NETTALI.COM – On l’avait perdu de vue ce cher Mademba Sock. Le mémorable syndicaliste qui inspira ce fameux morceau « Mademba », sur lequel Youssou Ndour lui conseillait d’arrêter d’interrompre la fourniture du courant parce que les appareils des consommateurs s’en trouvaient endommagés. Si notre attention a été retenue par le speech du personnage, c’est bien parce que ce retraité qui siège désormais dans des conseils d’administration de sociétés publiques, a été un acteur historique de la lutte syndicale à Senelec. Un combat bien épique a eu lieu entre lui et l’Etat du Sénégal. Mais depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts.

Vendredi dernier, Mademba Sock est réapparu sur « Grand Plateau » de Sen TV pour nous livrer sa part de vérité sur le contrat Senelec-Akilee qui soulève pas mal de polémiques et de passions. L’on a eu droit à sa lecture du contrat et ses commentaires, à savoir que « le contrat est blindé » et que « pour le dénoncer, il faut se tourner du côté d’Abidjan ».  Le syndicaliste nous a par exemple appris que « la durée de 10 ans est longue et que la commande de 2 700 000 compteurs est lourde ». Il nous a aussi rappelé qu’il a été signé en février 2019 et qu’Amadou Ly, qu’il appelle le « conseiller de Makhtar Cissé », travaillait dans un cabinet dénommé KPMG avant de démissionner par la suite.

Des investigations à l’intérieur de Senelec ont toutefois permis d’entendre des sons de cloche différents du sien sur le plateau de Sen TV où il n’avait pas eu en face, un contradicteur digne de ce nom. Après tout l’information, c’est aussi une affaire d’équilibre. On aurait par exemple aimé avoir un autre syndicaliste maison tel que Souleymane Souaré du syndicat Satel ou Matar Sarr du syndicat Syntes favorables au projet Akilee. Mais c’est tout à l’honneur de la Sen Tv  d’avoir tenté d’informer l’opinion sur un sujet qui prête à beaucoup d’interprétations et de confusions.

Dans cette affaire en effet, ce sont quatre syndicats maisons qui s’opposent deux à deux : les deux premiers cités et les deux autres Sutelec et Sudeten qui ont exprimé des réserves sur le contrat. Et un 5ème syndicat, celui des cadres, neutre.

M. Sock a tenté de nous en dire un peu sur Amadou Ly. Mais, Ce dernier en question n’a jamais été conseiller de Makhtar Cissé d’après des sources internes. Il est arrivé à la Senelec sous Pape Dieng en février 2015, suite à l’appel d’offres international de la Banque mondiale pour la mission d’audit organisationnel et managérial de Senelec, qui, souligne-t-on, n’a jamais rien eu à voir avec un audit des pertes. Une information de taille puisqu’il y a, comme qui dirait, une tentative de lier ces pertes de courant (liées en grande partie au vol d’électricité et aux pannes du réseau) à la mission d’Amadou Ly, comme pour montrer que c’est suite à celle-ci et des connaissances acquises, qu’Akilee a été créée. Nous apprenons en réalité que ces pertes en question sont dans le domaine public et figurent dans tous les rapports de Senelec. Pour en juger, ajoutent ces mêmes sources, il suffit d’aller voir sur le site de Senelec, les rapports d’activités. De plus, Amadou Ly a préparé sa thèse de Doctorat chez Electricité de France (EDF) et y a travaillé comme ingénieur avant de démissionner pour rentrer au Sénégal, devenant ainsi le gérant de la société iNES qu’il a créée en février 2013. C’est cette société qui est développeur du projet AKILEE qu’il a effectivement débuté en 2014.

Le terrain où il est en tout cas bien difficile de suivre Mademba Sock, c’est certainement celui des intérêts de Senelec qu’il semble conseiller de mettre en avant. Enfin, quelle évidence ! L’on nous a aura appris qu’il a à son actif plusieurs postes qu’il cumule : Président du Conseil d’Administration (PCA) de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (Aser) et administrateur aussi bien de la Caisse de sécurité sociale que de l’Institut de prévoyance des retraites (Ipres).

L’on nous a informé aussi qu’il aurait été la cause de la scission du syndicat Sutelec qui a donné naissance au Sudeten qui contestait la légitimité d’un Sock voulant continuer à présider aux destinées du syndicat, tout en étant à la retraite.

De plus s’interrogent certaines sources en interne,  Mademba Sock, n’était-il pas là au moment où  Simelec signait un contrat de 10 ans d’exclusivité (2003-2013) sur les compteurs avec une participation de 34% de Senelec, sans toutefois jamais réussir à honorer correctement ses engagements vis-à-vis de la société d’électricité ? Comment un contrat qu’on n’a pas dénoncé, il y a quelques années, peut-il se retrouver tout d’un coup problématique, alors qu’une autre société en bénéficie ? Akilee a en effet l’avantage d’être à jour sur ses engagements, en plus de combattre les pertes de courant en grande partie liées au vol d’électricité. Réaliser 500 milliards d’économie sur les pertes sur 10 ans, c’est cela la vocation première d’Akilee. De même, Sock, n’était-il pas le secrétaire général de ce si dynamique syndicat de l’époque, Sutelec ?

Mademba Sock nous a également appris que « leur objectif n’est pas d’annuler le contrat Akilee pour le remplacer par le contrat israélien (powercom)». Tout au plus, nous a-t-il renseigné, qu’ils vont « renégocier le contrat pour que Senelec puisse y être plus confortable ». « Ils ont d’ailleurs commencé », a-t-il ajouté avant de préciser que si le contrat n’est pas prolongé, il faut des compteurs pour cette période, faisant remarquer qu’il n’y a pas eu d’appel d’offres et que semblerait-il, la commande des 45 000 compteurs israéliens a apparemment été autorisée par l’Armp.

Et c’est justement là où on peut se poser des questions. Pourquoi vouloir passer un autre marché alors que le contrat avec Akilee peut être normalement exécuté en plus d’être moins onéreux, sans parler d’une opération nébuleuse relevée par beaucoup de supports de la place ? Akilee se défend et estime être en règle, d’autant plus qu’une commande est disponible, tandis qu’une autre est en mer.

Sur un autre plan, M. Sock a la certitude qu’il n’y a pas de cabale comme certains semblent vouloir le faire croire dans l’affaire Akilee. Il pense tout au plus que le ministre de l’Energie qui s’occupe de politique du secteur, n’est pas le patron du DG, précisant au passage que la tutelle n’est pas un pouvoir hiérarchique. Pour le syndicaliste, c’est le DG qui a le pouvoir et est sous l’autorité du Conseil d’administration. A l’en croire toujours, il ne peut pas y avoir de guéguerre qui puisse créer de problème. Les contradictions font partie du jeu, mais s’empresse-t-il de préciser, il y a des limites.

Un argumentaire qu’il est toutefois difficile de faire prospérer pour une raison simple, c’est que les problèmes doivent se gérer dans l’intimité des bureaux, selon les règles établies par la gestion et non dans la rue. Comment ce dossier Akilee a-t-il pu atterrir dans les médias ? Il a bien fallu qu’on l’y transporte. Si tant est que celui qui dénonce le contrat est mû par un simple intérêt de revoir certains aspects, il aurait juste fallu interroger les clauses et ce qu’elles prévoient. Que l’on sache, les contrats prévoient presque toujours un accord à l’amiable avant d’arriver au contentieux.

Comble de la coïncidence, le dossier Akilee est connecté à de supposées nominations dans lesquelles, l’on semble vouloir faire voir la main du ministre du Pétrole. Une employée de Petrosen a en effet fait une sortie sur les réseaux sociaux pour dénoncer de supposés parachutages. Pourquoi Petrosen qui a été filialisée à travers (Petrosen E&P et Petrosen T&S), cherchant à renforcer ses capacités, se priverait-elle de ressources aussi expérimentées que celles de Senelec  et de surcroît inutilisées ? Celles-ci ne devraient-elles pas migrer vers des structures où exercer la plénitude de leurs talents ? On aurait trouvé à redire si des procédures de recrutement n’avaient pas été engagées, en toute transparence !

Tout ce brouhaha en réalité ne semble viser selon certains observateurs bien plus avisés qu’à entacher l’image d’un ministre qui a fait la preuve de sa compétence. Autrement, pourquoi aurait-il été félicité publiquement par Macky Sall himself et promu à ce ministère si lourd et aux enjeux déterminants pour le Sénégal ? Le président est bien plus renseigné que quiconque sur quelques agissements que ce soit au cœur de la République. Comment un marché que l’on présente en termes de centaines de milliards, aurait-il pu échapper à sa vigilance ? A celle de Papa Mademba Bitèye, alors membre du Conseil d’administration (dès que cela dépasse 500 millions, cela passe au Conseil) ou à Moussa Dièye, actuel secrétaire général de Senelec en 1ère ligne lors des négociations ayant duré 2 ans avec Akilee. Ces 186 milliards ne sont même pas en réalité une manne financière remise à Akilee pour acheter des compteurs. Ce montant correspond à l’achat des compteurs, aux interventions sur les compteurs et autres accessoires. Ils se résument en des besoins exprimés par les directions de Senelec sur 10 ans ;  soit une dette de 18 milliards par an pour la fourniture des compteurs, leur pose et leur exploitation avec un système développé et appartenant à Akilee pour une société qui fait un chiffre d’affaires de plus de 500 milliards par an et pour laquelle ces mêmes prestations coûtent aujourd’hui plus de 20 milliards par an. De plus, Akilee a la lourde tâche d’assumer le risque financier et d’être payé sur chaque livraison, 4 ans après. Ce qui correspond au finish à 14 ans au lieu des 10 ans fixés.

L’on ne peut manquer de se demander si Akilee n’est pas en réalité qu’un prétexte pour entacher l’image de l’ancien DG de Senelec ? Comme à la Douane, notamment avec Gaïndé et la dématérialisation, l’usage du papier ayant été considérablement réduit sous le magistère de celui-ci, les recettes ont fait un grand bond. Cissé quittera la Douane, le système restera. Mais que n’a-t-on pas dit sur l’homme accusé à tort d’avoir avec karim Wade, des intérêts cachés dans Gaïndé. A Senelec, avec l’aide de la technologie et Akilee, il a certainement vu un moyen de réduire les vols d’électricité et autres magouilles avec à la clef, une économie de l’ordre de 500 milliards.

Mais comme d’aucuns le pensent Makhtar Cissé subit aussi le destin de tout homme crédité d’une bonne image ou d’un certain poids politique qu’il faut salir à n’importe quel prix. Demandez à Amadou Bâ ou à Aminata Touré qui ont déjà eu à faire à tort ou à raison, les frais de ces assauts : le premier avec le fameux assaut des Parcelles Assainies ; la seconde avec l’histoire du recrutement des 72 chargés de mission et conseillers et celle des voitures de fonction.

Fabriquer des scandales, n’est-ce pas le film qui semble se jouer sous nos yeux ? Peu importe la vérité pour leurs acteurs. Il s’agira de faire des raccourcis, de fabriquer des histoires et de présenter de faux scandales.

Makhtar Cissé semble ainsi se retrouver comme une cible de l’Acte 2 de la cabale. L’Acte 1 de cette comédie incomplète ayant été la hausse du prix de l’électricité. Avec tout le compagnonnage qu’il a partagé avec Macky Sall et tout le poids qu’il a su apporter à sa réélection, comment faudrait-il qu’il arrive à afficher sa loyauté à une personne ? Si ces signes ne suffisent, on ne voit pas ce qu’il faudrait afficher d’autres.

L’électricité, c’est bel et bien une science, elle ne saurait point mentir. Makhtar Cissé ne peut pas avoir trompé tout son monde et réussir ce qu’il a réussi.