NETTALI.COM – C’est contre toute attente qu’il avait été relevé de ses fonctions de procureur de la République en avril 2013 et remplacé par Serigne Bassirou Gueye. Son départ avait suscité un retentissement médiatique tentaculaire et le malaise avait envahi la salle abritant le pot d’adieu dont l’objectif n’était autre que de lui rendre un hommage.

Les officiers de police judiciaire, le patron de la Division des investigations criminelles (DIC) et le Commandant de la Section de recherches de la gendarmerie ainsi que le personnel du parquet de Dakar ne cessaient de parer de vertus, le prédécesseur de Serigne Bassirou Guèye. « J’ai toujours été procureur de la République et non du gouvernement. J’ai travaillé avec plusieurs gardes des Sceaux et, à l’exception notable du professeur Moustapha Sourang à qui je rends hommage, j’ai toujours eu de grandes difficultés à certains moments. Mais je rends grâce à Dieu d’avoir exaucé mon voeu le plus cher au moment d’entrer en fonction comme procureur de la République près le tribunal régional hors classe de Dakar. C’était de pouvoir sortir la tête haute, sans devoir baisser les yeux devant qui que ce soit.“» disait-il alors à la barre du tribunal de sa  conscience. L’on a dès lors compris que le magistrat, tout en recevant des fleurs, lançait des piques pour mettre ses bourreaux devant leurs responsabilités et laisser le destin décider de son sort.

Ironie de l’histoire ! Non seulement celui qui a été remplacé au parquet de Dakar par Serigne Bassirou Guèye revient par la grande porte, et en force en devenant Procureur général près la Cour d’appel de Dakar, en remplacement de Lansana Diaby.

Chez Ousmane Diagne, discours et parcours se combinent dans une même perspective pour polir l’image d’un juge modèle. « J’ai effectivement la réputation de dire ce que je pense là où je le pense. J’ai occupé le poste stratégique de chef du parquet de Dakar pendant 7 ans et j’ai eu à côtoyer des Officiers de police judiciaire dont le professionnalisme et la loyauté ne m’ont jamais fait défaut. Mais nous avons eu à vivre des moments extrêmement difficiles »,  confiait-il Ousmane Diagne il y a huit ans.

En cette occurrence exceptionnelle, il précisait : « nous avons travaillé pour le Sénégal et sommes demeurés fidèles à ce que nous sommes ». Ses paroles empreintes de patriotisme avaient d’ailleurs amené les parquetiers à se lever pour l’ovationner, dans un mémorable standing ovation.

Si Ousmane Diagne est arrivé aujourd’hui à ces cimes de la magistrature d’où il force le respect, c’est parce qu’au moment d’entrer en fonction au parquet, il nourrissait le vœu « de pouvoir sortir la tête haute, sans devoir baisser les yeux devant qui que ce soit ».

Ainsi laisse-t-il méditer : « à chaque fois qu’il m’a été possible de dire non, j’ai dit non de la façon la plus ferme, la plus irrévocable et Dieu m’est témoin que je n’ai aucun regret…Nous sommes d’abord et avant tout des magistrats. Nous sommes magistrats du siège ou du parquet du fait de la volonté du Prince ou des affectations…Il n’y a pas de mérite particulier à être au siège ou au parquet parce qu’on est indépendant ou pas. On est magistrat tout court et on est payé et on a vocation à exercer justement toutes les fonctions que nous devons exercer dans le cadre de la mission qui nous a été confiée par la Nation. (Car il ne faut pas oublier que) la justice est rendue au nom du peuple sénégalais et non au nom de qui que ce soit ». De l’avis Diagne, il est temps que les procureurs et autres substituts cessent d’être exposés à des risques de représailles à chaque fois qu’ils décident d’exercer une petite parcelle de leurs attributions en conformité avec leur serment.

« Si j’avais à refaire ce qui m’a valu mon départ, je le referais », concluait-il.