NETTALI.COM – Les moins de 25 ans qui prennent la pirogue pour rallier l’Europe ne se rappelleront sans doute pas de lui. Il y a 18 ans, Pape Bouba Diop, inconnu des Sénégalais, s’installait sous la lumière des projecteurs du monde entier, pour avoir marqué, en match d’ouverture du Mondial- 2002 Corée du Sud/Japon, le but qui allait mettre l’équipe de France, pourtant championne du monde en titre, à terre.

Il couronnait ainsi une action magistrale, initiée sur l’aile gauche par le génial El Hadj Diouf qui s’était débarrassé, avec une facilité déconcertante, des défenseurs français Marcel Dessailly et Frank Leboeuf, pour servir un “caviar’’ au milieu de terrain sénégalais. Et but !

Les images de “Lions’’ jubilant, à pas de danse africaine, feront ensuite le tour du monde en même temps que les visages de cette génération exceptionnelle, pétrie de talents, remplie d’audace et sans aucun complexe, sortent de l’anonymat. Le pays entier est dans la joie. Les rues de Dakar, en cette matinée de vendredi 31 mai 2002, se parent alors des couleurs nationales. Assikos et trompettes prennent la place. L’ambiance est simplement magnifique. Vie et joie !

Maitre Abdoulaye Wade, qui venait de boucler deux ans à la tête du pays sans savoir ce qu’il fallait faire, improvise une marche et lance au milieu d’une foule en
transes : “En battant l’équipe championne du monde, le Sénégal est aujourd’hui champion du monde.’’ Le monde, justement, est médusé et les éditorialistes de plusieurs pays d’Europe saluent la performance et l’état d’esprit de ces jeunes venus d’un pays pauvre et endetté du Tiers-monde. Tels des extra-terrestres…

La symbolique était plus qu’importante. En battant l’ancienne puissance colonisatrice au ballon rond, ces jeunes venaient justement d’administrer la preuve, par
le sport, qu’il était bien possible de piquer son casque au “maître’’, de façon naturelle, sans aucun “esprit de ressentiment’’, pour utiliser une expression du président français Emmanuel Macron (qui avait juste 24 ans au Mondial-2002), caractérisant la psychologie de ceux qui s’attaquent à la France en Afrique.

Si nous rappelons ces faits d’histoire somme toute récents, c’est parce que le soleil s’est, comme qui dirait, éteint sous nos Tropiques. La pulsion qui pousse
aujourd’hui les jeunes à prendre la mer à la recherche de l’Eldorado est aux antipodes de l’élan insufflé en 2002 par les compagnons de Khalilou Fadiga. L’ironie du sort, le clin d’oeil de l’histoire, c’est que la disparition bien précoce de Pape Bouba Diop intervient dans un contexte où la France, l’Espagne, le Portugal, etc., ne sont pas encore, dans l’imaginaire de notre jeunesse, des pays à étaler proprement sur le “terrain’’, mais bien la terre d’utopie et le “paradis’’ à convoiter.

Aujourd’hui, le problème est bien entier. Et comble du désespoir, aucune prise en charge sérieuse du drame dans toute sa complexité n’est mise en oeuvre pour tuer ce “virus’’ qui pousse les jeunes au suicide. Tout est simplement constaté. Et le vrai drame, c’est de faire de la politique politicienne avec une matière aussi explosive. Bien sûr, des structures sont annoncées pour créer quelques emplois. Mais encore, la victoire n’est point assurée.

La question principale n’est-elle pas de marquer des buts comme ceux de Pape Bouba Diop en 2002 ? Pour cela, il faudra, inévitablement, agir sur les imaginaires qui déstructurent nos cerveaux et alimentent le mythe de l’Occident/Eldorado. Maitre Abdoulaye Wade (laxiste dans la gestion des fonds de lutte
contre l’émigration financés par l’Europe) avait, malgré tout, lancé, à l’époque, de façon bien opportuniste, un concept innovant : “Le Sénégal qui gagne.’’ Il s’adossait, entre autres, sur les performances enregistrées dans le sport-roi, pour asseoir une idéologie du “savoir-gagner’’ sénégalais. Il élargira la perspective sur la scène africaine ; ce qui lui vaut d’ailleurs une certaine sympathie hors du Sénégal.

Au moins, ira-t-on, aura-t-il essayé. Qui fait mieux ? Posons la question à Bukki l’hyène.

PS : si nous voulons gagner des batailles comme l’avaient fait ces vaillants Lions contre la France et d’autres équipes encore, il faudrait certainement songer à s’entourer des meilleurs sénégalais et non continuer à se soumettre bon vouloir du Prince. Fadiga, Henri Camara, Diouf, Salif Diao, Ferdinand Coly, Lamine Diatta, Aliou Cissé, Tony Silva, etc, que des cracs et des rocs à l’époque avec une très bonne osmose créée par Bruno Metsu. Ce français venu d’ailleurs, mais qui s’était montré plus sénégalais que les Sénégalais. Proche, il l’était de ses joueurs. Il savait mener ses troupes, leur parler et les galvaniser. 

C’est un tel dosage qu’il s’agit de réussir au niveau de l’attelage gouvernemental et des directions générales de sociétés publiques, à l’heure des deals politiques pendant laquelle des ministres et DG sans envergure et sans background sérieux, sont nommés. Enfin pour beaucoup. C’est la raison pour laquelle beaucoup d’allies et politiciens professionnels se signalent à travers les médias dans le seul but d’être casés aux postes fourre-tout de conseillers spéciaux, d’envoyés spéciaux, de ministres conseillers, Pca, conseillers économiques, sociaux, etc dans une logique uniquement clientéliste pour beaucoup…. Le tout sur le dos des Sénégalais. Des gens pour beaucoup nommés et pêchés, tels des poissons avec les deniers des Sénégalais, issus des taxes douanières, des impôts des braves travailleurs, des ressources issues de la vente des licences de pêche et autres ressources minières.

Bref l’on devrait désormais songer à réduire les pouvoirs du président de la république à venir. Il en a trop. Bien trop. Trouver le moyen de faire valider par exemple ses nominations par une assemblée ou un autre pouvoir différent de l’exécutif. Sinon les Sénégalais se retrouveront toujours à ne faire des choix que par rapport à ce qu’on leur présente et impose. La preuve par le parrainage et ses ministres qui font des conneries, mais jamais débarqués mais toujours reconduits lors des remaniements.

Bouba Diop est parti après avoir été immortalisé par Macky Sall. Il va désormais trôner au musée du sport sénégalais. Mais à quoi servent les symboles s’ils ne sont pas accompagnés d’exemplarité ?