NETTALI.COM – Les attaques d’Ahmed Khalifa Niasse contre Taïb Socé à l’émission Quartier Général sur la TFM, ont-elles poussé le célèbre prêcheur à la démission ? Tout pousse à le penser. Le second nommé a en tout cas déposé sa lettre de démission « pour raisons personnelles », lundi dernier.

La Télévision Futurs Médias (TFM) appartenant au Groupe Futurs Médias, employeur de Taïb Socé, à travers une de ses émissions du mois de Ramadan, avait servi de tribune à Ahmed Khalifa Niasse pour descendre le prêcheur. Mais si le marabout avait été recadré, personne n’aurait certainement trouvé à redire. Mais dans l’affaire, ce sont les règles de la confraternité qui ont tout simplement été bafouées. Et le plus honteux dans tout cela, ce sont les éclats de rire indécents et discourtois qu’on avait pu entendre au moment où Ahmed Khalifa lançait des assauts d’une rare violence contre le prêcheur de la RFM ! Et l’on ne peut manquer de se demander si la TFM, était à ce point obnubilée par le besoin de buzz pour laisser le marabout se défouler de la sorte ? M. Niasse était en tout cas là, en roue libre, déroulant parfaitement et selon son propre tempo. Le grand problème de cette émission, ce jour là, c’est qu’il n’y avait que des animateurs sur le plateau : Amina Poté, Bouba Ndour, Ya Awa Dièye, Ndoye Bane, Pape Cheikh Diallo, Aba no stress et naturellement Bouba Ndour, l’homme de toutes les émissions et non moins directeur des programmes ! Pas suffisamment pros pour le recadrer ? Crainte d’Ahmed Niasse ? Qui sait ? Leur passivité était en tout cas déconcertante.

Le sieur Niasse s’était abattu, tel un ouragan sur Taïb Socé qu’il a qualifié de voleur. Il s’était même demandé comment une quête avait pu être organisée pour le tirer d’une affaire de contrainte par corps, suite à sa condamnation pour escroquerie. La réponse du marabout était en relation avec une interpellation de Aba No stress quant aux rapport de M. Niasse avec les prêcheurs. Ce dernier traitera M. Socé de voleur. Oustaz Assane en face de lui, en avait aussi eu pour son grade. Il s’était vu asséner un gros coup de massue quant à des honneurs que le marabout a déclaré lui avoir rendus en lui offrant tantôt un bœuf, tantôt un mouton lors de baptêmes de ses enfants.

La question à se poser, est de savoir comment arriver à prendre au sérieux un animateur qui, un jour officie dans une émission où il raconte tantôt des blagues, ou tantôt encense un quidam pour obtenir des faveurs de sa part ?  C’est aussi cela l’un des grands problèmes notés chez cette catégorie d’acteurs des médias qui n’arrêtent pas de changer de vestes, de postures et d’attitudes en fonction des situations. Que peut apporter celui-ci sur des sujets à caractères politique, économique, financier, etc ? Ce qui conduit à des situations comme celles-là, c’est que le métier de journaliste est à ce point banalisé, dévalorisé et traité avec beaucoup de légèreté que les animateurs pensent aussi qu’ils peuvent y faire incursion.

On a également eu droit à un Bouba Ndour méconnaissable qui n’arrêtait pas de se fendre d’un « papa » pour introduire ses questions. Signe de respect ou crainte de quelque chose ? Est-il vrai, comme l’avait insinué Ahmed Khalifa Niasse qu’il avait posé ses conditions qui ont été acceptées avant qu’il ne vienne participer à l’émission ? Conditions tendant à disserter d’abord sur l’œuvre de son père avant de répondre à une quelconque question. Même Ndoye Mbane qui aime tant jouer les téméraires, s’’était vu rabattre le caquet. Sacré Ahmed, il sait occuper l’espace et dompter les prétentieux.

Bouba Ndour était en tout cas doux comme un agneau, ce jour là. L’homme si prompt à défendre des grands principes à grand renfort d’indignation, s’’était bien couché. Et une pique à laquelle il ne s’attendait pas du tout, c’est le moment où le marabout lui lancera un : « tu as la barbe tellement blanche qu’on dirait que tu es plus vieux que moi, et tu m’appelles papa ». Evidemment le tout sous le regard médusé de Pape Cheikh Diallo, visiblement dépassé.

Une grosse perte en tout cas pour le groupe Futurs médias si le prêcheur ne venait pas à reconsidérer sa démission. Taïb Socé a payé sa dette vis-à-vis de la société. Allait-il continuer à être persécuté pour cela  ? Il n’était en tout cas pas opportun de revenir sur un sujet aussi humiliant et déshonorant pour le prêcheur, qui malgré cette erreur, a rendu fait les beaux jours de cette radio. Et à la religion musulmane aussi. Certains auditeurs ont beau critiquer son discours assez dur et direct, n’empêche, Taïb était suivi sur cette radio et générait de l’audience.

Une situation qui vient poser la responsabilité des patrons de presse et des professionnels des médias, y compris les animateurs. Non pas que ces derniers ne doivent pas diriger des émissions de divertissement, mais un fait est que ces émissions-là doivent être orientées dans un sens qui soit utile pour le téléspectateur et non qui l’abrutisse davantage.

Un médium ne devrait évidemment pas se suffire de la logique du téléspectateur, du lecteur ou de l’auditeur ou encore moins de l’internaute. Il devrait à la fois rester sur les fondamentaux du métier de journaliste tout en intégrant les logiques de l’offre et de la demande. L’essentiel est que tout cela se fasse dans une logique d’éveil et d’éducation du citoyen et non pas sous l’angle du divertissement sans intérêt. Le ministère de la Communication et les organes de régulation des médias, ne devraient-ils pas imposer un ratio journalistes-animateurs, en limitant le nombre d’animateurs et en les cantonnant à un certain type d’émissions ? Le nouveau code de la presse a semblé aller dans une logique de définir qui est journaliste et qui ne l’est pas. Mais attendons de voir ce que son application va produire comme effet.

Le journalisme : un métier et des règles

La vérité est que si la cible du médium va jusqu’à se rendre compte que le journaliste traite son métier avec beaucoup de légèretés en posant des questions comme l’homme de la rue (ni documentées, ni réfléchies, ni appelant une réponse sérieuse) le ferait, en ne préparant pas ses émissions, en ne se documentant pas suffisamment, en ne recoupant pas ses sources ou en en traitant l’information avec beaucoup de désinvolture, n’importe qui pourra se prévaloir d’une aptitude à exercer la profession de journaliste. N’est-ce pas peut-être une des raisons pour lesquelles, l’on assiste à la naissance de beaucoup d’émissions en live à destination du public sur les réseaux sociaux ? Ces live-là sont de véritables tribunes, de véhicules d’opinions et de dénonciations qui n’ont certainement rien à voir avec la collecte, le recoupement et la diffusion de l’information requis par le métier. Mais ce qui est dommage, c’est que leurs auteurs finissent pas se prendre pour des journalistes.

Le journalisme, un métier pourtant vital pour la démocratie. Un métier comme l’est la médecine, la mécanique. Confiera t-on sa santé à un non médecin ? Confiera t-on le pilotage d’un avion à un non pilote ? Eh bien voilà. La production de l’information confiée à un animateur, à un mauvais journaliste ou à un personnage non formé dans ce domaine, produit les effets négatifs que nous vivons. L’information, un métier, un vrai avec des règles. Voilà ce qu’est le journalisme.

Répondre aux 5 W (de l’anglais « What, Who, Where, When, Why » – en français, « Quoi Qui, Où, Quand, Pourquoi ») dans chaque article de presse constitue une règle fondamentale et impérative que le journaliste doit s’appliquer. Que ce soit en radio, en télé, ou en presse écrite (qui ne devraient pas être érigées en spécialités). Ils sont juste des média pour diffuser de l’information, suivant la spécificité de chacun. La spécialité, c’est la matière première que manipule le journaliste, selon qu’il traite un article juridique, politique, économique, culturelle, sociétale…

Une des raisons qui laisse d’ailleurs penser que le journaliste Sénégalais devrait subir un renforcement de capacités dans ces matières ou voir sa formation intégrer ses aspects dans un système de classes préparatoires, c’est que l’on note bien souvent des carences dans ces domaines là. Surtout dans le cadre des débats techniques qui peuvent facilement laisser place à la manipulation.

Le journaliste nourri par exemple au droit, a les outils pour faire preuve d’aisance après avoir acquis une démarche méthodologique rigoureuse qui le fait sortir du lot. Dans les chroniques judiciaires bien menées, l’on se rend vite compte qu’elles épousent les contours de l’introduction d’un commentaire d’arrêt avec ses cinq (5) parties (faits, procédure, problème juridique, prétention des parties, solution), tels qu’ils ont été enseignés à la faculté de Droit. Bref, tous les ingrédients d’un article complet, rigoureux, bien mené et facile à lire. Les éléments y sont retracés de manière chronologique : les faits, la procédure (qui a arrêté le mis en cause et qu’est-ce qui s’en est suivi), le problème juridique (il est poursuivi sur la base de quelle infraction), la prétention des parties (qu’est-ce que le procureur, avocat de la société, maître des poursuites, lui reproche et quelques sont les argument de la défense), la solution (qu’est-ce que la juge a finalement décidé : coupable ou innocent).

Une manière de dire que même s’il ne peut pas y avoir de compromis sur les quatre premiers W, le lecteur, le téléspectateur, l’auditeur ayant besoin de repères (où et quand cela s’est-il passé, qui est concerné, que s’est-il passé), ces éléments ne sont pas suffisants pour produire un bon article de presse qui requiert de la rigueur, une bonne collecte, de bons réflexes et de bons comportements, mais aussi une bonne connaissance de la matière qu’on manipule.

Le journaliste doit d’abord avoir de bons réflexes. Ce qu’une école de journalisme ne peut enseigner. C’est parfois au fil d’un travail de routine, de terrain que l’on trouve la matière pour les meilleurs articles, en parlant avec les gens, en lisant le journal, en découvrant des incidents inhabituels et en vérifiant si ceux-ci se répètent. Par exemple, si un fast-food sert de la nourriture avariée, c’est une bonne base pour un article. Mais si cinq restaurants de la même chaîne servent la nourriture contaminée, alors cet article aura une dimension encore plus importante.

C’est de l’initiative personnelle des journalistes que naissent les meilleurs articles. Ils ne proviennent pas des ordres donnés par des rédacteurs enfermés dans leurs bureaux  ou d’un enseignement en journalisme. Il faut  donc que le journaliste «fasse sa ronde», apprenne à connaître tous les détails d’un sujet et n’hésite pas à̀ poser des questions aux gens.

La qualité des sources et la vérification de l’info sont déterminantes

Quid des sources ? A la vérité, un journaliste doit savoir nouer des contacts avec des informateurs ou des experts qui peuvent l’aider, faire des interviews de nombreuses personnes offrant des points de vue différents.

Mais au Sénégal, le journalisme s’apparente finalement à de la dénonciation de la corruption et de la criminalité. Les articles expliquant ce qui fait le succès ou l’échec d’un système ou qui retracent une histoire complexe, sont tous aussi importants et intéressants. De nombreux journalistes ont par exemple découvert que leurs lecteurs s’intéressaient beaucoup au fonctionnement des choses, à ce qui se passe, à l’effet des événements sur la vie des citoyens ordinaires.

Le journalisme d’investigation, par exemple, contrairement à ce que beaucoup pensent, c’est la création d’articles qui sont le résultat d’un travail personnel et non de fuites de sources judiciaires ou institutionnelles qui abordent le problème dans son cadre général, au lieu de se concentrer sur un incident isolé impliquant un individu. Ce sont aussi des articles qui redressent les torts causés, qui expliquent les problèmes sociaux complexes, mais aussi qui révèlent des faits de corruption, des délits ou des abus de pouvoir.

Pour arriver à cela, le journalisme devrait pouvoir nouer des contacts avec des gens très divers, dont le point commun sera qu’ils détiennent des informations utiles. Établir une relation de confiance avec de nouveaux informateurs, peut prendre des années, mais les acteurs des médias doivent commencer dès aujourd’hui à identifier les types de personnes avec lesquelles ils peuvent créer des liens durables. A ce titre, l’acteur des médias doit savoir évaluer la fiabilité́ d’un informateur et savoir déceler s’il tient ses informations de première main, ou s’il ne fait que répéter des ragots largement galvaudés.

En effet, la bonne foi des sources ne peut pas être présumée. Toute source pourrait amener à donner de fausses informations ; aucune information ne peut être utilisée sans vérification, car les erreurs exposent le journaliste aux sanctions disciplinaires et judiciaires et pourraient gravement entamer (ou même détruire) la crédibilité́ du reporter et de son média.

Au Sénégal, l’on a également remarqué que les journalistes ne sortent plus de leurs bureaux, ils n’observent plus, préférant passer des coups de fil et exploiter des communiqués de presse. Or, sortir et observer, permettent de donner de la vie aux articles.

L’observation directe est l’un des meilleurs outils des journalistes, mais l’un des moins employés, surtout au Sénégal. Il doit donc prendre l’habitude de tout observer autour de lui, autant pour les actualités que pour les articles de fond. Le journaliste est souvent le témoin événements que peu de gens ont vu. L’une des fonctions de leurs articles, est d’expliquer ce qui s’est passé et de décrire les protagonistes et les lieux des événements. L’observation directe est utile en dehors du cadre des news, parce que les descriptions sont souvent un élément important des articles moins orientés sur l’actualité́. Il suffit pour s’en convaincre de mesurer la puissance des descriptions d’enfants faméliques, d’immeubles sous les eaux après une inondation ou de grévistes de la faim se tordant de douleur, tenaillés par la faim : ces évocations peuvent avoir plus d’impact que les déclarations officielles.

Les descriptions détaillées sont à̀ la base de tout bon texte, qu’il s’agisse d’un roman, d’un classique littéraire ou d’un article de presse. Dans tous les cas, elles transportent le lecteur dans un lieu et dans un récit. Mais pour transporter son lecteur, le journaliste lui-même doit sortir de son bureau, voir le monde de ses propres yeux et rencontrer en personne ceux qu’il veut interviewer.

Il y a plusieurs avantages à être le témoin direct d’une scène :

– On peut recueillir énormément de matériel en peu de temps, sur les lieux, alors que les témoins de la scène sont encore rassemblés et que leurs souvenirs sont encore précis.

– En étant présent pour observer lui-même, le journaliste n’a pas besoin de compter sur les récits de deuxième main de témoins non formés à l’observation et éventuellement peu objectifs.

– L’observation directe peut servir à confirmer ou à approfondir d’autres informations. Elle est souvent indispensable pour comprendre ce qui se passe.

– Les enquêtes sur le terrain apportent souvent des détails et des perceptions qui enrichissent l’article, lui donnent vie et lui apportent un supplément d’intérêt. La description évoque une scène : le lecteur voit, entend, touche, sent, goûte même ce qu’on lui raconte.

Autre règle d’or du journalisme, jamais, au grand jamais, n’attaquez quelqu’un dans une histoire sans lui offrir auparavant une chance de répondre à votre enquête. Peut-être vous offriront-ils une explication absurde. Laissez- les faire, et citez-les. Peut-être refuseront-ils tout commentaire. Dites à votre audience qu’ils ont fait le choix de ne pas répondre, sans suggérer que ce soit blâmable. Personne n’a l’obligation de parler aux journalistes, et refuser de le faire n’est pas un signe de culpabilité́. (Réciproquement, ne supposez pas que si quelqu’un veut parler avec vous, il est forcément honnête et bon.)

Le journalisme, un métier qui a ses exigences et qui dans la pratique, souffre de l’absence d’engagement de bon nombre de ses membres. Un secteur qui paraît malheureusement si accessible que beaucoup de personnes en situation d’échec scolaire ou en mal de débouchées, choisissent de l’exercer pour espérer se tirer d’affaire. Il a malgré tout, ses orthodoxes et ses amoureux qui s’évertuent à lui rendre ce qu’il demande. Mais, il a aussi ses travers. Vivement donc un encadrement du secteur et des conditions d’accès beaucoup plus sélectives afin qu’il retrouve ses lettres de noblesse.