience et trajectoires, savent bien lire les événements et les décrypter. De plus, ils ne sont pas aussi suicidaires au point de suivre aveuglément un de leurs membres aux arguments farfelus et à la compétence improbable, dans une aventure sans lendemain. Sont-ils à ce point si peu exigeants pour intégrer en leur sein, du menu fretin voire un membre sans envergue ? En fait d’envergure d’ailleurs le communiqué du Club des investisseurs en question, relève fortement cet aspect puisqu’il mentionne que « les solutions proposées par Akilee à la Sénélec sont novatrices et originales. C’est une offre à la pointe de l’intelligence artificielle qui s’appuie sur des innovations numériques appliquées au domaine de l’énergie. Akilee est à l’avant-garde ». Le document ajoute d’ailleurs que « les solutions proposées par Akilee font déjà leur preuve au niveau de la Sénélec, avec une forte résonnance à l’extérieur. Dans la sous-région et au-delà, elles sont évaluées, adoubées, prisées et en phase d’être adoptées. C’est une ouverture et une publicité inespérées pour le Sénégal et son secteur privé. Une opportunité de mettre sur orbite le génie sénégalais qui innove et qui exporte. » Pour le CIS « le choix d’Akilee interpelle par son patriotisme économique. La Sénélec avait à sa disposition des offres intéressantes dont une seule pouvait se prévaloir de la nationalité sénégalaise. A compétences égales avérées, le CIS se réjouit que ce soit l’entreprise sénégalaise qui ait été choisie. »

Et Maître Djibril War s’invita dans le débat 

Me War, Président de la commission des lois à l’Assemblée nationale et administrateur judiciaire de profession, s’est invité dans le débat sur la 2 STV, ce samedi 16 mai. Il a ainsi appelé les parties prenantes à la raison. Aussi, a-t-il prodigué des conseils au Directeur Général de Senelec M. Bitèye, rappelant que celui-ci siégeait au Conseil d’administration de la société d’électricité et avait béni le projet, au moment de la signature. Il a cru d’ailleurs savoir que le fait que Senelec soit actionnaire d’Akilee ne constitue pas un scandale, à la lumière des textes communautaires ratifiés par le Sénégal. Raison pour laquelle, il a alerté sur des risques de concurrence loyale, de nature à nuire aux intérêts du Sénégal, si toutefois toutes ces manœuvres ne visent qu’à faire la part belle à une entreprise étrangère (l’Israélien Powercom). Me War a toutefois mis en garde l’actuel directeur général contre ceux qui cherchent à brouiller ses relations avec Makhtar Cissé, pour nuire à l’action politique du président Macky Sall.

Dans un scénario très comique, Me War connu pour son franc parler et très au fait des intrigues politiques pour lesquels, il semble sentir le parfum, a quelque peu caricaturé d’éventuels propos de comploteurs tapis dans l’ombre qui encenseraient Bitèye : « le président te suit. Il a remarqué ton action, il apprécie ce que tu fais, continue, tu tiens le bon bout. Tu peux être ministre ». C’est à mourir de rire. Il imaginait bien le genre de propos que ceux-là pourraient débiter en messe basse. Il a au passage retracé le parcours du patron d’Akilee, évoquant la volonté affichée du chef de l’Etat de promouvoir une classe d’entrepreneurs sénégalaise et trouve injuste ce procès en sorcellerie contre le patron de la start-up, Amadou Ly qui a renoncé à un salaire en or à Electricité de France (Edf), pour venir répondre à l’appel de la patrie.

Qui de la légalité du contrat ? Pour l’homme de l’art, administrateur judiciaire, la conclusion est sans appel. Le contrat est tout simplement nickel.

L’affaire Akilee-Senelec aurait certainement dû ne pas atterrir dans les médias, si la seule motivation est de renégocier un contrat. Un contrat ne saurait en aucun cas réduire ses signataires en esclavage. C’est la loi des parties. Donc libre à elles de trouver une solution amiable voire d’aller au contentieux avec les risques que cela peut comporter pour chacune des parties.

Senelec concentre au fond les tares de toutes les boites publiques où les jeux d’intérêt sont en présence. La propension est bien forte de brandir l’argument de détention de toutes les compétences en interne, alors que des sociétés de prestation font une certaine partie du travail de Senelec. Les pertes par vols d’électricité et techniques de courant que traque Akilee existent en effet depuis toujours dans cette boite et figurent dans presque tous ses rapports. Ce n’est donc pas avec l’arrivée d’Amadou Ly, dans un contexte où Pape Dieng était Directeur général, qu’elles ont été identifiées. Qu’on ne s’y trompe point. Identifier un problème au sein de son entreprise et ne pas le résoudre ! Attendre qu’une entreprise extérieure arrive pour la résoudre, n’est-ce pas une faute, si tant est que vous êtes vraiment compétents pour le résoudre ! Même l’argument selon lequel Senelec peut commander ses propres compteurs, laisse songeur, ce d’autant plus que Souleymane Souaré du syndicat Satel a expliqué au cours d’une interview que Senelec a toujours connu des problèmes d’approvisionnement au point, qu’à la fin de l’exclusivité de Simelec de 10 ans (et dans laquelle Senelec détient 34%), c’est le système des appels d’offres qui a prévalu avec des délais intenables et un approvisionnement très difficile.

Pour ce qui concerne la commande de ces compteurs, l’on a appris qu’avec les appels d’offres, Senelec payait 30% à la commande et 70% à la livraison ; avec Akilee, suivant la vague de commandes, ce sont 15% d’acompte à verser à la commande et 85%, quatre (4) années après la livraison avec des délais ramenés à 3 mois. De quoi se frotter les mains en termes de gain de trésorerie sur les 10 ans d’exclusivité qui reviennent finalement à 14 ans. Une trésorerie que d’ailleurs Senelec n’a jamais vraiment détenue.

La question est désormais de savoir le signal que l’on cherche à donner à l’affaire en continuant à la traiter dans la rue ? Cherche-ton à dévaloriser la signature de Senelec ? L’image de Senelec et la confiance qui est à placer en cette boîte, comptent-elles si peu ? Ceux qui sont aux commandes, pensent-ils encore à la pérennité de l’entreprise ? Ou veulent-ils juste se soucier de leur gestion en oubliant que l’entreprise a un avenir lié à la vie des Sénégalais ? Il faut en effet savoir raison garder et ne pas s’inscrire dans une logique de dilatoire qui bloquerait toutes les issues de négociations, si telle est la volonté réelle. Il y a des situations d’orgueil ou des egos démesurés qui ne peuvent conduire qu’à la catastrophe. Imaginez une seconde le contentieux et ses éventuelles conséquences.

M. Bitèye est en principe un homme raisonnable. Il doit surtout rester fidèle à ses déclarations d’avant et inviter Akilee à la table de négociations, soumettre ses prétentions les plus raisonnables et les plus sérieuses, si tant est qu’il est mu par une volonté sincère de négocier pour l’intérêt de la boîte mais aussi pour la sauvegarde de l’intérêt d’Akile dans laquelle il possède 34%.

Avoir eu Sonatel comme 1er client et la maintenir, ce n’est pas rien. Avoir Orabank, Société Générale, Auchan, Sedima, Port autonome de Dakar, Bolloré, EDK, Simpa, et plein d’autres industriels, soient près de 800 clients au total, dans un débat où le manque d’expérience d’Akilee semble être brandi pour tenter de disqualifier la boite sénégalaise, relève tout simplement d’un manque de sérieux. Senelec, au-delà de ses intérêts, récolte 34% des résultats de la start up dans un contexte où celle-ci va s’exporter. La preuve par la Sonatel qui contrôle des sociétés de téléphonie dans la sous-région. Il faut savoir parfois viser loin et bouger avec son temps. Le management, c’est aussi cela. De la prospective.

Les invectives par voie de presse ont assez duré. Il est grand temps de passer par les voies offertes par les clauses juridictionnelles du contrat en cas d’insatisfaction de l’une des parties, s’il est impossible de trouver une solution à l’amiable.

Toute autre attitude cache des préoccupations inavouées ne relevant pas du contrat en question.