NETTALI.COM - Reçue le jeudi 30 avril dernier par les représentants du khalife général des Tidianes, Serigne Babacar Sy Mansour, l'ambassadrice du Royaume-Uni au Sénégal et en Guinée, Carine Robarts, a placé sa première immersion dans la cité religieuse sous le double signe du dialogue spirituel et de la transition énergétique. Une diplomatie de proximité, ancrée dans le terrain, qui prolonge la stratégie britannique d'approfondissement du partenariat avec Dakar.

La scène, captée et relayée sur les réseaux sociaux par l'ambassade britannique, n'a rien d'anodin. À Tivaouane, villesanctuaire de la Tidianiya sénégalaise, l'arrivée d'une ambassadrice occidentale tient toujours du geste politique autant que protocolaire. Carine Robarts, en poste depuis l'automne 2025, en a parfaitement saisi la portée. Accompagnée de plusieurs membres de son équipe, elle s'est rendue auprès des dignitaires de la famille de Maodo Malick Sy, où l'accueil, qualifié de chaleureux par la représentation diplomatique, a permis d'évoquer la profondeur des valeurs tidianes et l'hospitalité légendaire de la cité. Au-delà des images de la délégation foulant le marbre de la grande mosquée, c'est la grammaire de cette visite qui mérite d'être lue. La diplomate britannique a tenu à articuler son déplacement autour de trois registres : le religieux, l'économique et le politique. Une triangulation devenue la signature de sa méthode depuis sa prise de fonctions.

Premier temps fort : la centrale solaire de l'Association Jama'atou Nour Assouniya (AJANA), pilotée par Mouhamadou Makhtar Cissé (en bleu sur la photo d'illustration), ancien ministre et figure connue de l'administration sénégalaise. L'infrastructure, qui alimente en électricité la grande mosquée et plusieurs édifices religieux de la cité, illustre une convergence devenue stratégique entre confréries et énergies renouvelables. Pour Londres, qui pousse depuis plusieurs mois ses outils — Manufacturing Africa au premier rang — pour rendre bancables les projets sénégalais, il s'agit d'un terrain de coopération idéal : visible, vertueux et politiquement porteur.

Deuxième temps : la grande mosquée elle-même, et la rencontre avec la hiérarchie tidiane. La symbolique est lourde. En allant à la rencontre des héritiers spirituels de Seydi El Hadj Malick Sy, l'ambassadrice s'inscrit dans une tradition diplomatique bien établie au Sénégal, où aucun partenariat sérieux ne saurait s'affranchir des relais confrériques. Les échanges, selon les sources religieuses, ont porté sur la paix, l'éducation et le vivre-ensemble — autant de thèmes qui résonnent avec l'agenda diplomatique britannique post-Brexit, soucieux de réinvestir l'Afrique de l'Ouest par d'autres canaux que ceux, classiques, de la finance et du commerce.

Troisième temps, plus discret : les conversations en coulisses avec plusieurs autorités de la cité, parmi lesquelles Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Dabakh, Mame Alpha Sy Dabakh, Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Amine et le professeur Pape Matar Kébé. Une cartographie soigneusement composée, qui dit la maîtrise du dossier sénégalais par les équipes britanniques.

Cette séquence tivaouanoise n'est pas isolée. Elle s'inscrit dans une offensive douce mais méthodique de Londres au Sénégal. Quelques jours plus tôt, dans un entretien accordé à L'Observateur, Carine Robarts saluait les efforts du gouvernement sénégalais pour améliorer le climat des affaires, citant la révision attendue du code des investissements, du code général des impôts et du code des douanes. Plus tôt encore, en mars, elle évoquait sur Financial Afrik les leviers de l'Accord de partenariat économique Royaume-Uni–Afrique de l'Ouest, hérité du dispositif européen, et le déploiement de la nouvelle Chambre de commerce sénégalo-britannique.

Le message envoyé depuis Tivaouane prolonge cette ligne. Dans un contexte où la diplomatie sénégalaise traverse une phase de recomposition — entre la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations unies, les tensions avec certains partenaires multilatéraux et la suspension du programme avec le Fonds monétaire international —, la présence appuyée d'une ambassadrice britannique dans la capitale spirituelle des Tidianes prend une coloration particulière. Elle rappelle que, derrière les soubresauts conjoncturels, certains partenaires misent sur la longue durée et sur les forces vives, religieuses et économiques, qui structurent réellement le pays.

Pour Tivaouane, qui n'est pas en reste dans la diplomatie confrérique, l'épisode confirme une évidence : la cité de Maodo demeure un passage obligé pour qui veut comprendre — et accompagner — les mutations du Sénégal. Pour Londres, c'est une carte de plus dans un jeu patient. Pour Dakar, enfin, un signal à interpréter.