NETTALI.COM – Invité de l’édition du « Grand Jury » de la Rfm,  dimanche 9 février, Philippe Lalliot, l’ambassadeur de la République française au Sénégal a fait des commentaires empreints de condescendance  sur la date de la commercialisation du Train express régional (TER) et sur le contrat de concession de l’Autoroute à péage.

Sur ce dernier point, concernant l’autoroute à péage, il appuie la position du Directeur général de Senac Sa, Xavier Idier, qui, dans une sortie en janvier 2020, excluait toute option de renégociation sur le contrat signé avec le gouvernement sénégalais. Cela, après que le président Macky Sall a, le 11 juin 2018, en conseil des ministres, engagé le gouvernement à prendre toutes les mesures idoines pour la renégociation de la concession et des tarifs sur l’Autoroute à péage Patte d’Oie-AIBD.

Des représentants d’un Etat étranger devraient-ils se permettre des ingérences dans les affaires intérieures du Sénégal. ? L’ambassadeur Philipe en faisant cette sortie, s’est rendu coupable de ce crime vis-à-vis de l’Etat du Sénégal. S’est-il à ce point senti en territoire conquis qu’il a eu l’idée de se prononcer de la sorte sans se préoccuper de possibles conséquences ? Ce n’est la première fois qu’un ambassadeur français accrédité à Dakar, parle de l’autoroute à péage en ces termes.

Pour mémoire, en mai 2018, le prédécesseur de Philippe Lalliot, le très actif Christophe Bigot qui était sur tous les fronts des intérêts français au Sénégal, enfilait une robe d’avocat pour dire qu’Eiffage ne tirait aucun profit des tarifs jugés excessivement cher de l’infrastructure autoroutière. « Eiffage est un grand groupe qui a pris un risque en investissant et faisant construire cette autoroute. Le trafic aurait pu ne pas être à la hauteur de ce qui était escompté. D’ailleurs sur le volet camions, il y a beaucoup moins de camions que ce qui était escompté. Aujourd’hui, tout ce que je sais c’est que pour l’instant, il n’en a tiré aucun dividende », soutenait Bigot, à la rescousse de Eiffage. Dans un entretien avec le site dakarmatin, toujours en mai 2018, la réponse du berger à la bergère viendra de Bara Tall. « L’ambassadeur de France n’a pas dit la vérité. Il nous prend, nous autres Sénégalais, pour des ignorants. Ils ont gagné des centaines de milliards avant même de commencer. Les générations futures vont en souffrir », soulignait le PDG de Jean Lefèbvre.

C’est donc, à juste raison que dans les colonnes du quotidien «L’Observateur» ce mercredi 12 février, le ministre sénégalais des Infrastructures, des transports terrestres et du désenclavement, dans une lettre  adressée à Jean-Baptiste Jebbari, Secrétaire d’Etat chargé des Transports de la République française, ait jugé utile de remettre l’ambassadeur Lalliot et le patron de Senac S.a à leur place.

Il faut dire que le gouvernement du Sénégal a tardé à siffler la fin de la récréation en ce qui concerne ces deux projets. Personne ne peut savoir les pertes subies par le contribuable sénégalais, devant ce montage financier rocambolesque ayant permis d’édifier l’autoroute à péage. « Je peux réaliser l’autoroute à péage Dakar-Thiès à 120 milliards de F Cfa. La preuve, vous avez entendu récemment le directeur des Routes et le directeur de l’Investissement dire qu’ils vont lancer l’autoroute côtière Dakar-St-Louis à 240 milliards de F Cfa pour 195 km. C’est cela le coût réel. Pour toutes les autoroutes construites au Maroc, le km est à 2,3 milliards de F Cfa, malgré le relief fait de montagnes qui induit un coût beaucoup plus cher…. Pour la Tunisie, le coût au km tourne autour d’1,1 milliard. Pour Abidjan-Yamoussoukro c’est 1,2 milliard », comparait le PDG de Jean Lefèbvre, qui regrettait que la partie qui va de Pikine à Diamniadio et réalisée par Eiffage ait coûté 7,4 milliards de F Cfa le Km.
De même pour le Train Express Régional. En marge d’une visite privée en France, Macky Sall rappelait aux dirigeants des entreprises tricolores chargées de la réalisation du TER, son intention de l’inaugurer avant la fin de son premier mandat. En mai 2019, il a encore évoqué le projet avec Emmanuel Macron à Paris.

Comme il est arrivé un moment où, après plusieurs reports, le gouvernement ne pouvait plus donner de date d’inauguration à cause des retards imputables aux partenaires français, il coule de source que cette sortie de Philippe Lalliot ne pouvait que susciter une vive réaction.