NETTALI.COM – L’offre de dialogue politique post-électorale de Macky Sall, a-t-elle des chances de produire l’effet escompté ?

Pour mémoire, depuis que Me Abdoulaye Wade a quitté le gouvernement de majorité présidentielle élargie en 1997, aucun président de la République du Sénégal n’a réussi à s’entendre avec son opposition sur les aspects essentiels de la démocratie.

Comme à la fin des années 90, le contentieux porte sur le processus électoral. A l’époque Diouf, qui, lors du Conseil des ministres de l’inéluctable divorce reprocha à son ministre d’Etat de ne jamais retenir ce qu’on lui dit, fit d’importantes concessions en nommant un ministre de l’Intérieur sans coloration politique, le général Lamine Cissé en l’occurrence. Malgré cela, ses adversaires avaient monté le Front pour la régularité et la transparence des élections (Frte) pour marquer leur désaccord. C’est avec le coup de fil du président déchu à son successeur le 20 mars 2000, au matin, que l’éclaircie est revenue.

Durant les premières années du régime libéral, le Parti socialiste s’inscrivit dans une logique « d’opposition républicaine » et s’effaça au profit de Me Wade à l’occasion des obsèques du président Léopold Sédar Senghor en 2001. Mais la reconstitution du fichier électoral conduite par Me Ousmane Ngom en direction de la présidentielle de 2007 suscite des tensions croissantes, sur fond de duel au sommet de l’Etat et du Pds. A la fin 2006, Wade, maniant habilement le rameau d’olivier et le fusil de guerre, réussit à casser la dynamique unitaire de l’opposition qui ne parle pas le même langage en répondant à son appel. Ousmane Tanor Dieng et Abdoulaye Bathily  ne voyaient pas l’opportunité de dialoguer avec le pape du Sopi à deux mois de la fin de son mandat, tandis que Amath Dansokho et Moustapha Niasse  avaient donné l’air d’adhérer à une sortie de compromis. La presse de l’époque rapportait que l’alors chef de l’Etat avait proposé au leader de l’Afp le report des élections de 2007 à 2009 et un poste de vice-président. C’est dans cette atmosphère de suspicions légitimes que la Coalition populaire pour l’alternative (Cpa, qui remplaça le Cpc quelques mois plus tôt) vola en éclats. Idrissa Seck se fait hara-kiri en déférant aux « Audiences du midi ».

Au lendemain de la réélection du fondateur du Pds, toutes ces personnalités susnommées boycottent les législatives de juin 2007, en contestant les résultats de la présidentielle. A l’exception de Rewmi de Idy (qui retourna au Pds en janvier 2009), le reste de l’opposition significative (rejointe plus tard par Macky Sall alors débarqué du perchoir du Parlement) se réarme dans le cadre des Assises nationales lancées en 2008. Tout ce beau monde, y compris Idrissa Seck qui a été de nouveau exclu du parti libéral pour s’être entêté à théoriser une « dévolution monarchique du pouvoir », renforcé par la société civile, travaillera avec succès au départ de Wade dans le Mouvement du 23 juin.

 

Rien de changé sous le soleil depuis 2012 ! 

Le mal refait surface sous Macky Sall avec la réactivation de la CREI et l’emprisonnement du maire de Dakar. Le quatrième président de la République du Sénégal est accusé d’avoir  instrumentalisé la justice pour écarter, à la florentine, de sérieux concurrents.  Le vote de la loi sur le parrainage en avril 2018 fait perdre tout espoir de consensus dans la perspective de la présidentielle de 2019. Réélu avec plus de 57% des suffrages, Macky, contesté par ses adversaires, mais porteur d’un projet d’amnistie en faveur de Karim et de Khalifa, appelle au dialogue.

Réussira-t-il là où Diouf et Wade avaient échoué  ou cherche-il tout simplement à conférer à sa réélection la légitimité requise ? On aura constaté que le président Sall a été jusqu’au-boutiste sur le dossier Aly Ngouye Ndiaye et sur bien d’autres questions où pouvoir et opposition étaient à couteaux tirés avant l’élection du 24 février 2019. Pour l’heure, le silence que Idrissa Seck et Ousmane Sonko réservent à son appel au dialogue, prédisposent à croire que le vent de dégel ne souffle que dans un sens. Qu’à défaut de voir le Pds -qui pourrait négocier la libération totale de Karim Wade – la bande à Madické Niang ou encore le Pur répondre favorablement, cette volonté de dialogue risque de déboucher sur un monologue.