CONTRIBUTION - Le débat sur la dette sénégalaise est utile, mais il mérite d’être mieux posé. Entre ceux qui veulent réduire la situation actuelle à un procès politique du régime précédent et ceux qui y voient uniquement la preuve d’un piège structurel du système financier international, le risque est de perdre de vue l’essentiel : comment sortir concrètement de cette crise sans provoquer une situation économique et sociale encore plus lourde.
Oui, les contraintes extérieures existent. Le coût du financement international s’est fortement durci. Les rapports avec les institutions financières internationales restent asymétriques. Mais la réalité est aussi interne : un rythme d’endettement élevé pendant plusieurs années, des engagements publics insuffisamment consolidés et une économie qui ne génère pas encore assez de richesse pour absorber durablement le poids de la dette.
Le vrai sujet aujourd’hui est celui de la soutenabilité. Car derrière les débats théoriques, il y a une réalité très concrète : refinancer la dette, payer les échéances, maintenir les services publics, préserver les investissements essentiels et éviter un étouffement progressif de l’économie.
Le débat devrait donc pouvoir s’affranchir des positions rigides et des dogmes politico-idéologiques. La priorité est désormais la recherche lucide d’une sortie de crise : restaurer la crédibilité budgétaire, sécuriser des financements plus soutenables, relancer l’investissement productif et redonner de l’oxygène à l’économie.
Les discours sur la rupture totale, le refus de payer ou la reconquête immédiate d’une souveraineté absolue peuvent nourrir une vision politique. Mais ils répondent peu à l’urgence du moment : stabiliser la situation financière et empêcher que le poids de la dette n’étouffe durablement la croissance.
C’est dans ce contexte que la restructuration doit être regardée avec pragmatisme. Ce n’est pas une stratégie de développement, mais un outil de gestion de crise qui peut permettre de rétablir des équilibres devenus trop fragiles.
Une approche crédible consisterait à allonger certaines maturités, réduire les pics de remboursement, obtenir des financements concessionnels plus longs et restaurer progressivement la confiance. Cela suppose un cadre clair avec les partenaires multilatéraux, notamment le FMI, davantage de transparence et une meilleure hiérarchisation des dépenses publiques.
Mais le problème est aussi celui du signal envoyé depuis plusieurs mois. D’un côté, les discussions avec le FMI se poursuivent parce qu’un accord est devenu indispensable pour restaurer la confiance. De l’autre, des discours plus radicaux entretiennent une ambiguïté permanente sur la direction réellement choisie.
Cette façon de souffler le chaud et le froid finit par coûter cher. Pendant que les hésitations politiques s’installent, les investisseurs attendent, les taux restent élevés et les solutions deviennent plus coûteuses.
C’est aussi dans ce contexte qu’il faut analyser la stratégie dite de “gestion active” de la dette. Sur le principe, refinancer avant les échéances et lisser les remboursements est logique. Mais lorsque cette stratégie repose de plus en plus sur des instruments complexes et risqués comme les TRS, la frontière devient mince entre gestion active et restructuration implicite.
Car dans les faits, il s’agit déjà de repousser certaines tensions de remboursement et de gagner du temps, parfois avec moins de lisibilité et davantage d’opacité. Les TRS peuvent éviter un choc immédiat, sans forcément régler les déséquilibres de fond.
Or aucune solution financière ne sera durable sans relance économique.
Le Sénégal doit désormais faire en sorte que ses infrastructures, ses ressources énergétiques, son agriculture, son industrie et son économie numérique produisent davantage de valeur, d’emplois et de recettes internes. La souveraineté économique se construit d’abord dans la capacité d’un pays à produire, exporter et bâtir des avantages compétitifs durables.
L’urgence aujourd’hui est donc d’empêcher le poids de la dette d’étouffer durablement le développement du pays.
C’est pourquoi la solution la plus réaliste me semble être une restructuration négociée, maîtrisée et crédible, pensée comme un instrument de stabilisation permettant de recréer des marges de manoeuvre tout en préservant les impératifs de relance économique et les équilibres sociaux. Le FMI ne fera pas notre développement et n’est pas la panacée. Mais dans le contexte actuel du Sénégal, il reste un partenaire incontournable pour restaurer la confiance et recréer des marges de manoeuvre.
Les postures souverainistes de façade ne suffisent plus. Le pays a besoin maintenant de pragmatisme, de cohérence et de résultats. Nos populations ont besoin de voir le bout du tunnel, pas de vivre d’espérances théoriques.
PAR SOULEY WADE






