NETTALI.COM - Réunis pendant plus de quatre heures à la Primature, les acteurs de la pêche artisanale et industrielle ont obtenu la suspension temporaire de l’attribution de nouvelles licences de pêche pour les pêcheries démersales côtières. Face aux inquiétudes exprimées sur l’état des ressources halieutiques, les autorités ont décidé d’attendre une évaluation scientifique approfondie avant toute décision définitive.

Les professionnels du secteur de la pêche ont obtenu un premier répit dans le dossier sensible des nouvelles licences de pêche destinées aux pêcheries démersales côtières. À l’issue d’une réunion marathon de plus de quatre heures tenue à la Primature, les autorités ont décidé de suspendre provisoirement toute nouvelle attribution dans l’attente d’analyses complémentaires.

Les échanges se sont déroulés dans une atmosphère particulièrement tendue. Industriels, pêcheurs artisans, mareyeurs, représentants de l’administration et experts du secteur ont confronté leurs positions sur une question qui touche directement à l’avenir des ressources halieutiques du pays.

Initialement attendu pour présider la rencontre, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo s’est finalement fait représenter par son directeur de cabinet. Le nouveau ministre des Pêches et de l’Économie maritime, Amy Mara Dièye, qui vient de succéder au Dr Fatou Diouf, a également pris part aux discussions.

Au cours des débats, les différentes organisations représentées ont exprimé leur opposition au projet d’ouverture de nouvelles possibilités d’exploitation. Pour les acteurs du secteur, l’état actuel des ressources marines ne permet pas d’envisager sereinement l’octroi de nouvelles licences sans risque pour la durabilité de l’écosystème. « La ressource est nationale. Elle ne concerne pas uniquement les industriels, les pêcheurs ou les mareyeurs, mais aussi les consommateurs et toute la population sénégalaise », a déclaré Ibrahima Mar, représentant du Réseau national des Conseils locaux de pêche artisanale (CLPA).

Selon lui, les équilibres biologiques qui régissent les différentes espèces imposent une approche globale de la gestion des ressources. « Ce ne sont pas des espèces séparées. Elles vivent ensemble. Si on menace l’une, on menace les autres », a-t-il averti.

Les données présentées lors de la rencontre par le Centre de recherches océanographiques de Dakar-Thiaroye (CRODT) ont renforcé les inquiétudes des participants. Selon les résultats exposés, plusieurs espèces marines sont déjà surexploitées ou présentent des signes de fragilité préoccupants. Les professionnels de la pêche estiment que ces conclusions ne peuvent être interprétées comme une invitation à augmenter l’effort de pêche. Ils rappellent que les scientifiques ont simplement constaté l’existence de stocks résiduels pour certaines espèces, sans recommander pour autant l’ouverture de nouvelles possibilités d’exploitation.

Au-delà des enjeux environnementaux, les participants ont également mis en avant les conséquences économiques et diplomatiques qu’une mauvaise gestion des ressources pourrait entraîner. Les professionnels ont notamment évoqué les risques liés aux mécanismes de contrôle mis en place par l’Union européenne dans le domaine de la pêche. Le Sénégal demeure sous surveillance et pourrait faire face à des sanctions plus sévères si les engagements en matière de gestion durable des ressources n’étaient pas respectés. Les représentants du secteur ont rappelé que l’éventuelle attribution d’un « carton rouge » par l’Union européenne aurait des conséquences particulièrement lourdes pour l’économie nationale, notamment en matière d’exportations de produits halieutiques.

À l’issue des discussions, les autorités ont choisi une position intermédiaire. Aucune nouvelle licence ne sera attribuée dans l’immédiat. Les décisions futures seront conditionnées par une évaluation scientifique approfondie destinée à mesurer précisément l’état des ressources concernées. Toutefois, les procédures administratives déjà engagées ne sont pas formellement annulées et continueront leur parcours réglementaire. Une nouvelle réunion est prévue dans les prochaines semaines afin de statuer définitivement sur le dossier.

Du côté des organisations professionnelles, cette décision est accueillie comme un premier acquis, sans pour autant dissiper toutes les inquiétudes. Les acteurs de la pêche artisanale considèrent avoir obtenu une écoute des autorités, mais restent vigilants quant à la suite du processus. « Pour le moment, ce sont des paroles. Nous attendons désormais que les actes suivent », a prévenu Ibrahima Mar.