CONTRIBUTION - J'ai vu cet après-midi à Rebeuss notre camarade Pape Malick Ndour, digne et résilient devant l'injustice qui lui est faite. Au même moment, mon ami Soya Diagne franchissait le portail de la citadelle du silence après des mois de privation de liberté pour des broutilles. Donc l'épreuve, devant le croyant, prend fin. Car la Justice, celle parfaite du Très-Haut, surplombe nos considérations d'ici-bas.
Les heures sont sombres, les nuages s'accumulent sur la tête de notre peuple, la déception gagne même les plus résistants, les plus fervents optimistes. Une flopée de fascistes désacralisent ce que des générations de Sénégalais dans la foi et la ferveur de la conviction républicaine ont bâti à mains nues.
Notre République est balafrée sous nos yeux, malchanceux contemporains de cette ère d'épuration de la décence et de la raison. Partout les regards sont braqués sur le Sénégal, phare de la démocratie africaine, modèle universel de concorde, de dignité et de cohésion. Les alertes de nos voisins ne semblent pas nous interpeller, peut-être que nous comprendrons trop tard que le seuil de l'innommable a été franchi.
Pour la première fois, j'ai moralement, politiquement et spirituellement honte de mon pays, pour mon pays. La caste ne me surprend guère. En détruisant l'État et en extirpant du corps symbolique de la politique tout ce qui relevait de la décence et de la dignité, elle est conforme à son histoire, à son rôle et à ses (anti) valeurs. L'histoire nous a appris, des Camicie nere aux HJ, en passant par les Ligues fascistes des années 30, à quoi fallait-il s'attendre.
La sève de la destruction est enrobée dans l'écorce du fascisme. En revanche, ceux-là qui provoquent ma peur sont les citoyens du peuple de la Res publica : universitaires, militants politiques, activistes de la société civile, consciences morales et intellectuels. Il y a eu beaucoup trop de pétitions hier pour que leur absence aujourd'hui ne relevât pas de la duplicité, du viol d'un peuple, de la corruption des mœurs d'un peuple menacé.
Où sont ceux-là qui avaient brandi le drapeau de la morale publique, gardiens autoproclamés des valeurs de justice ? Leur encre s'est-elle asséchée devant l'autel des privilèges ou l'armure de la peur ? Ce peuple, notre peuple a été trahi par des élites moralement corrompues et intellectuellement arides. Aussi, sommes-nous acteurs politiques, à la hauteur de la gravité du temps présent et des responsabilités qui sont les nôtres dans ce moment de crise extrême ?
L'Assemblée nationale, cœur battant de la démocratie, est témoin d'un viol de l'imaginaire de cette même démocratie et nous rasons les murs, incapables et inaptes à nous hisser à la hauteur du moment. Des esprits sont chagrinés, des consciences outragées et notre jeunesse se désole de nous avoir peu combatifs et parfois complaisants vis-à-vis de ceux qui n'ont que l'outrance à la bouche et la violation des règles dans leur besace. Se dire républicain n'est guère un totem d'immunité ; devant la mascarade de concertations qui n'en sont guère, il faut savoir dire non et s'éloigner de ce théâtre des ombres. Un homme, quand il n'est pas d'accord, il dit NON.
Je renvoie toutefois à notre peuple, surtout à cette jeunesse ce soir triste et en proie au découragement, à cette phrase de Mamadou Dia : « On peut renoncer à des droits, mais comment renoncer à des devoirs ? ». Nous n'avons aucune autre issue que le combat pour la dignité, la justice et l'honneur. Et je vous rassure, l'histoire n'est jamais finie. Notre peuple s'est relevé de 1962, du parti unique, de 1988, de 1994, de 2011. Il se relèvera des agressions de la caste par le miracle de la lutte ardue, sans concession et sans compromission. Je vous le répète, jeunes gens, l'histoire n'est jamais finie.
Hamidou Anne Membre du SEN de l'APR





