NETTALI.COM – Dans une interview accordée au quotidien EnQuête, ce jeudi 9 mai, l’économiste Ndongo Samba Sylla a abordé la question de l’augmentation des salaires des travailleurs sénégalais relativement à la décision du Président Sall de ne pas en accorder, lors de la fête du travail. C’est pour dire que la demande de ceux-ci se justifie. 

La demande d’augmentation des salaires de la part des syndicats se justifie amplement. Depuis quarante ans, la croissance des salaires nominaux, pour la grande majorité des travailleurs, a été inférieure à celle du coût de la vie. Cette dégradation du pouvoir d’achat s’est accélérée avec la dévaluation de 1994. Or, entre 1996 et 2018, le salaire minimum n’a pas évolué. Si le salaire minimum ne bouge pas, alors que le coût de la vie augmente, les travailleurs rémunérés sur la base du salaire minimum voient leur pouvoir d’achat s’éroder. Ceci est un constat. Après, peut-on augmenter les salaires pour les travailleurs du secteur public au bas de l’échelle des rémunérations ? La réponse est : oui, pourvu que l’Etat veuille bien assurer un certain équilibre dans les rémunérations de ses agents et rationaliser ses dépenses. Il existe beaucoup d’agences, d’institutions, de postes improductifs, etc., qui engloutissent beaucoup de ressources publiques. Si on réduit ce gaspillage, il est bien possible d’accéder aux revendications tout à fait normales des syndicats“, a d’emblée déclaré l’économiste.

Et s’il est en phase avec cette demande, il a mis un bémol pour soumettre cette possibilité à certaines conditions : “par contre, si on maintient tous ces postes inutiles, ce sera d’autant plus difficile que le Fonds monétaire international (Fmi) nous apprend que le service de la dette représentait 45 % des revenus de l’Etat hors dons, en 2018. Quand presque la moitié de vos revenus sert à payer la dette, c’est difficile d’augmenter les salaires. L’Etat doit donc rationaliser ses dépenses et voir quelles corrections il faut apporter au niveau de la masse salariale pour assurer une équité dans les rémunérations de ses agents.”