NETTALI.COM – A peine avons-nous fini de nager dans le bonheur procuré par le sacre de Sadio Mané que nous replongeons dans la grisaille sénégalaise avec cette manifestation sur la hausse du prix de l’électricité qui semble avoir pris des allures politiciennes depuis quelques jours. Ce qui a d’ailleurs fait l’objet d’un vif débat à « Jakarloo » de la TFM de ce vendredi 10 décembre.

Une photo affichée au cours de l’émission et qui doit avoir surpris plus d’un, c’est celle de Me Wade en compagnie de Fadel Barro, Amadou Guèye et autres. N’est-ce pas ce dernier avec son mouvement « Terminus 2012 » et les Yen à marristes et d’autres encore qui avaient si fortement combattu Me Wade en réclamant son départ ? Ironie de l’histoire, ils ont cherché à faire du Pape du Sopi, une recrue de taille ! Fou Malade a tenté d’expliquer que « Noo Lank » est un mouvement bien citoyen et non politique même s’ils ont rencontré Me Wade et cherché à discuter avec Ousmane Sonko et Idrissa Seck. Pour le rappeur, les politiques ont pour vocation de s’occuper d’électricité, d’eau, de santé, etc. Bref l’on a compris qu’une jonction avec les politiques, les boulangers, les syndicats, etc, question de redonner du souffle à ce mouvement, était l’objectif recherché.

On peut dès lors se poser la question de savoir ce qui a bien dû se passer entre temps pour que Me Wade montrât quelques signes d’impatience à l’endroit de Macky Sall après ces fameuses retrouvailles tant vantées de Massalikoul Djinaan ? Y aurait-il du sable dans le couscous de la réconciliation ? Le père de Karim doit sans doute languir par rapport à une probable révision du procès de son fils ?  Pourquoi renoncer ainsi aux principes d’un engagement citoyen et chercher à enrôler Me Wade qui n’a d’autre intérêt que celui de réhabiliter son fils et le mettre en selle ? Les fameuses émeutes de l’électricité pendant la gouvernance de Wade en 2011 sont bien fraîches dans nos mémoires.

Le très lucide et modéré Papis Diaw, a dit une chose importante, à savoir qu’il faut tracer une ligne de démarcation entre le combat citoyen et la politique dans cette affaire, estimant que le combat citoyen était sincère au début alors que les politiciens n’osaient pas s’en mêler.

Pour Birima, le syndicaliste doublé de politique et très introduit dans les sphères du pouvoir, la politique est au cœur de cette hausse. Selon lui, il y a un groupe tapis au palais qui paie des journalistes pour « tuer des ministres un par un ».

Un argument du tonitruant chroniqueur de « Jakaarlo » qui ne manque dès lors pas de sens d’autant plus qu’une affaire de hausse qui paraissait simple en termes d’explication, a pris au début des proportions qu’on n’imaginait pas. Mais qu’est-ce qui a bien dû se passer pour que la clameur et les critiques sur Senelec et le ministre du Pétrole et des Energies (ex DG de Senelec) Makhtar Cissé aient subitement cessé ? Pourquoi ceux qui l’alimentaient, se sont-ils subitement terrés ? Par crainte d’être certainement démasqués, car comme on le dit « tout ce qui est excessif, est insignifiant ». La frénésie des attaques dont ils ont fait l’objet, lui et la Senelec dans un contexte de hausse du prix de l’électricité au point de remettre en cause tout le travail qui a été abattu dans cette société, relève juste d’une volonté de salir l’image de l’actuel ministre Cissé dans un contexte où, avec d’autres, il est prêté des intentions. Manipuler, distiller des contre-vérités, voilà le sombre dessein pour lequel ont été recrutés des journalistes, activistes et mercenaires par des politiciens tapis dans l’ombre.

Une explication de la hausse qui paraît pourtant bien simple à comprendre même si ces manifestants peuvent la réfuter dans son fondement. « Je cède 2 milliards aux consommateurs et j’en endosse 10 milliards sur le gap de 12 milliards du trimestre octobre, novembre et décembre 2019 ». Voilà pour résumer ce que Macky Sall a opté comme solution.

Les choses ne sont peut-être pas parfaites dans cette entreprise publique d’électricité, mais y a-t-il réellement un problème d’envergure à Senelec ? Même le très médiatique et futé journaliste, Cheikh Yérim Seck, en étant d’accord sur la bonne santé de Senelec, confirmée par le Président Sall lors de son discours de nouvel an, s’y est trompé en évoquant « une barge louée et une production excédentaire au point pour la société de vendre de l’électricité ». Pour lui, il y a eu une sur communication de la part de Senelec.

Entre manipulation, amalgames et confusions

Difficile en effet de comprendre la cuisine de l’électricité. Une simple logique primaire ne permet pas en effet de la saisir. Ce que M. Seck semble sans doute ignorer, c’est qu’il n’y a aucune société au monde qui produit juste ce dont elle a besoin. Dans le cas de Senelec, il y a un besoin de se faire une marge de sécurité pour pouvoir, en cas de révision d’une centrale ou d’une panne, ou d’une augmentation subite de la demande, l’utiliser. La société d’électricité a besoin d’un peu plus de 700 mégawatts au maximum pour satisfaire la demande en électricité de ses clients et dispose à cet effet 1.200 mégawatts en capacité installée. Et comme, elle est dans un système interconnecté avec ses voisins (Mali, Mauritanie et Gambie) sur la demande de certains d’entre eux, elle vend une partie de cette marge à ses voisins de temps à autres comme cela se fait dans le monde entier (on appelle cela des échanges d’énergie qui peuvent parfois changer de direction selon les périodes). C’est juste cela la raison.

De même cette histoire de barge louée aux Turcs depuis septembre 2019 et non depuis 6 ans comme cela avait été écrit dans un journal et commentée maintes fois sur une radio, relève d’une volonté de nuire. La centrale à charbon de Sendou d’une capacité importante de 125 mégawatts, ayant été arrêtée pour cause de panne, une décision a été prise dans le sens de remplacer cette puissance importante dans la sécurisation de la production totale.

Sur un autre plan, les bénéfices de Senelec largement repris dans des discours construits et coordonnés et qu’on a cherché à mettre en rapport avec la hausse du prix de l’électricité, n’ont aucun lien. Un bénéfice se réalise sur un exercice et il est loisible aux actionnaires de le réinvestir en partie ou en totalité ou alors de distribuer des dividendes en totalité ou en partie. Il se trouve juste que dans cette affaire, suivant un contrat de performance établi sur une durée de 3 ans entre l’Etat et la Senelec, des revenus sont fixés suivant une mission assignée par l’Etat à Senelec (extension du réseau, électrification de quartiers, de villages, niveau de qualité de service fixé, etc). A supposer qu’un revenu de 300 milliards soit fixé sur 3 ans, ce revenu est passé en revue tous les 3 mois. Si au bout de 3 mois, à supposer que Senelec doive gagner 500 millions sur un trimestre et gagne 450 millions à cause de paramètres externes (baril, dollar, etc), cela veut dire que l’Etat devra combler 50 millions. Et si la Senelec gagne 600 millions sur ce trimestre, il devra être déduit 100 millions sur les revenus du trimestre suivant. Or dans ce cas qui concerne cette hausse, il y avait un gap de 12 milliards sur le dernier trimestre d’octobre-novembre-décembre 2019, et l’Etat a décidé d’endosser 10 milliards et faire supporter 2 milliards aux consommateurs.

De même les arguments servis par Amadou Guèye de « Noo lank » sur le Plan Yessal (2016 à 2020), ne peuvent prospérer. C’est comme si dans son raisonnement, rien n’avait été fait depuis 2016. S’il y a en effet cette qualité de service, c’est bien parce que des investissements ont été consentis sur le réseau. Quant à la promesse de diviser par 2 en 2020, le prix de l’électricité, (mission de fixation du prix dévolue à la commission de Régulation du Secteur de l’Electricité) elle figure en tant qu’ambition du PSE dont l’horizon est 2035. A l’opposée le plan Yessal ne parle que de réduction des coûts de production, la baisse du prix n’ayant jamais été liée qu’à la transformation du gaz en électricité, malgré tout ce qui a été dit par ci par là et qui n’est rien d’autre que de la manipulation pure et simple.

Les 27% de pertes techniques relevées également, sont bien excessifs. Les pertes techniques sont évaluées à 2% côté transport (des centrales aux postes courant ; 6 à 7% de pertes techniques dans la partie distribution de l’électricité (des postes courant aux maisons et industries ) et autour de 10% de pertes non techniques (problèmes d’adressage, Clients absents, Complicité du personnel, erreurs de relève ou de saisie, manipulation des compteurs sous diverses formes, branchement direct d’appareils, fraude sur la puissance souscrite, etc ) toujours dans la distribution. Ce qui tourne autour de 19% au total. A titre de comparaison, la France connaît des pertes de l’ordre de 8%.

Des problèmes de pertes non techniques (fraude sur l’électricité) sont toutefois en train d’être drastiquement endigués avec l’arrivée des compteurs intelligents qui vont fournir à temps réel ce qui vient des postes et ce que les clients vont réellement consommer. La conséquence étant que tous les dysfonctionnements vont être enregistrés et connus.

Mais au-delà de cette hausse basée sur des questions de revenus fondées sur ce contrat de performance, l’Etat doit aussi des dettes à travers des hôpitaux, des collectivités locales, des administrations et l’éclairage public, ainsi que l’a rappelé le chef de l’Etat lors de son discours de nouvel an.

Une fois tout cela évoqué, les consommateurs peuvent dès lors accepter ce raisonnement ou choisir de ne pas l’accepter en demandant à l’Etat de supprimer des institutions budgétivores ou de réduire son train de vie. Le combat mené est noble et légitime. Les arguments brandis ça et là pour demander la réduction du train de vie de l’Etat voire la suppression d’institutions budgétivores, ne peuvent que trouver grâce aux yeux de gens raisonnables.

Au finish, il importe juste de se positionner dans une logique constructive et non de chahut. On est en effet bien loin de l’époque des groupes électrogènes, des bougies et autres. Il faut juste faire attention à ne pas saper le moral de ces Sénégalais qui ont sué pour faire faire un bond à l’entreprise publique et ternir l’image de cette société auprès des investisseurs, après l’avoir construite durant 50 mois, avec le risque de nuire durablement à l’avenir de ce pays.

Mais pendant que se déroule cette manifestation, le front du dialogue national dont on ne sait où il va nous mener, s’est ouvert avec son cortège d’incompréhensions. Bouba Ndour a prôné la négociation avec les autorités sur la question de l’électricité. Des paroles empreintes de sagesse dans la mesure où l’on se demande si les manifestations vont se poursuivre tous les vendredis. Alioune Badara Cissé a évoqué de la tribune du « Grand Jury », ce dimanche 12 janvier 2020, la possibilité de rencontre entre “”Noo lank et le Président Sall.

Mais dans ce moment de manif et de dialogue national, est réapparu Cheikh Yérim Seck qui en a bien pris pour son grade. Pour Birima Ndiaye, tout ce qu’a dit Cheikh Yérim Seck a dit au cours de l’émission « face to Face » d’Aïssatou Diop Fall, « est faux. » Pour rappel, le journaliste, au cours d’une de ses sorties, a cité quatre personnes comme de potentiels successeurs de Macky Sall (Abdoulaye Daouda Diallo, Cheikh Oumar Hanne, Mansour Faye et Makhtar Cissé). Il a aussi fait état d’un deal entre Idrissa Seck et Macky Sall. Selon le chroniqueur de « Jakaarlo », celui-ci est tout simplement vexé de n’avoir pas été invité aux rencontres avec le Président Sall. Même son de cloche chez Malal Talla qui pense qu’il est vexé et cherche juste à exister peut-être parce qu’il se considère comme un grand journaliste.

Abou Diallo du mouvement Cos M 23, présent sur le plateau, prône lui une application du code de la presse car il se pose des questions sur la vraie fonction de Cheikh Yérim Seck qui est tantôt producteur de films (un Café avec), producteurs de spectacles à la foire, tantôt journaliste, tantôt conseiller.
Ainsi va le Sénégal. Mais à l’heure d’internet, des réseaux sociaux et de ses terroristes, tout va dans tous les sens. Des hommes politiques et leurs agents y ont établi leurs quartiers avec insultes, accusations et un règne de la terreur sans précédent à tel point qu’on se demande s’il est même encore aujourd’hui nécessaire de lire les post et de les commenter.