NETTALI.COM - L’économiste et banquier d’affaires Seydina Alioune Ndiaye estime que le Sénégal doit désormais envisager une restructuration de sa dette publique pour retrouver des marges de manœuvre budgétaires. Invité du « Grand Jury » de la RFM ce dimanche 31 mai 2026, il a dressé un diagnostic alarmant de la situation financière du pays.

Selon lui, le poids croissant du service de la dette limite fortement la capacité de l’État à financer ses politiques publiques. « Nos ressources sont très limitées. On ne peut pas continuer à prendre 90 à 93 % de certaines ressources pour les affecter au paiement de la dette alors que les urgences sociales se chassent les unes les autres », a-t-il déclaré.

Pour l’économiste, la priorité ne doit pas être uniquement le respect des échéances financières, mais aussi la préservation de la capacité de l’État à investir dans les secteurs sociaux et productifs.

Seydina Alioune Ndiaye estime que les difficultés actuelles traduisent un ralentissement préoccupant de l’activité économique. « Depuis deux ans et demi, le pays est bloqué », a-t-il affirmé, estimant que cette situation est aujourd’hui reconnue par plusieurs observateurs et rapports économiques. Face à ce constat, il juge qu’une restructuration de la dette devient inévitable. « Pour nous, il n’y a pas d’autre voie. Il faut restructurer la dette. Absolument », a-t-il insisté.

Pour étayer son analyse, l’économiste a détaillé les montants que le Sénégal devra rembourser au cours des prochains mois : Juin 2026 : environ 580 milliards FCFA ; Juillet 2026 : environ 633 milliards FCFA ; Août 2026 : environ 318 milliards FCFA ; Septembre 2026 : environ 414 milliards FCFA ; Novembre 2026 : environ 345 milliards FCFA ; Décembre 2026 : environ 69 milliards FCFA.

Au total, les seules échéances de juin et juillet représenteraient près de 1 200 milliards FCFA à décaisser. « Chaque mois, le Sénégal devra payer au minimum 300 milliards FCFA de dette sur les tombées d’échéances », a-t-il souligné. Même s’il plaide pour une restructuration, Seydina Alioune Ndiaye ne présente pas cette option comme un abandon des engagements financiers du pays. Dans la pratique, une restructuration peut prendre plusieurs formes : allongement des maturités, rééchelonnement des remboursements, réduction temporaire de la charge financière et renégociation des conditions de certains emprunts. L’objectif est généralement de restaurer la soutenabilité budgétaire tout en préservant la crédibilité financière de l’État.

Associé du cabinet Fifty Four, Seydina Alioune Ndiaye estime que les autorités devront rapidement arbitrer entre le respect des engagements financiers, le financement de l’économie et les attentes sociales des populations.

Selon lui, le prochain gouvernement héritera d’un chantier particulièrement complexe dans un contexte marqué par la hausse du coût de la dette, les besoins importants d’investissement, les contraintes budgétaires et les attentes croissantes en matière de pouvoir d’achat et de services publics. « Le prochain gouvernement aura du pain sur la planche », a-t-il conclu.