NETTALI.COM - Selon une information révélée par Bloomberg News, les obligations souveraines sénégalaises ont atteint un plancher historique après que Dakar a été signalé en retard de paiement auprès de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique. Un signal de plus d’une situation budgétaire sous haute tension.

Le Sénégal est en arriérés vis-à- vis de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (Badea). L’information, rapportée par l’agence Bloomberg News dans un article publié le 19 mai 2026 sous le titre “Senegal In Arrears With Arab Development Bank as Debt Woes Grow”, a été communiquée à des investisseurs institutionnels, lors d’une réunion tenue la semaine précédente. Elle a immédiatement pesé sur les marchés : les obligations souveraines sénégalaises en dollars ont chuté jusqu’à 1,4 %, touchant un niveau historiquement bas de 55,90 centimes par dollar.

Selon des sources présentes à la réunion et citées par Bloomberg, le montant dû à la Badea est en retard de moins de quatre-vingt-dix jours. Une information que la banque n’a ni confirmée ni démentie publiquement, se contentant d’indiquer qu’elle entretient “un engagement régulier et constructif” avec Dakar et que “toute question technique ou administrative est traitée dans le cadre normal des opérations”.

Dans la foulée, le ministre de l’Économie Abdourahmane Sarr et le ministre des Finances Cheikh Diba ont rencontré vendredi des représentants de la Badea. Aucun communiqué détaillé n’a filtré à l’issue de cette réunion.

Une dette qui explose, des chiffres longtemps dissimulés

Ces arriérés s’inscrivent dans un contexte budgétaire particulièrement dégradé. Le Fonds monétaire international estime que la dette publique sénégalaise atteindra 132 % du PIB en 2026. Des milliards de dollars de dettes non déclarées ont ainsi été découverts, compromettant l’accord que le Sénégal avait conclu avec le FMI et obligeant les deux parties à reprendre les négociations depuis une base assainie.

La situation des arriérés révèle par ailleurs un choix de priorités contestable : d’après Bloomberg, le gouvernement aurait privilégié le remboursement des porteurs d’obligations souveraines au détriment d’autres créanciers, dont la Badea. Une hiérarchie qui peut se comprendre du point de vue de la préservation de l’accès aux marchés financiers, mais qui fragilise la relation avec les bailleurs multilatéraux et régionaux.

À noter que la Banque africaine de développement (BAD) a, elle aussi, récemment suspendu ses décaissements en faveur du Sénégal pour des raisons d’arriérés - un précédent qui éclaire l’ampleur du problème.

L’IGF en audit, le FMI en attente

Pour débloquer un nouveau programme d’appui, le FMI pose ses conditions. L’Inspection Générale des Finances conduit en ce moment un audit destiné à établir “une image claire et complète” de la situation des arriérés publics. Le porte-parole du Fonds a été explicite : “Tout arriéré identifié dans ce cadre devrait être traité dans le contexte des discussions sur un éventuel programme soutenu par le Fonds.

L’approbation d’un nouveau programme reste conditionnelle à la publication d’un cadre macroéconomique révisé, prospectif et crédible, qui servira de base aux évaluations de capacité de remboursement et de besoins de financement. En clair : pas de programme sans vérité des chiffres.

La semaine dernière, le président Bassirou Diomaye Faye et la directrice générale du FMI Kristalina Georgieva ont convenu de poursuivre les discussions, Faye ayant indiqué superviser personnellement les négociations. Un signe de l’importance politique que Dakar accorde à ce dossier - et de la pression qui pèse sur le gouvernement pour sortir de cette impasse dans les meilleurs délais.

Ce que cela révèle

Au-delà des chiffres, cette séquence dit quelque chose d’essentiel sur l’état réel des finances publiques sénégalaises. Les arriérés auprès d’un bailleur régional comme la Badea, combinés à une dette à 132 % du PIB, aux suspensions de décaissements de la BAD, et à des obligations souveraines proches du niveau de détresse, dessinent le portrait d’un État sous contrainte extrême - contraint de choisir chaque semaine qui il paie en premier. L’audit de l’IGF et les négociations avec le FMI constituent aujourd’hui les deux seules issues crédibles. Mais elles supposent une transparence totale que le Sénégal n’a pas toujours su - ou voulu - afficher par le passé.

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