NETTALI.COM – Dans un long entretien accordé au journal EnQuête et publié samedi, le professeur Moustapha Kassé, Doyen honoraire de la faculté des Sciences économiques de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), déplore la décision du chef de l’Etat consistant à lever certaines restrictions liées à l’état d’urgence. L’économiste est aussi revenu sur la politique agricole et industrielle du pays, tout en se projetant sur la période post-Covid-19 pour tracer une voie africaine de sortie de crise.

Le Pr. Moustapha Kassé trouve qu’il «n’est du tout pas prudent de déconfiner en ouvrant tous les espaces de forte concentration humaine où il est difficile de respecter la distanciation sociale et les autres éléments de barrière». « Ensuite, aucune communication argumentée des experts, que ce soit des professionnels de la santé, sociologues, anthropologues et économistes, n’est venue conforter cette décision présidentielle. En conséquence, il se produit une rupture de confiance entre le gouvernement et les populations», a dit l’économiste dans un entretien pu ce samedi dans le journal  EnQuête .

Analysant les implications économiques de la vague pandémique en cours, il déclare : «La double crise, celle financière de 2008 et celle sanitaire de 2019, a plongé la mondialisation dans un basculement qui amorce le déclin des Etats-Unis et de l’Europe, et impose la Chine comme principal pôle de puissance du XXIe siècle». «Les États africains, indique-t-il, doivent exploiter cette nouvelle recomposition de l’ordre mondial et se battre avec détermination, sérieux et rigueur pour trouver leur place dans le nouveau concert des nations, en exploitant en toute indépendance. C’est-à-dire sortir des tutorats, des servitudes et des mimétismes infantilisants. Et exploiter le potentiel de partenariat “gagnantgagnant’’ en faveur de leur développement. Ne loupons pas l’essentiel».

C’est ainsi qu’il incite les pouvoirs publics à accorder un plus grand intérêt au secteur primaire, pour en faire le moteur de la croissance. «La priorité doit être accordée à la politique agricole permettant l’instauration d’une agriculture performante et intensive, et le développement de la société rurale avec un paysannat de type nouveau qui possède et contrôle son espace, s’organise sur une base autonome, cherche à peser sur l’échiquier politique et dispose de techniques culturales, de matériels biologiques, de facteurs modernes de production», détaille l’universitaire.