NETTALI.COM - La formation du gouvernement dirigé par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo ne produit pas seulement des effets politiques. Elle soulève également plusieurs questions institutionnelles, dont celle du devenir parlementaire d’Amadou Bâ, ancien ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, qui ne figure plus dans la nouvelle équipe gouvernementale. Son départ de l’exécutif ouvre en effet une séquence prévue par le Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, qui pourrait le conduire à retrouver son siège de député dans les prochaines semaines.
Le cas d’Amadou Bâ est encadré par l’article 124 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, qui organise les rapports entre les fonctions gouvernementales et le mandat parlementaire. Le texte prévoit qu’un député nommé membre du gouvernement cesse automatiquement de siéger à l’Assemblée nationale pendant toute la durée de ses fonctions ministérielles. Son siège est alors occupé par son suppléant de droit. Toutefois, cette suppléance n’a qu’un caractère provisoire. Le même article précise qu’à la cessation des fonctions gouvernementales, le député concerné peut retrouver son siège. La suppléance prend alors fin au plus tard dans un délai d’un mois, sauf si l’intéressé décide de renoncer expressément et de manière irrévocable à son mandat parlementaire.
Lorsque Amadou Bâ avait été nommé ministre dans le gouvernement Ousmane Sonko II, le 6 septembre 2025, il avait quitté son siège de député conformément aux règles en vigueur. Élu lors des élections législatives du 17 novembre 2024 sur la liste départementale de Thiès, il avait été remplacé à l’Assemblée nationale par son suppléant, Amadou Mbaye Dia. Pendant toute la durée de son passage au gouvernement, ce dernier a exercé le mandat parlementaire en son nom. Aujourd’hui, avec son départ de l’exécutif, la question de sa réintégration est officiellement posée. Concrètement, deux possibilités s’offrent désormais à Amadou Bâ.
Première option : reprendre son siège. S’il décide de faire valoir ses droits parlementaires, le Bureau de l’Assemblée nationale devra constater la fin de la suppléance et organiser son retour à l’hémicycle. Dans ce cas, Amadou Mbaye Dia céderait automatiquement son siège au titulaire du mandat. Cette solution permettrait à l’ancien ministre de retrouver un rôle institutionnel de premier plan au sein de la majorité parlementaire.
Deuxième option : renoncer définitivement. L’autre possibilité consiste à adresser une renonciation écrite et irrévocable à son mandat de député. Dans cette hypothèse, Amadou Mbaye Dia conserverait définitivement son siège jusqu’au terme de la législature. Une telle décision pourrait être motivée par des considérations politiques, stratégiques ou liées à d’éventuelles nouvelles responsabilités au sein du parti ou de l’administration.
Au-delà de son aspect strictement juridique, la décision d’Amadou Bâ revêt une dimension politique importante. Cadre influent de Pastef dans le département de Thiès, ancien mandataire du candidat Bassirou Diomaye Faye lors de l’élection présidentielle de mars 2024 et figure connue de l’appareil politique du parti, il demeure un acteur important du paysage institutionnel. Son retour à l’Assemblée nationale pourrait renforcer davantage le poids politique de la majorité parlementaire autour du président de l’institution, Ousmane Sonko. À l’inverse, une renonciation pourrait être interprétée comme le signe d’un repositionnement politique ou d’une disponibilité pour d’autres missions futures.
Quoi qu’il en soit, le cadre juridique est clair : Amadou Bâ dispose d’un délai maximal d’un mois à compter de la fin de ses fonctions ministérielles pour exercer son choix. Passé ce délai, les dispositions du Règlement intérieur devront être appliquées conformément aux procédures parlementaires.





