NETTALI.COM - Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a nommé, le lundi 25 mai, Ahmadou Al Amine Lo au poste de Premier ministre du Sénégal. Une nomination qui marque un tournant majeur dans la vie politique sénégalaise après la rupture spectaculaire entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko qui a conduit au limogeage du chef du gouvernement quelques jours plus tôt. Délogé de la Primature et envoyé à la Présidence depuis un an, Al Aminou Lo fait son come-back dans un contexte politique très tendu. Il a la particularité de pouvoir parler à la fois au camp de Pastef et à Diomaye président.
On le croyait assez proche de l’ex Premier ministre, Ousmane Sonko. Beaucoup soutiennent d’ailleurs que c’est ce dernier qui l’avait débauché de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, où il occupait le poste de Secrétaire général, pour faire de lui le Secrétaire général de son premier gouvernement. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Fin avril 2025, le Premier ministre décide de se séparer de son plus proche collaborateur qu’il remplace par l’ancien directeur général des Douanes, Boubacar Camara.
Lâché par son “ami” Sonko, Al Aminou Lo est immédiatement capté par le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, qui en fait, sur le plan protocolaire, la troisième personnalité de l’Exécutif, en tant que ministre d’État, le seul du gouvernement, chargé de la Coordination, du Suivi et de l’Évaluation de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050. Poste qu’il occupe depuis cette date, avant sa nomination hier comme Premier ministre du Sénégal, dans un contexte politique tendu.
Ce choix d’Al Aminou Lo est donc loin d’être fortuit. Dans un contexte de cohabitation avec la majorité du Pastef, le président de la République tient en sa personne quelqu’un qui peut non seulement lui être loyal, mais aussi parler à la majorité parlementaire. Il a d’ailleurs donné le ton lors de sa première prise de parole. Selon lui, il ne s’agit pas d’un “changement de cap”, mais plutôt d’un “changement de méthode” par rapport à son prédécesseur.
À l’instar de son patron, Al Aminou Lo promet d’être fidèle aux engagements du projet, impulsé par tous ceux qui se sont mobilisés autour du programme “Diomaye président”, avec comme socle le Pastef. Le message est clair. Bassirou Diomaye Faye et son nouveau PM misent sur le parti Pastef pour poursuivre leur action politique. L’ancien SGG a tenu à donner des gages sur la détermination du chef de l’État à mettre l’intérêt supérieur de la nation au-dessus de toutes les autres considérations. “… Cette charge que j’ai acceptée avec humilité repose sur la conviction que seuls les intérêts du pays ont toujours guidé les décisions du président de la République dans la marche de l’État”, témoigne l’ancien secrétaire général du gouvernement.
“Defal ma def, bayil ma bayi” (S'il me demande de faire, j'exécute, s'il me demande le contraire, j'exécute aussi)
Contrairement à Sonko, qui n’hésitait pas à prendre le contre-pied du Président, lui s’engage à être entièrement dévoué. “Je formule l’engagement solennel d’inscrire mon action de conduite et de coordination de l’action gouvernementale dans la loyauté vis-à-vis de son autorité conférée par le peuple sénégalais et les intérêts ultimes de ce pays”, a renchéri Al Aminou Lo, pour qui la priorité reste la résolution des difficultés des Sénégalais et le respect de l’autorité du chef de l’État.
Il s’engage ainsi à suivre à la lettre les instructions du chef de l’État. “Defal ma def, bayil ma bayi”, s’est-il engagé. Au-delà d’être quelqu’un qui peut parler à Pastef et peut-être à Ousmane Sonko, Al Aminou Lo a aussi l’avantage de pouvoir parler avec les partenaires techniques et financiers. À ce titre aussi, on peut espérer une nette démarcation avec la méthode de son prédécesseur. Dès sa prise de fonction, il a tenu à “rassurer le secteur privé local, les partenaires techniques et financiers et les investisseurs étrangers”.
Le Sénégal, selon lui, est un pays sûr et fiable et il entend le rester. M. Lo est d’ailleurs très attendu sur les nombreux dossiers relatifs à la renégociation des contrats agités jusque-là par son prédécesseur.
Ancien enfant de troupe, sorti de l’école Prytanée militaire de Saint- Louis, Al Aminou Lo a passé une bonne partie de sa carrière au sein de la BCEAO, où il a gravi peu à peu tous les échelons. Ancien directeur des opérations de marchés avant d’être promu, depuis décembre 2016, directeur national de la BCEAO-Sénégal puis secrétaire général de l’institution, c’est l’un des Sénégalais qui connaît le mieux la Banque centrale.
Jusqu’à sa nomination comme secrétaire général du gouvernement, il a été un fervent défenseur du franc CFA qu’il juge adéquat pour les économies des zones qui l’émettent.
Un homme du système
Avec lui, il ne faut donc pas s’attendre à de grands bouleversements. Il a toujours pensé que certaines critiques contre cette monnaie commune relèvent plus de l’idéologie que de la réalité économique. “Je pense que parfois il y a beaucoup d’idéologie qui ne colle pas à la réalité. Ce que je puis vous dire, c’est que nous surveillons le taux de change. En matière de compétitivité, nous sommes à des gains de compétitivité par rapport à l’essentiel de nos partenaires commerciaux”, aimait-il souligner quand il était encore à la Banque centrale.
Il ne faudrait pas non plus s’attendre à un ton vindicatif contre les institutions internationales comme le FMI. Depuis l’éclatement du scandale de la “dette cachée”, il fait partie, avec le ministre des Finances et du Budget, des hommes au coeur des négociations avec l’institution de Bretton Woods qu’il connaît d’ailleurs très bien.
Dans un contexte marqué par des tensions financières aiguës, beaucoup le présentent comme un excellent profil qui pourrait aider à faire face aux difficultés. Ancien directeur national de la BCEAO, spécialiste de la macroéconomie, de la régulation bancaire, des marchés financiers et de la finance islamique, il accompagne l'État du Sénégal dans ses recours aux marchés financiers depuis plusieurs années.
Il a ainsi joué un rôle dans les différentes émissions d’eurobonds sur les marchés financiers, dans les échanges avec Standard & Poor’s et Moody’s, ainsi que dans les négociations avec le Fonds monétaire international au titre notamment des programmes ISPE et ICPE. Beaucoup d’observateurs ont d’ailleurs été surpris de le voir prendre certaines postures quand il était proche collaborateur de Sonko. Il se défendait en mettant tout sur le dos de l’ancien régime, soutenant avoir été dribblé en tant que patron du bureau pays de la BCEAO.





