NETTALI.COM – Il est incontestablement l’actuel meilleur tireur sénégalais au P22, arme de défense. Khalil Mbacké, il se nomme. Il est le fils du vénéré guide religieux Serigne Modou Kara Mbacké. Du haut de ses 37 ans et fort de ses 17 ans d’expérience, l’enfant de Darou Mouhty écrase la concurrence dans le milieu du Tir et chasse. Ses débuts, ses succès, son rêve et ses soucis dans le tir, le petit-fils de Mame Thierno Birahim Mbacké s’est confié à nous dans cet entretien exclusif.

1- Dites-nous qui est Khalil Mbacké?

C’est Khalil Mbacké, fils de Serigne Modou Kara Mbacké. Je suis membre de l’Association dakaroise de tir et chasse (ADTC).

2- Depuis quand vous vous êtes intéressé au Tir ?

Le Tir et moi, c’est une veille histoire d’amour. J’ai commencé à tirer depuis le bas-âge. C’est le khalife de Darou Mouhty, Serigne Bassirou Anta Niang, qui m’a donné pour la première fois une arme. Car tirer est une culture chez nous à Darou Mouhty, c’est une culture que nous a léguée Mame Thierno Birahim Mbacké.

Quand j’avais 19 ans mon père avait voulu m’amener à l’armée mais ma mère n’était pas convaincue. Ce qui est sûr et certain est que si j’avais rejoint l’armée, on allait tout m’apprendre sauf à tirer.

3- En quelle année vous vous êtes inscrit à un club de Tir?

Puisque j’ai l’amour du Tir depuis ma tendre enfance, j’ai décidé en 2001 d’avoir une autorisation de port d’arme avant de m’inscrire dans un club de Tir entre 2003 et 2004. C’était au camp Mahécor Diouf (ex-Mamelles). J’ai gagné là-bas beaucoup de concours non officiels qui se tenaient tous les dimanches. J’en ai même gagné un qui était destiné aux enfants de la rue. Il n’y a pas de trophée mais on inscrivait le nom du vainqueur en haut. Et le mien a plusieurs fois figuré en haut.

4- En juillet 2019, vous avez remporté le trophée du chef de l’Etat, le 21 mars dernier vous avez également remporté le 1er trophée de la nouvelle saison à savoir la coupe du président Mamadou Ba, quel est votre secret au P22?

La compétition de juillet 2019, est une compétition inoubliable pour moi. Elle a coïncidé avec le rappel à Dieu de ma mère, Sokhna Mame Faty Mbacké, que son âme repose en paix ! C’était une période très difficile pour moi. J’étais resté une semaine à Darou avec beaucoup de tristesse. Pendant ce temps, les autres tireurs étaient en pleine préparation. J’ai quitté Darou la veille de la compétition vers 2h du matin pour rallier Dakar. J’avais même pas fermé les yeux. Une fois sur les lieux, c’est un de mes amis (Hassan Ramlaoui) qui m’a prêté son arme. C’est pas évident de compétir avec une arme qui n’est pas la sienne surtout en P22 standard. Mais bon j’étais pas obnubilé par le trophée. Puisque j’étais en deuil, je voulais juste participer afin de me distraire mais aussi pour me changer un peu les idées. Mais par la grâce de Dieu, j’ai finalement remporté le trophée. Donc c’est une coupe qui m’a beaucoup marqué et je l’ai dédié à ma tendre maman.
Je pense qu’il n’y a pas de secret. C’est juste le travail et l’abnégation. A vrai dire j’aime beaucoup les armes de défense. J’ai une fois participé à un mémorial de la B.I.P (Brigade d’intervention polyvalente, le corps d’élite de la police : Ndlr). C’était la première fois que je tire avec un 9ml globe. C’était un concours très difficile, mais j’avais fait un parcours remarquable. J’étais classé parmi les 5 premiers.

5- Vous êtes spécialiste au P22 mais est-ce que vous participez aux autres concours comme le 10 mètres air comprimé ou le Skeet ball trap?

C’est vrai je suis un spécialiste du P22. Mais à mes débuts dans le Tir, les disciplines comme 10m air comprimé ou Skeet ball trapp ne m’avaient jamais intéressé. Mais là, je veux élargir ma palette. Et je pense que je vais commencer ces deux disciplines (10m air comprimé et Skeet ball trapp).

6- Votre papa, le guide religieux Serigne Modou Kara Mbacké vous a offert une belle voiture en guise de cadeau suite à votre dernier trophée, est-ce à dire qu’il vous a toujours soutenu dans le Tir?

Je rends hommage à mon vénéré père, Serigne Modou Kara Mbacké. J’ai gagné beaucoup de trophées mais il ne m’a jamais offert de cadeau. C’est la première fois qu’il me fait un tel cadeau (voiture de marque Jeep). Il est généreux et aime encourager les gens qui font des efforts. Je le remercie mille fois et je lui souhaite une longue vie pleine de grâces.

7- Quel est votre plus grand rêve dans votre carrière de tireur?

Mon plus grand rêve dans le Tir c’est de participer aux Jeux olympiques et ramener une médaille olympique au Sénégal. C’est un grand défi certes mais je vise toujours loin.

8- Le tir et chasse est une discipline peu connue du public sénégalais, quels sont les difficultés, que vous les tireurs, vous rencontrez?

C’est vrai que le Tir et chasse est une discipline que beaucoup de Sénégalais ne connaissent pas. Mais je rends un vibrant hommage à notre président de fédération, Mamadou Ba et tous les tireurs qui se donnent à fond pour le rayonnement de cette discipline. On demande au président Macky Sall d’aider les clubs de Tir. Car je reconnais que nous sommes confrontés à deux énormes difficultés.
Les impôts sont très chers. On paye annuellement 60.000 F Cfa par arme. Ce que je trouve excessivement cher. Sous le règne de Senghor, c’était 2.000 f Cfa par arme. Du temps de Abdou Diouf et de Wade, c’était 10.000f par arme. Mais maintenant c’est 60.000f par arme. Imagines si tu as plusieurs armes. C’est trop quand même. Donc j’invite, l’Etat à revoir les impôts à la baisse. Car un tireur peut avoir 5 ou 6 armes parce qu’il y’a plusieurs disciplines.

9- Et l’autre difficulté?

L’autre difficulté, c’est le permis de port d’arme. Pour avoir le permis c’est la croix et la bannière. Tu peux déposer tous les documents nécessaires, mais tu mets beaucoup de temps pour recevoir ton permis. J’ai un permis de fusil qui a fait plus de 3 ans avant que je le récupère. Pendant ce temps, j’ai vu des gens qui n’ont aucune expérience de Tir avoir leurs permis en un laps de temps. Pourquoi? Parce que tout simplement ils ont des bras longs.

10- Quel appel lancez-vous au ministre des Sports, Matar Ba?

J’ai une fois remporté le trophée Matar Ba (2017). C’est un homme disponible et travailleur. Je l’encourage. Mais je lui demande solennellement de continuer à nous aider. Le Tir et chasse est une discipline qui a besoin d’aide.