NETTALI.COM – Pour s’activer autant sur ce dossier, Madiambal Diagne doit bien en vouloir au magistrat Souleymane Téliko. Aurait-il un contentieux avec lui ? Un règlement de comptes ? A observer et à analyser ses incessantes attaques contre le président de l’Union des Magistrats du Sénégal (Ums) qui en interpellent plus d’un d’ailleurs, difficile de croire le contraire. 

En effet, à chaque fois que Souleymane Téliko agite la question de l’indépendance de la Justice et se met au-devant du «combat», Madiambal Diagne lui balance des vertes et des pas mûres. Au début, c’est de «Souleymane Téliko et sa nationalité guinéenne» dont il était question ! Une attaque au bas de la ceinture qui n’avait pourtant pas fait réagir le magistrat. Mais cette fois ci, le patron du groupe de presse «Avenir communication» est allé plus loin en se lançant dans des accusations de détournements.

Coïncidence suspecte, c’est au moment où l’Ums organise un séminaire pour parler de l’indépendance de la justice que Madiambal Diagne profite de l’émission «Grand jury» de la Rfm du dimanche 28 mars 2021 pour déclarer que Souleymane Téliko a été épinglé, dans un rapport officiel relatif à l’affaire Hissein Habré par l’Union européenne. Il lui est selon lui,  reproché d’avoir perçu des frais de mission pour se rendre au Tchad, alors qu’il a été pris en charge totalement par le gouvernement tchadien.

Il reviendra plus tard à la charge. Et c’est pour l’accabler. «Il faut rappeler que l’affaire des frais de mission indûment perçus dans le cadre de Commissions rogatoires internationales (Cri), lancées pour l’instruction de l’affaire Hissein Habré, avait été soulevée une première fois par le journal Enquête dans sa livraison du 13 octobre 2014. C’était une bombe, et pour sauver l’image de la justice sénégalaise, la version servie aux médias voulait que les juges instructeurs avaient été contraints d’être rassemblés par les autorités gouvernementales du Tchad, dans un même hôtel, à savoir l’hôtel Kempinsky de Ndjamena, pour des raisons de sécurité, car les hôtels réservés n’offraient pas de garanties sécuritaires suffisantes. Cela a pu faire sourire tous ceux qui connaissaient l’état des infrastructures hôtelières dans la capitale tchadienne. En effet, dans les années 2013-2014, seul l’hôtel Kempinsky offrait des conditions d’accueil qui seraient convenables pour des membres d’une mission internationale.

En d’autres termes, des magistrats d’une juridiction internationale qui se permettaient de réserver leurs séjours dans un hôtel à deux balles ne feraient pas honneur à leur statut. Mais le plus absurde est que ces magistrats avaient eu à effectuer trois missions de suite à Ndjamena, et donc pouvaient savoir la réalité du terrain pour ne plus continuer d’accepter de se faire entretenir durant leurs séjours par l’Etat du Tchad, dont l’intérêt dans l’affaire Hissein Habré était on ne peut plus évident. La preuve (?), ce qui devait arriver arriva. Les juges sénégalais seront rattrapés par leurs propres turpitudes. En effet, quand l’Etat tchadien s’est vu débouter de sa demande de constitution de partie civile par les Chambres africaines extraordinaires, l’ambassadeur du Tchad à Dakar a immédiatement saisi le gouvernement du Sénégal ainsi que l’Union européenne, un des principaux bailleurs de fonds du procès, pour exiger le remboursement des sommes dépensées par son pays pour les séjours des magistrats instructeurs à Ndjamena. On devine le branle-bas. Souleymane Téliko et ses pairs avaient été ainsi obligés de rembourser les sommes illégalement perçues comme frais de mission. La clé de remboursement fixée par les autorités sénégalaises était de leur laisser 50% des frais de mission reçus ; ce qui était déjà sujet à caution, car les membres des Commissions rogatoires internationales avaient été intégralement pris en charge par le gouvernement tchadien», écrit-il.

Une manière pour lui de dire que le juge Téliko a reçu la bagatelle de 8 millions 925 mille francs Cfa pour des «perdiem» sur 51 jours de mission au Tchad. «Il devait donc rembourser la somme de 4 millions 462 mille 500 francs Cfa, à raison de 500 mille francs par mois. Une retenue à la source avait été opérée sur ses indemnités versées par les Chambres africaines extraordinaires pour la période allant d’octobre 2014 (date de révélation du scandale) à février 2015. Les remboursements s’étaient arrêtés quand l’opinion publique avait vite oublié la clameur soulevée par le journal Enquête. Ainsi, Souleymane Téliko reste devoir la somme de 1 million 712 mille 500 francs Cfa. Toutes ces informations sont contenues dans le «Rapport final narratif et financier», produit en juin 2015 par les Chambres africaines extraordinaires. Mieux, le magistrat Ciré Aly Ba, administrateur des Chambres africaines extraordinaires, le précisera dans une lettre n° 0002/Cae/C.a.b, en date du 29 avril 2015, adressée à Me Sidiki Kaba, ministre de la Justice du Sénégal, et ayant pour objet «Remboursement de perdiem à la suite d’une double prise en charge», ajoute-t-il.

Des écrits de Madiambal Diagne qui sont la preuve qu’il s’acharne sur le président de l’Union des magistrats Sénégalais. Pourquoi n’évoquer que le seul cas du juge, alors que la mission concernait pourtant quatorze juges Sénégalais, tous membres de la commission d’instruction et du parquet des chambres africaines extraordinaires chargés de juger Hussein Habré ? Dans la lettre adressée à Sidiki Kaba alors ministre de la justice par l’administrateur le magistrat Ali Ciré Ba, les noms de tous les magistrats concernés, ont été cités. Pourquoi alors n’évoquer que les sommes perçues par Souleymane Téliko et ses remboursements alors que tous les magistrats concernés par cette affaire, ont été soumis au même régime ?

La vérité est qu’il n’y a jamais eu de détournement dans cette affaire. Les magistrats concernés avaient bien perçu leurs frais de mission. Et une fois au Tchad, le gouvernement d’Idriss Déby avait décidé de les loger «pour des raisons de sécurité». Les magistrats Sénégalais n’y ont vu aucun inconvénient et ont pu faire leur travail convenablement.

La preuve, à leur retour, lorsque le gouvernement tchadien a déposé une plainte avec constitution de partie civile contre Hissène Habré, ils n’ont pas hésité à le débouter, estimant qu’il n’a aucun intérêt à agir. Si Idriss Déby les avait corrompus en les logeant, ils n’auraient certainement pas agi de la sorte. C’est d’ailleurs, leur attitude qui n’a pas pu à l’homme fort de Djaména. Ce qui l’a poussé à protester auprès de l’Union européenne et à exiger que les sommes engagées pour le paiement de l’hôtel des magistrats Sénégalais lui soient remboursées. C’est ce qui explique le remboursement dont parle Madiambal Diagne.

Selon nos informations, pour l’hébergement aux frais de l’Etat tchadien, ce n’est qu’après avoir recueilli l’avis de l’administrateur des Chambres africaines extraordinaires que les juges Sénégalais ont consenti à rejoindre l’hôtel. Mieux, arrivés à l’hôtel Kimpenski, les juges qui tenaient à payer la somme correspondant au coût de l’hébergement, ont réuni le montant pour le verser à l’hôtel. Mais le responsable de l’hôtel et l’autorité judiciaire (ministre de la justice tchadienne) ont refusé de le prendre, soulignant que le Trésor public tchadien avait déjà réglé la somme. Face à cet obstacle, les juges avaient à nouveau avisé l’administrateur des Chambres africaines extraordinaires qui lui-même, avait admis qu’il n y avait d’autre choix que de loger à Kimpenski.

Ce n’est que bien plus tard que l’Etat tchadien a soulevé cette question de prise en charge qu’il avait lui-même proposée et exigé le remboursement des frais d’hébergement (uniquement car les autres frais comme la restauration n’étaient pas pris en charge).

Il n’y a donc vraiment pas de quoi fouetter un chat. Aucun détournement au sens juridique du terme, sinon le dossier aurait eu une tournure pénale et disciplinaire.

Au-delà, la question de l’indépendance de la justice, n’est pas l’affaire de Souleymane Téliko, seul. Il n’en est en réalité, en tant que président de l’Ums, que le porte-étendard. L’écarter ou tenter de le discréditer, n’éteint pas pour autant le combat légitime que mène l’Ums. Pour rappel, traduit en conseil de discipline pour un commentaire dans le dossier Khalifa Sall, le ministre de la justice avait activé l’Inspection générale de la justice afin que celle-ci mène une enquête préliminaire. Le magistrat en sortira avec un blâme, soit la plus petite sanction encourue sur une échelle de sept (7). Et ce n’est pas un hasard s’il a été reconduit de manière consécutive à la tête de l’organisation. Ses pairs lui font confiance et savent que son intégrité ne souffre d’aucune contestation. L’affaire des frais de mission, est manifestement un  non évènement.