NETTALI.COM – Voulait-il changer un peu de la routine de « Quartier Général » en y intégrant une version de « jakaarlo » à sa sauce ? En tout cas Pape Cheikh a fait un duo avec Abdoulaye Der pour animer l’émission. Deux personnages très courtois qui ont rivalisé d’élégance pour arriver à la mener ensemble. Toujours est-il que l’ambiance de l’émission du vendredi dernier de la TFM a été retrouvée sur le plateau avec ses petites querelles sur la prise de parole, les oppositions parfois houleuses, les anecdotes et les dérapages à la sauce « fou malade », question de rigoler un peu. 

De quoi régaler les inconditionnels de l’émission « Jakaarlo » malgré la pub, le téléservice et d’autres rubriques. Mais qu’est-ce qu’elle est surchargée en termes de rubriques et longue cette émission !  Ce ne sont pas en tout cas les noctambules en panne de sommeil qui s’en plaindront. Voire ces joueurs qui aiment à tenter leur chance dans ce qui s’apparente à de la loterie.

Il a été en tout beaucoup question d’emploi des jeunes et de concepts liés à la gouvernance. « Quelles solutions face à la détresse de la jeunesse ? », le thème de la nuit très intéressant et d’actualité, qui a en plus, permis d’aborder par ricochet, plusieurs autres sujets de société et liés à la gouvernance publique.

Côté chroniqueurs, ce sont surtout Cheikh Yérim Seck et “Fou Malade” qui ont mené la danse. L’on a senti un Cheikh Yérim Seck dans son élément, plein d’entrain au point de réclamer une émission pour un autre soir. Ce soir-là en tout cas, il a tenté de planer sur “Jakaarloo” en faisant étalage de ses connaissances et de sa culture, citant même des auteurs en économie. On connaît le bonhomme un peu dominateur sur les plateaux et qui aime bien à imposer ses points de vue et même à s’imposer pour le grand malheur de ceux qui n’ont pas des arguments forts à faire valoir. Des positions somme toute intéressantes de sa part mais très discutables dans le fond. Ses prises de position sur les questions économiques rejoignaient ce que des économistes et des personnes bien au fait de ces sujets, ont déjà soutenu et répété à maintes reprises dans les médias. Rien donc de nouveau sous le soleil. Plus de généralités sur les voies et moyens de créer de l’emploi et de faire tourner l’économie. Bref, Yérim a du charisme à revendre et une certaine éloquence pour séduire ceux qui méconnaissent son mode opératoire.

Une émission dont les acteurs sont globalement soucieux de l’avenir des jeunes puisqu’ils ont délivré un message d’espoirs en louant la bravoure de ceux-là qui bravent les routes de la capitale pour laver les vitres des voitures ou cirer des chaussures, lorsqu’ils ne sont pas vendeurs à la sauvette. Ce qui, de l’avis de certains intervenants, est le signe d’une volonté de s’en sortir. Des expériences qui s’assimilent à celles de personnages ayant fait fortune et aujourd’hui cités comme modèles par « Fou malade »

« Fou Malade » et la question des modèles pour les jeunes

« Fou Malade » est d’avis qu’on ne montre pas assez aux jeunes, « les modèles qui correspondent à leurs réalités socioculturelles », estimant que ceux du Sénégal ne sont pas les occidentaux. « On n’étudie pas pour travailler. On étudie pour avoir des connaissances. Mais après, il faut savoir quelque chose. L’école n’a pas toujours tout réglé. », a fait savoir le chroniqueur-rappeur, comme pour remettre en cause les modèles issus du système de formation occidentale : « Les modèles sont les Bocar Samba Dièye.- il a vendu du riz et avant il a été marchand ambulant-, Ndiaga Ndiaye le transporteur, Serigne Mboup, Youssou Ndour. Il faut qu’on interroge ces modèles-là. Ce sont eux qui doivent servir de modèles », précise Malal Tall « fou Malade ». « Pourquoi les plus riches au Sénégal n’ont pas fréquenté les universités ? Donc, il faut mettre de côté, l’idée selon laquelle, il faut aller à l’école pour avoir du travail et réussir. Lorsqu’on nous parle de modèles, on nous présente de gens qui viennent de la Sorbonne ou de Harvard University. Il faut qu’on décolonise ce fait sinon ça n’ira pas. », se demande-t-il avant d’ajouter : « Pourquoi on nous dit sur les questions de femmes, que ce sont les Bijou Ndiaye (animatrice à la TFM), les Ami Fall Sarr (invitée) qui doivent parler car ce sont elles les modèles, alors que leur français laisse à désirer quand elles s’expriment dans les médias. »

Un argument sur les modèles de « Fou malade » pas partagé par Cheikh Yérim Seck qui a tenu à relativiser en ces termes : « Malal, je veux bien que tu dises que les plus riches sont ceux qui n’ont pas été à l’école, mais pour les pays les plus développés du monde, leur développement a suivi le niveau d’éducation. C’est l’histoire qui le prouve. Laissez-moi vous donner un exemple entre le Sénégal et la Tunisie. Au moment des indépendances, la Tunisie et le Sénégal étaient à égalité du point de vue du PIB, de la population et des ressources naturelles… Mais 50 ans après, le PIB de la Tunisie fait 29 fois plus que celui du Sénégal. Pourquoi ? Parce que la Tunisie a réussi ce que le Sénégal n’a pas réussi. En Tunisie, tout le monde travaille, tout le monde étudie », a lancé le journaliste.

« Fou malade » semble certainement oublier qu’à moins de rester dans l’informel, ces personnes qu’il cite en modèles, ont, à un certain stade de développement de leur business, besoin de s’entourer de conseillers ou d’employés éduqués dans toutes les branches. De quoi montrer une limite à son raisonnement qui semble ne pas accorder beaucoup d’importance à l’éducation. L’exemple le plus patent est Youssou Ndour qui aujourd’hui, est entouré de gestionnaires tels que son fils Birane DG de Futurs médias et sa fille Ndèye Sokhna qui est auditrice et de bien d’autres. De plus, en explorant un peu le monde des affaires sénégalais, l’on se rend bien compte qu’il existe beaucoup d’autres personnes éduquées à l’école occidentale qui ont eu du succès dans les affaires. Tout cela pour dire que dans les deux cas, il existe des réussites.

Pour davantage expliquer à « Fou malade », que ces personnes ne peuvent à eux-seuls être des modèles au point que leurs trajectoires soient la solution au problème, Yérim Seck de se montrer encore plus précis : « Il n y a pas de pays qui se soit développé sans avoir éduqué les populations à travers l’éducation universelle. La solution, c’est l’éducation des Sénégalais et le retour aux fondamentaux, à savoir cultiver ce qu’on y mange, injecter le surplus dans l’industrie afin que cette dernière booste les services. » Pour le journaliste, «dans tous les pays, c’est le secteur privé qui crée les emplois. Il faut créer des conditions pour que les entreprises s’épanouissent et créent des emplois. Il n y a pas un pays où c’est l’Etat qui crée les emplois. »

Des arguments loin d’être faux. Difficile de voir prospérer une économie sans industries et une agriculture (y compris l’élevage), grosses pourvoyeuses d’emplois. Bien au contraire, c’est à une désindustrialisation croissante qu’on assiste avec les gouvernements successifs (Sotiba, Icotaf, Bata, Médis même si elle est étrangère etc ) sans toutefois une logique de création de nouvelles industries.

Dans le domaine de l’agriculture, la terre est source de problèmes et les étrangers occupent de grands domaines et arrivent à produire pour exporter tout en faisant travailler des ouvriers avec des salaires pas très alléchants. Même les chiffres de la production agricole font l’objet de contestations ainsi que cela a été récemment le cas avec le ministre Moussa Baldé. De quoi se poser des questions quant à l’ambition de Macky Sall dans le domaine de l’industrie confié à un politicien professionnel qu’est Moustapha Diop, d’ailleurs pas compétent du tout dans le domaine à lui confié. A la limite, le président Sall compte-t-il sur le data center où il projette des emplois directs et des emplois indirects dont il est difficile de faire les prévisions. Il y a aussi ces emplois ponctuels, soient 65 000 jeunes qui seront recrutés sur l’ensemble du territoire national, dans les activités d’éducation, de reforestation, de reboisement, d’hygiène publique, de sécurité, d’entretien routier et de pavage des villes, entre autres ; et le recrutement de 5 000 enseignants pour le préscolaire, le primaire, le moyen et le secondaire, y compris les Daaras modernes et l’enseignement arabe  liés à des projets de reboisement, de reforestation et pavage des villes entre autres.

L’équation du Wolof dans la formation

Au-delà, c’est la question de l’utilisation des langues locales qui a été brandie comme instrument pour faciliter la formation. Ce qui serait de l’avis de « Fou Malade » plus simple.  Un avis que défend Charles Faye : « Dans ce monde, tout commence par un rêve. Et j’ai entendu ici il ne faut pas rêver. Mais rien ne se fait sans rêve. Il faut qu’on intègre le leadership dans la formation des Sénégalais. Aucun pays au monde ne s’est développé dans la langue d’un autre. C’est impossible. Comment expliquer que 99,9 % des émissions sont en wolof. Ça veut dire qu’il y’a quelque chose qui ne va pas. Le premier traumatisme psychologique d’un élève dès le bas-âge, c’est le fait qu’on lui apprenne le français, une langue qu’il ne connait pas. A la fin, on se retrouve avec une jeunesse très forte mais avec quel niveau d’instruction ? Les plus grandes découvertes du monde ne sont pas l’oeuvre des gens qui sont sortis des grandes universités. Aux États-Unis, il y’a beaucoup de Docteurs africains mais ils sont des taximen. Les Américains n’ont pas le temps pour les longues études. Nous, il nous reste à être pragmatiques, réalistes. Ici vous voyez un élève de Terminale qui ne sait rien faire de ses mains. Comment pouvez-vous avoir des jeunes de 21 ans qui ne savent rien faire de leurs mains. Mais ailleurs c’est le contraire. Les plus jeunes sont efficaces. Le modèle qu’il y’a aujourd’hui est que les politiques n’ont pas compris cette chose depuis 60 ans et ils font les mêmes choses »

Un argumentaire qui n’est pas sans soulever la question de la récupération de certains jeunes exclus du système scolaire et qui auraient pu être plus réceptifs à l’école grâce aux langues locales. Mais un argument qui fait en même temps rire lorsque l’on se rend compte que sur le même plateau, ceux qui prônent l’usage du wolof, s’expriment à 90% en français dans un langage que l’on peut appeler « franwolof », à tel point que Fou Malade lui-même, un des instigateurs, a été prié par Abdoulaye Der de s’exprimer en wolof ; de même que Amy Fall Sarr qui promeut la question du leadership, tout en se réclamant du Mouridisme. Fou malade n’a d’ailleurs pas manqué de la railler au passage quant à son accent et sa manière de parler bien occidentalisée, en ces termes : « Sama marabout bi Serigne Saliou bim ma gnanalé mou defal ma prière si sama bouquin bi, si la samay mbir fala djaaré sooti » Ce qui a fait rire l’invitée elle-même.

Cheikh Yérim Seck qui n’était pas en accord avec le rappeur, apportera quelques précisions : « la langue est un véhicule seulement. Mais si tu veux codifier le wolof pour en faire une langue scientifique, tu perdrais une génération, c’est-à-dire 25 ans. Ce qui est le plus important, c’est la science qu’on enseigne ; y en a qui sont instruits en arabe et qui sont des ingénieurs, le Sénégal aurait pu les sécuriser. ».

Ce qui pose la question du rapport entre la langue et le développement. « Perdre une génération » (soit 25 ans) – ce qui n’est d’ailleurs pas le cas – pour redevenir soi-même en utilisant sa langue locale, cela ne vaut-il pas le coup, lorsqu’un pays décide de changer de paradigmes et d’envisager de mettre ses langues locales au cœur de sa politique de formation et de développement ? Il est bien évidemment plus aisé d’enseigner à partir de la langue maternelle puisqu’elle est celle qui est mieux sentie et dans laquelle les réflexes sont évidents.

Le professeur Diagne détruit l’argumentaire de Cheikh Yérim

Dans une contribution intitulée “Cheikh Yérim Seck ou la gratuité intellectuelle“, le professeur Mbacké Diagne, directeur de recherche assimilé et maître de recherche Cames a déconstruit l’argumentaire de Cheikh Yérim Seck en ces termes : “C’est avec amertume et indignation que j’ai suivi l’intervention du journaliste Cheikh Yerim Seck dans “Quartier General” du vendredi le 30 Avril 2021 lui qui s’est permis de clouer le bec à Malal Talla avec des affirmations aux antipodes de tout ce que la science a démontré sur toute la terre et sous tous les cieux. Il en a l’habitude mais cette fois ci il est très loin et de manière flagrante et acerbe, il a insulté la mémoire et le travail de tous les les linguistes psycholinguistes morts ou vivants en affirmant sans sourciller qu’éduquer nos enfants par nos langues nous retarde d’une génération. Je suis sûr que Cheikh Anta Diop a tremblé là où il gît dans sa tombe à Ceytu.

Cheikh tu as dit :

“Que si on se mettait à codifier le wolof pour en faire une langue scientifique on accusera un retard d’une génération”. A travers cette gratuité tu as mis à la face du monde ton ignorance des beaucoup de choses. Je peux en relever les suivantes :

1. Tu ignores que le Wolof est codifié depuis plus d’au moins 47 ans. Et son orthographe éprouvée et utilisée dans toutes les grandes universités du monde qui ont monté des chairs académiques où le wolof , sa littérature, sa culture, etc sont enseignés

2. Tu ignores que dans ton pays, le wolof et les 5 autres langues premièrement codifiées, ont été enseignées jusqu’au CM2 et éprouvées dans toutes les disciplines. Les élèves qui ont subi cet enseignement expérimental, ont continué brillamment leur cursus avec de meilleurs résultats que leurs autres camarades qui n’ont fait que le français.

3. Cheikh le “brillant journaliste” tu ignores que si nous sommes en retard sur les pays développés et si on ne peut pas avoir des prix Nobels en sciences, c’est grandement dû à la langue d’instruction le français qui cause pour les apprenants un retard mental de douze ans pourtant des chercheurs dont moi vous l’ont démontré dans des articles qui ont été salués par la communauté scientifique et internationale. Es-tu assez paresseux pour ne pas aller faire la recherche sur des sujets avant d’en parler ?

4. Tu ignores que le frein majeur pour l’employabilité de nos jeunes, c’est le type d’enseignement non endogène et non intégré parce que fait par une langue étrangère à leur culture et leur milieu.

5. Tu parles de femme, femme et égalité avec les hommes. Oui. Mais si la majorité de ces femmes ignorent les politiques que leur propose l’état parce qu’analphabètes dans la langue de gouvernance comment peuvent elles porter le développement du pays.

7. Comble de gratuité tu affirmes que cette gouvernance par la langue première n’est prouvée nulle part et que la langue n’est que véhicule. Et là vous faites d’un mensonge deux coups :

– au contraire, le modèle en vigueur dans ce monde ici bas est qu’il n’y a pas de pays développé par une langue étrangère. Tous les pays développés le sont par l’inclusion dans le système de gouvernance de la langue majoritairement parlée par la population. Le Canada est un pays bilingue dont le peuplement a été fait par des occupants anglais et des occupants français. Et aujourdhui il comprend deux territoires gouvernés par les deux langues de ces peuplements majoritaires.

8. Tu ignores que le Sénégal va d’ici l’année prochaine entrer dans une réforme fondamentale du système éducatif par l’introduction définitive de la langue première des élèves dans au moins neuf régions…”

L’équation du leadership 

La vérité est que nous ne nous référons pas assez de nos modèles et qui sont de grandes figures historiques ou religieuses. Ceux-là avaient du leadership, un leadership d’ailleurs bien vivace à notre époque. Tenez par exemple le leadership mouride, il s’exerce toujours à travers les khalifes qui se succèdent et tient sa légitimité des enseignements de Serigne Touba ; idem chez les Tidjanes avec les enseignements de Seydi Hadji Malick Sy. Idem chez les Niassène, Layènes, Khaadr, etc Et ce n’est pas un hasard si l’érection d’une université, d’une mosquée, bref des grands travaux mobilisent si facilement les Talibés à Touba. Si Tivaouane a pu mobiliser des fonds pour sa mosquée, cela relève certainement du leadership du khalife et de la confiance placée en lui. Ils étaient capables ceux-là de guider, d’influencer et d’inspirer pour atteindre des objectifs avec leurs capacités à mener et à conduire les disciples, leurs organisations. Parce que ces derniers leur font confiance. Un leadership que n’ont pas nos gouvernants.

Comment comprendre que Macky Sall, Président de tous les Sénégalais, pour se faire entendre, en soit toujours réduit à menacer. Il avait récemment décidé d’offrir des vaccins aux autres pays africains si d’aventure les Sénégalais n’en veulent pas. De même, répondant à une question sur la route nationale, il avait recommandé à ceux qui veulent rouler sur des routes sûres et sans nids de poule, d’emprunter le péage. Ce qui montre que nos gouvernants ont des difficultés à faire accepter facilement leurs recommandations et volontés parce que les citoyens ne se retrouveraient pas dans leurs décisions et leur mode de gouvernance.

Mais au-delà, la vérité est que nous ne baptisons pas assez nos rues et édifices à l’image de ces figures historiques et leaders. La statue Faidherbe a soulevé des débats à Saint-Louis, et elle trône toujours à Saint-Louis parce qu’elle a ses défenseurs, tout en étant le symbole de la colonisation avec un Faidherbe décrit comme un administrateur colonial féroce et impitoyable par des historiens Sénégalais.

L’autre faute que nous commettons, c’est aussi de ne pas suffisamment intégrer les hauts faits d’armes de nos héros, guides religieux dans nos programmes d’histoire. Même dans ce monde du numérique, nous ne vulgarisons pas assez les jeux éducatifs, ces modèles en y transposant ces mythes, contes et légendes qui ont des vertus pédagogiques et éducatives fortes, tout en étant tirés de nos références culturelles et historiques. Nous préférons nous laisser bercer par les charmes de l’occident et particulièrement de l’American way of life.

L’équation de la formation en rapport avec le modèle de développement 

Quid du type d’enseignement à promouvoir ? Cheikh Yérim Seck, puisqu’il s’est longuement épanché sur le sujet, est d’avis que le type d’enseignement qui se fait au Sénégal, n’est pas de l’enseignement car, inscrire tout le monde à l’université, n’a pas de sens. Il n y a pas un pays au monde où tout le monde va à l’université. L’université est un type enseignement d’élite. Aux Etats Unis et au Canada, fait-il remarquer, tous ceux qui vont à l’université, sont ceux qui sont fortunés ou les personnes prometteuses qui ont emprunté de l’argent dans les banques. « Au Sénégal, l’on se doit d’avoir le courage de fermer les universités et de créer de grandes écoles et y instituer des enseignements plus en adéquation avec nos besoins tels que l’agriculture, l’économie numérique. A certains on va apprendre à faire des choses avec leurs mains. Une université comme celle de Dakar où ce sont 50 000 personnes qui y sont, on ne leur apprend rien. », fait savoir Yérim.

Le journaliste pense tout simplement que c’est le gouvernement qui peut tracer un cadre. « Ce que le gouvernement a fait, c’est juste un acte de volonté, mais pas la solution. L’approche du Fongip est une excellente approche. Vous avez un projet et vous n’avez pas d’argent et le Fongip vous garantit et vous créez de l’emploi et de la richesse. Même la Der sa problématique, ce n’est pas de donner de l’argent, mais plutôt former et accompagner avant de donner de l’argents. Mais tout ce n’est pas la solution. Cela montre juste la volonté de l’Etat. Dans tous les pays, c’est le secteur privé qui crée les emplois. Il faut créer des conditions pour que les entreprises s’épanouissent et créent des emplois. Il n y a pas un pays où c’est l’Etat qui crée les emplois. », note Seck. 

Mais là où on a du mal à suivre le journaliste, c’est lorsqu’il lie la question de l’emploi et du développement avec celle de l’égalité hommes-femmes : « les femmes médecins sont plus nombreuses que les médecins ; les pharmaciennes sont plus nombreuses que les pharmaciens. Pourquoi le Rwanda a dépassé tous les autres pays africains? Parce qu’au Rwanda toutes les femmes étudient, toutes les femmes travaillent. Les femmes sont les plus impliquées sur le champ économique. A l’assemblée nationale, au niveau des chefs d’entreprise, les femmes sont les plus nombreuses. Donc tant qu’on ne règle pas le problème de l’éducation et de l’égalité homme-femme, on pourra faire les plans les plus ambitieux, mais on ne pourra jamais se développer. Car dans tous les pays, les femmes sont plus nombreuses que les hommes. Donc si les femmes ne travaillent pas ça pose problème. La notion de femme au foyer est dangereuse. La place de la femme, ce n’est pas de rester à la maison. Les ménages où l’homme et la femme travaillent sont reconnues plus stables. Là où ce ne sont pas les femmes qui doivent garder les enfants, ce sont les nounous. Ce ne sont pas les femmes qui doivent faire la cuisine, ce sont les cuisinières. Aucun pays au monde ne peut se développer sans laisser les femmes travailler librement. Pourquoi les pays arabes à l’exemple de l’Arabie Saoudite qui gardaient les femmes au foyer, ont-ils changé de modèles. Elles doivent être libres. Un pays comme Dubaï a laissé les femmes travailler et il s’est rapidement développé. Ce modèle a été copié par des pays comme l’Arabie saoudite qui ont finalement compris qu’il fallait libérer les femmes. », explique Cheikh Yérim Seck qui semble s’emmêler les pinceaux surtout dans son raisonnement lié aux femmes.

Une argumentation à priori très discutable sur le rôle des femmes car la question étant à la fois d’ordre socio-culturel et religieux. Dire d’abord que “la notion de djigueenu bir kër (femme au foyer) est dangereuse. La place de la femme, ce n’est pas de rester à la maison. (…) Ce ne sont pas les femmes qui doivent garder les enfants, ce sont les nounous. Ce ne sont pas les femmes qui doivent faire la cuisine, ce sont les cuisinières.” relève de l’argumentaire gratuit tout simplement. De plus, la discrimination évoquée ne saurait être institutionnalisée puisque beaucoup de femmes occupent aujourd’hui des postes de responsabilités, ainsi que l’a souligné Birima Ndiaye qui a informé que ce sont 3 femmes sur 5 qui sont recteurs dans les universités sénégalaises. Et même si cela n’est pas un indicateur suffisant pour rejeter toute discrimination, c’est la question de la masse des personnes non éduquées à partir du système colonial de formation qui semble plutôt créer un désavantage aussi bien pour ces hommes que ces femmes. Ceux-ci rejoignent en général le système informel de la débrouille ou des activités artisanales voire commerciales, ou dans le cas des femmes, elles choisissent simplement d’être femme au foyer.

La vérité est qu’il faut d’abord arriver à créer des emplois avant de soulever la question de la discrimination vis-à-vis des femmes. Or, ce qui se déroule sous nos yeux depuis quelques temps, ressemble à du saupoudrage pour abaisser la fièvre jeune. Eh bien ne brûlons pas les étapes.  Soyons d’abord sur une politique d’emploi mûrie, réfléchie et planifiée mais surtout en relation avec le système d’éducation et de formation assis sur une logique de développement. Amadou Aly Mbaye, l’agrégé de sciences économique, disait récemment lors du conseil présidentiel sur l’emploi qu'”il y a au Sénégal, plus d’emplois à consolider qu’à créer“, expliquant cela par le fait que” beaucoup de gens qu’on considère comme des employés, ne se considèrent pas eux-mêmes comme des employés parce que la réalité de leur emploi ne leur permet pas de vivre décemment“. Une fois que cela est dit, il faut peut-être mettre à plat toute la politique d’emploi.