NETTALI.COM - Douze ans après la naissance de Pastef-Les Patriotes dans une salle de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, le parti a franchi une étape majeure de son histoire. Réunis ce samedi à Diamniadio à l’occasion du premier congrès ordinaire de la formation, les délégués ont porté à l’unanimité Ousmane Sonko à la présidence officielle du parti. Dans un long discours d’orientation, le leader des Patriotes a revisité le parcours du mouvement, défendu le bilan de l’alternance et défini les fondements idéologiques de la nouvelle phase politique qui s’ouvre.

Ce congrès marque une rupture importante dans l’organisation interne de Pastef. Depuis sa création en janvier 2014, le parti n’avait jamais organisé d’assises ordinaires destinées à désigner formellement sa direction selon ses textes révisés. Mandatée par le Conseil national du 15 mars 2026, la Haute Autorité de Régulation et d’Éthique du parti (HAREP) a conduit un processus d’appel à candidatures ouvert à l’ensemble des militants. À l’issue de la procédure, une seule candidature a été déclarée recevable : celle du fondateur du parti, Ousmane Sonko.

Les 553 sections nationales ainsi que les 36 sections de la diaspora ont organisé des assemblées générales pour désigner leurs délégués. Les procès-verbaux transmis ont consacré une adhésion totale à la candidature de Sonko, malgré la mise à disposition d’un bulletin blanc au nom du respect des principes démocratiques. Cette élection fait ainsi de lui le premier président officiellement élu de l’histoire de Pastef.

Dans son intervention, Ousmane Sonko est longuement revenu sur les années de confrontation politique qui ont marqué l’histoire récente de Pastef : arrestations, procédures judiciaires, exils, répression politique et dissolution administrative du parti. Rendant hommage aux militants, il a salué leur résilience dans les quartiers, les universités et les espaces numériques. Évoquant la réhabilitation du parti après sa dissolution, il a lancé l’une des phrases les plus marquantes de son discours : « On peut dissoudre un parti sur le papier, mais on ne dissout pas une espérance ».

Pour lui, les victoires électorales de 2024 sont l’aboutissement d’un long processus de mobilisation populaire et non le fruit de circonstances favorables. S’inspirant de la pensée de Thomas Sankara, il a estimé qu’entre 2021 et 2024, le peuple sénégalais est devenu « un sujet politique actif » plutôt qu’un simple électorat.

Le président de Pastef a également consacré une large partie de son discours à la défense de l’action menée depuis l’alternance. Reconnaissant les difficultés économiques auxquelles les Sénégalais restent confrontés, il a dénoncé l’héritage budgétaire et financier laissé par les précédents régimes. Il a mis en avant les efforts engagés dans la lutte contre la corruption, la transparence dans la gestion publique, la rationalisation des dépenses de l’État ainsi que la renégociation des contrats miniers, pétroliers et gaziers.

Réaffirmant l’ambition originelle du mouvement, Sonko a rejeté toute logique de simple alternance des élites : « Nous ne nous sommes pas battus pour remplacer des hommes par d’autres hommes tout en laissant le système intact ». Selon lui, l’objectif demeure la transformation profonde des structures de l’État au profit d’un modèle fondé sur la justice sociale, le mérite et le travail.

Le moment le plus politique de son intervention a été consacré aux questions internes. Ousmane Sonko a lancé un avertissement à ceux qui pourraient être tentés par les privilèges du pouvoir ou par des trajectoires personnelles éloignées du projet collectif. Il a dénoncé les risques d’embourgeoisement et de déconnexion des responsables politiques vis-à-vis des populations, rappelant que « notre révolution ne repose pas sur des trajectoires individuelles ». Le leader de Pastef a également salué certains directeurs généraux et responsables administratifs qui, selon lui, sont restés fidèles aux principes du parti malgré les pressions. « Nous n’avons pas le droit de transformer la révolution en carrière », a-t-il déclaré devant les congressistes.

Se projetant vers l’avenir, Ousmane Sonko a développé ce qu’il présente comme la prochaine étape de la stratégie politique de Pastef : la construction d’un « bloc populaire ». Cette alliance sociale devrait, selon lui, réunir la jeunesse, les travailleurs, les paysans, les intellectuels, la diaspora ainsi que les forces spirituelles du pays autour d’un même projet de transformation nationale. Dans cette perspective, il a rappelé que Pastef devait demeurer un « parti de masse » ancré dans les réalités sociales plutôt qu’un parti vivant uniquement à travers les médias ou les réseaux sociaux. Enfin, Ousmane Sonko a replacé son discours dans une réflexion plus large sur la souveraineté nationale et africaine.

« La souveraineté ne se décrète pas, elle s’organise », a-t-il affirmé, plaidant pour un modèle économique articulant indépendance nationale, justice sociale et intégration africaine. Il s’est réclamé de l’héritage intellectuel de Cheikh Anta Diop, Amílcar Cabral, Kwame Nkrumah et Mamadou Dia, estimant que l’Afrique demeure vulnérable tant qu’elle reste fragmentée.

Le congrès s’est achevé sur un appel à la discipline militante, à la formation politique permanente et à la fidélité aux idéaux fondateurs du mouvement. Pour Ousmane Sonko, la conquête du pouvoir n’est qu’une étape ; le véritable défi reste désormais la transformation durable de l’État et de la société sénégalaise.