NETTALI.COM – Le mois de Ramadan, le mois de dévotion durant lequel beaucoup de médias adaptent leurs programmes à la période afin de coller à l’ambiance du moment. Exit les animations musicales et le folklore, ce sont les chants religieux qui ont plutôt droit de cité.

Les programmes sont plutôt soft, maîtrisés afin de ne pas heurter certaines âmes sensibles. Tout est fait pour garder la ferveur religieuse du moment. En dehors des prêcheurs qui se relaient sur les plateaux télé et chaînes de radios, les médias suspendent leurs programmes phares pour la circonstance et certains journalistes en profitent d’ailleurs pour prendre des congés.

C’est le festival des sketchs sur les chaînes de télé dans lesquels se mêlent, humour douteux et dérisions en tous genres. Ce ne sont en tout cas pas les acteurs de théâtres qui vont s’en plaindre. C’est une période bien faste pour eux. C’est aussi le moment choisi après la rupture du jeûne pour organiser des plateaux télés. Et dans cette forêt d’émissions, certains sortent du lot et sont produites par les chaînes les plus en vue : 2 STV, TFM, Walf, Sen TV, etc.

«Quartier général» de la Tfm, voici une émission réalisée à partir d’un concept intéressant et qui a fini de s’installer dans le paysage télévisuel du Ramadan. Il a lieu durant tout le mois et dans son concept tel que décliné, des invités décortiquent l’actualité politique, religieuse, judiciaire, sociétale (avocats, homme religieux, politiques, membres de la société civile, maires, ministres…).

Le ton de l’émission est léger puisque celui qui l’anime, Pape Cheikh Diallo, est toujours aussi jovial, relax. C’est vrai que l’animateur est quelqu’un de sympathique qui a toujours le mot pour rire. Mais qu’est-ce qu’elle est bondée d’animateurs, cette émission ! C’est à croire que tout ce que la TFM en compte, est rameuté pour occuper l’espace. Mais au regard des prestations des uns et des autres, on peut bien se demander ce que certains font sur le plateau. Aucune prise de parole intéressante. Pas la moindre étincelle dans les questions ! Une réalité qui n’est pas sans conséquence sur la qualité de l’information qu’on cherche à y délivrer. Mais que n’entend-on pas comme questions mal pensées et mal articulées ?

Avec Ahmed Khalifa Niasse qu’on appelle un bon client dans le jargon des médias, l’émission vire à la théâtralisation mais surtout à l’affrontement. Oustaz Seck sur le plateau a cherché à régler des problèmes d’ego, des comptes, au lieu de faire éclore une information. Et Pape Cheikh qui a senti le truc, a cherché à le recadrer par deux fois, lui faisant comprendre qu’il ne s’agit point d’être dans la polémique et encore moins dans l’adversité, mais bien dans la discussion. Et l’on se rend bien compte que le très coriace religieux qu’est Ahmed Khalifa Niasse arrive bien à le déstabiliser et à le renvoyer à l’instruction mais subtilement. La question du niveau est passée par là et règle vite le problème, M. Niasse se mettant subitement à tester l’oustaz qui ne s’en sortira manifestement pas indemne. Ce qui mettra une des journalistes Dieynaba Seydou Ba sur une posture défensive mais ironique : “moi je ne fais que poser une question avant que l’invité ne…“. Et l’émission finit par virer à la théâtralisation au “tontou bataaxal” (une autre émission radiophonique qui vise à poser des questions auxquelles l’animateur répond mais pour apporter à des solutions au profane) -Ce qui pose la question de l’opportunité de la présence de tout ce monde. Certains ne sont que l’ombre d’eux-même. Ils auraient mieux fait d’aller occuper leur temps à rattraper leurs heures de sommeil quotidien perdues sur ce plateau. A la vérité, le marabout est à l’aise avec les médias, en plus d’être un parfait débatteur maîtrisant parfaitement la science islamique, quoique ses prises de position dérangent certains, pour le plus grand plaisir de Pape Cheikh Diallo.

Ne savent-ils pas ces animateurs, qu’ils doivent plutôt chercher à installer un climat de confiance avec l’invité au lieu de chercher à en découdre avec lui ? On peut bien sûr challenger un invité sans être sur le terrain de l’hostilité. Et pourtant au fond, mener une interview nécessite juste de bien cadrer ses questions par des phrases affirmatives qui précèdent les questions. La conséquence est que ces phrases vont donner des informations qui vont davantage préciser les questions dans le but d’obtenir des réponses riches en enseignements. La reformulation aussi est une technique qui peut constituer l’amorce d’une question qui suit. Elle peut servir de transition entre les questions et les réponses ; et dans le fond, en reformulant les réponses trop longues ou trop techniques, le journaliste donne des informations claires au téléspectateur qui ne doit jamais perdre le fil de l’interview.

Mais sur ce plateau, en dehors des interviews parfois bien approximatives, l’on se rend compte d’une autre chose, la plupart des animateurs n’ont pas une bonne connaissance des sujets ou alors qu’ils ne se documentent tout simplement pas.

Une journaliste sur le plateau pose une question au ministre des Sports Matar Ba et déplore la capacité d’accueil de l’arène nationale de Pikine qui serait  de 15 000 places. Le ministre la corrige aussitôt en annonçant le chiffre de 22 000 places et précise au passage que ce stade est plus grand que Demba Diop. M. Ba ne s’en arrête pas là puisqu’il donne tout bonnement une leçon de journalisme : « vous auriez dû aller faire un tour au stade, faire un reportage avant que je ne vienne, de manière à avoir certains éléments avant de me poser des questions ».

Un animateur fustige le fait que les douaniers ne gagnent rien sur des prises de l’ordre de quelques milliards. On a bien compris qu’il ignore l’existence de fonds communs. Son collègue Ndoye Bane le corrige en l’informant que les gendarmes et les policiers n’en jouiraient pas et que d’autres y compris les douaniers en bénéficient. On voit aussitôt sur le plateau que l’ego du premier est en jeu et qu’il cherche à jouer au plus malin pour faire croire que c’est un exemple dans l’absolu qu’il a voulu donner. Bien embêté, il finira par se taire arguant du fait qu’on ne le laisse pas aller au bout de ses idées.

Nous n’épargnerons pas ici l’animateur de l’émission, Pape Cheikh Diallo. Et même quoique très sympathique, il dévalorise bien souvent l’information à tirer d’un invité. Le bonhomme pense pouvoir rire de tout et casse souvent le rythme de l’invité en plein développement. Ce qui fait naturellement perdre le fil à celui-ci et au téléspectateur qui s’attend plutôt à obtenir une information complète au lieu d’écouter souvent les blagues douteuses ou d’entendre les flatteries de l’animateur. Parfois ce dernier ne comprend même pas ce que veut dire l’invité et masque son ignorance par un mot pour rire.

Le journalisme est à ce point un métier qu’il requiert une formation et l’interview ou l’entrevue n’est pas quelque chose qui s’improvise. On ne naît pas avec, c’est une technique qui s’apprend et qu’on maîtrise au fil de la pratique et de l’expérience. Il faut d’abord à la base que l’interviewer sache ce qui est digne d’être une information. Ce que dans le monde anglo-saxon, on désigne par le terme « newsworthy ».

Quartier Général“, une émission au fond intéressante dans son concept mais qui peut être améliorée, tant dans la cohabitation animateurs et journalistes pourtant pas soumis au même régime. Si l’animateur est moins astreint à une certaine rigueur, le journaliste doit agir avec responsabilité. Produire une information ne devrait pas nécessiter autant de personnes sur le plateau. Certains animateurs sont loin de comprendre l’enjeu de l’émission qui n’est pas qu’une occasion de montrer sa plastique, sa coiffure ou sa tenue.

Pape Cheikh pourrait par exemple innover en recevant ces animateurs uniquement dans une première partie de l’émission où des rubriques plus soft à savoir sociétales, people, mode, beauté, cuisine, etc sont débattues et faire tourner l’équipe lorsque les choses plus sérieuses débutent avec l’arrivée des invités, interviewés par des journalistes. L’on a bien noté la pertinence des questions de Daouda Mine, journaliste et chroniqueur judiciaire de surcroît lorsqu’il s’est mis à interroger Me Ousmane Sèye, avocat de feu Serigne Béthio sur l’actualité du moment. On a noté toute la différence lorsqu’une des animatrices a demandé à l’avocat ce qui devait se passer dans la tête du juge puisque Serigne Béthio est finalement décédé alors que des preuves avaient été brandies par ses avocats et selon lesquelles, il était malade. L’avocat n’a eu d’autres choix que lui répondre de s’adresser au juge pour cela.

La durée de l’émission peut être mieux gérée : elle est anormalement longue. Elle a lieu de 22 heures et peut durer jusqu’à 3 heures du matin. Cinq heures, c’est en effet bien trop pour une émission télévisée, surtout qu’à «Quartier général » on parle plus qu’on ne montre des images. La durée de l’émission a pour conséquence que beaucoup de téléspectateurs ne suivent plus au moment où l’invité arrive autour d’une heure du matin.

Une belle précaution serait de ne pas vivre dans ses propres illusions et perceptions. Il faut juste noter qu’une audience n’est jamais définitivement acquise. Les téléspectateurs sont à ce point des papillons qu’ils fuient les émissions qui finissent par les lasser. Et dans un pays comme le nôtre où les gens sont très hermétiques à la critique, à l’auto-critique et où les mesures d’audience ne sont pas très fiables, les  réveils peuvent être brutaux.