NETTALI.COM – La 33ème édition de la Coupe d’Afrique des nations aura lieu du 9 janvier au 6 février 2021 au Cameroun, en hiver. Une décision de la CAF qui vient enterrer l’idée de jouer une CAN en été comme ce fut le cas en 2019. Un choix qui viendra avec son lot d’inconvénients et finalement réveiller les vieux démons.

Créée en 1957, la Coupe d’Afrique des nations s’est toujours tenue en hiver. Une option qui a souvent induit des relations tendues entre les joueurs africains et leurs clubs, surtout ceux européens.
Ce n’est qu’en 2019, lors de la 32ème édition, que la CAF a décidé de déplacer la compétition en été (juin-juillet). Une décision applaudie des deux mains car elle sonnait comme une révolution.
L’espoir de jouer une CAN avec quiétude était annoncée et une nouvelle ère s’ouvrait.
Hélas, cette révolution fera long feu. Une seule et unique édition et la Caf rétropédale. De quoi réveiller les vieux démons.

Le successeur de Issa Hayatou, est-il dans le tâtonnement expérimental ou est-il sous les ordres de la FIFA?

L’idée de rejouer la Coupe d’Afrique des nations en hiver a commencé à secouer les férus du football africain depuis que la Gianni Infantino et la FIFA ont décidé de mettre en place la Coupe du monde des clubs à 24 équipes à partir de 2021.

Malheureusement, la rumeur est devenue réalité depuis ce mercredi 15 janvier à Yaoundé.

Alors pourquoi ce volte-face? Le mondial des clubs a-t-il finalement été privilégié à la Caf ?
En tout cas, le déroulement des faits semble conforter la thèse des pessimistes qui craignent  pour les joueurs africains qui vont encore faire face à d’innombrables soucis.

Bonjour les bisbilles avec les clubs européens

Jouer la CAN en été, est une catastrophe“, s’est désolé le coach de Liverpool, Jürgen Klopp. Et force est de constater que le technicien allemand n’a pas tord sur toute la ligne.
Des risques de blessures au manque de rythme en passant par les prises de bec avec les clubs européens, la liste des inconvénients d’une Coupe d’Afrique des nations en hiver est longue comme le bras.

Combien de joueurs ont eu des prises de bec avec leurs clubs car ils voulaient jouer la Can?

Combien de joueurs ont perdu leurs places après leur retour de la Can? Soit ils rentraient avec une blessure soit leurs concurrents ont gravi des échelons en leur absence. Ce qui ne serait jamais arriver si le joueur était en club.

En effet, le joueur qui participe à la compétition continentale loupera au moins quatre matchs, car la CAN se jouera durant un mois sans compter l’avant CAN (une semaine au minimum).

La saison dernière, le trio Mané-Salah-Aubameyang a réalisé un exploit. Ces trois joueurs africains avaient terminé en tête du classement des meilleurs buteurs de la Premier League. Du jamais vu.

Alors si la CAN 2019 s’était jouée en pleine saison, c’est à dire entre janvier et février, est ce que le Sénégalais, l’Egyptien et le Gabonais allaient atteindre la barre des 22 buts?
Évidemment que non. Car ils allaient rater quelques matchs (4 au minimum). Imaginez le nombre de buts que ces goleadors allaient manquer à cette période?

La saison des pluies, un argument très léger

Ainsi pour défendre sa surprenante décision, l’instance faîtière du football africain a brandi la saison des pluies comme alibi.
A en croire les autorités du football africain, il est impossible de jouer une Coupe d’Afrique des nations au Cameroun en cette période. Les fortes pluies dictent leur loi, ajoutent-elles.
Un argument très léger pour la bonne et simple raison que la CAN 2019 était programmée en été et s’est tenue en cette saison avant d’être retirée au Cameroun pour retard sur le délai de la livraison des stades.

Alors pourquoi la thèse de la saison des pluies n’a pas été évoquée au moment du retrait de la compétition?

Lorsque les acteurs du football africain faisaient des pieds et des mains pour déplacer la CAN en été afin d’abréger la souffrance des joueurs, le climat sur le continent en cette période était connu de tous mais n’a jamais était vu comme un frein.

Donc, l’alibi de la CAF est loin de convaincre.

La déception des spécialistes du football africain

C’est une évidence, le choix de retourner en hiver ne laisse pas indifférents certains spécialistes du football africain qui n’ont pas manqué d’exprimer leur déception.

C’est une catastrophe pour les joueurs africains qui se battent pour gagner leurs places en clubs. Les acteurs du football africain sont de vrais marionnettes et ils sont dirigés par la FIFA. C’est vraiment dommage pour le football africain“, a pesté le sélectionneur national adjoint du Mali et consultant de Canal +, Fousseyni Diawara.

Interpellé, le journaliste de l’Équipe, Hervé Penot y voit du tâtonnement.
La CAF expliquait que ce n’est plus possible de jouer la CAN au mois de janvier à cause des soucis pour les joueurs africains vis-à-vis de leurs clubs. Maintenant, elle nous dit que ce n’est plus possible en juin à cause du temps. Avec 24 équipes nationales, cela veut dire qu’on aura une semaine de compétition de plus. C’est inquiétant pour les joueurs et les clubs“, regrette le journaliste spécialiste du football africain.

Freddy Koula, pour sa part, va plus loin. ” La CAN au Cameroun devrait avoir lieu en hiver, plutôt qu’en été. C’est amusant. Il va falloir qu’on nous dise si l’instance panafricaine est officiellement devenue un service ou une sous-commission de la FIFA“, s’interroge le consultant à Rfi.

Compte tenu de toutes ces considérations, l’on se demande quel est l’intérêt d’organiser une Coupe d’Afrique en hiver?
Si ce n’est que pour faire de la place au mondial des clubs, en concluent certains.