NETTALI.COM – Le système éducatif va vers de nouvelles perturbations. En attendant l’expiration des préavis de grève déposés par les autres syndicats, le G20 va, lui, observer un débrayage ce mardi 14 janvier. Dans cet entretien, Dame Mbodji, secrétaire général du Cusems/Authentique et coordonnateur du G20 explique les raisons de ce mouvement d’humeur. Non sans tirer sur l’actuel ministre de l’Education, «l’un des moins compétents» du Sénégal.  

Nettali.com : On dit du G20 que c’est un groupe minoritaire comparé aux autres organisations qui ont quand même gagné lors des élections de représentativité. Justement quelles sont les organisations syndicales qui composent le G20?
Dame MBODJI : Le G20 est en fait composé de 26 organisations syndicales. Parmi ces dernières, on peut citer : le Cusems/Authentique dont je suis le secrétaire général, l’Uden/R, le Sadef, le Sydels, l’Ois, le Sel/Originel, l’Oneas, le Sudes, l’Ues,  l’Adept, le Seppi, le Cdefs, le Sdea, le Sypros, le Snelas/Cnts, le Sepe, l’Ois/Rd, le Sunir, le Sydels/Originel, l’Ades, le Cuqeef, l’Odels, le Reel, le Scemes, le Sneel/Fgts, le Sneel/Cnts.

Toutes ces organisations ont décidé d’observer un débrayage ce mardi. Dites-nous pourquoi ?

Nous avons décidé d’observer un débrayage mardi 14 janvier suite à l’expiration de notre préavis de grève et le refus du gouvernement de respecter les accords signés et d’ouvrir des négociations inclusives sur les nouvelles questions que nous lui avons soumises.
En effet, le 17 février 2014, le gouvernement du Sénégal s’était engagé à mettre fin aux lenteurs administratives dans la production des actes d’intégration, de reclassement, de validation et d’avancement des enseignants, mais le constat amer est que malgré les guichets uniques et le dispositif de dématérialisation tant chanté par le ministère de la Fonction publique, les enseignants peinent toujours à entrer en possession de ces documents si déterminants dans leurs carrières.
En outre, le gouvernement ne s’est pas acquitté de son engament d’apurer la totalité des rappels dus aux enseignants aujourd’hui estimés à plus de 100 milliards. Chaque jour, nous assistons dans toutes les 16  académies à une violation des acquis sur la gestion démocratique du personnel, avec des mutations et des redéploiements arbitraires d’enseignants. Il devient de plus en plus difficile pour les enseignants mariés de bénéficier de rapprochement de conjoints et les ministères en charge de l’éducation refusent systématiquement d’affecter les enseignants malades à des postes sédentaires. Les revenus des enseignants sont surimposés à cause d’un logiciel cyniquement paramétré pour soutirer injustement des sommes d’argent aux enseignants.
Depuis 2015, les résultats de l’audit sur le système de rémunération commandité par l’Etat, sur notre demande, sont sur la table du Président Macky Sall qui refuse toujours d’ouvrir des négociations avec tous les syndicats légalement constitués afin de corriger les injustices et les iniquités dans notre système de paiement des fonctionnaires. Depuis 2013, les prêts Dmc sont gelés sans raison et les assiettes foncières allouées aux enseignants ne sont toujours pas mises à la disposition des ayants-droit.

Pourquoi ne pas alors se joindre au G7 plus représentatif et qui a déjà déposé un préavis de grève ?
C’est un secret de polichinelle que de dire que le G7 est de connivence avec le gouvernement. Ils ont attendu que le G20 dépose son préavis pour aller s’acquitter de cette formalité et dans la débandade. En d’autres termes, le G7 n’a pas déposé de préavis, mais ce sont les syndicats membres qui l’ont fait séparément dans la crainte d’être dépassés par les événements ou de perdre le minimum de crédibilité qui leur reste après la trahison de Mermoz. Pour rappel, c’est au sortir de leur rencontre avec la première Dame le 30 mars 2018 à Mermoz qu’ils se sont précipités à pondre un communiqué pour lever leur mot d’ordre de grève sans concertation avec les enseignants et sans aucune autre forme de procès.
D’ailleurs, nous profitons de l’occasion que vous nous offrez pour leur lancer un ultime appel à l’unité s’ils peuvent évidemment nous donner des garanties qu’ils vont arrêter de flirter avec le gouvernement et qu’ils vont sortir définitivement de la participation responsable..

Que répondez-vous au ministre de l’Education nationale qui vous appelle à la sérénité ?
Cette sérénité doublée de courage est plus attendue de lui que de nous car depuis bientôt un an qu’il gère ce département, il est incapable de réunir toute la famille enseignante autour de l’essentiel. L’actuel ministre de l’Education nationale est une grande déception pour tous les acteurs que nous sommes. Le Sénégal vient d’avoir à la tête de son système d’enseignement l’un des ministres les moins compétents de son histoire. Il est quasiment passé à coté de tous les grands défis auxquels il était confronté. Etre ministre est comme une fin en soi pour lui, il n’a aucune vision claire pour l’école sénégalaise. C’est pourquoi depuis sa nomination, il est dans le pilotage à vue. Si les rumeurs de remaniement sont avérées, il serait bien qu’il cède la place à un autre plus audacieux et plus proactif.  

La suite du combat si vos revendications ne sont pas satisfaites?
Le G20 est déterminé à mener le combat tant que nous continuons à jouir de la confiance des camarades. Notre intime conviction est que si nous relevons le défi de l’unité et que nous créons un rapport de force favorable, il n’y a pas de raison que l’on ne gagne pas ce combat.
Nous évaluerons ce premier plan d’action le samedi prochain lors de la plénière des secrétaires généraux membres et nous dégagerons les perspectives de lutte en rapport avec les propositions issues des assemblées générales départementales qui se tiendront le jour du débrayage.