NETTALI.COM - Le Chef de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a jugé “possible”, jeudi, que d’autres cas d’hantavirus soient signalés en lien avec le foyer qui s’est déclaré sur un navire de croisière dans l'océan Atlantique. L’organisation travaille à rompre la chaîne de transmission du virus.

L’ OMS indique avoir pris connaissance de signalements concernant d’autres personnes présentant des symptômes et qui auraient pu être en contact avec des passagers infectés. “Compte tenu de la période d’incubation du virus des Andes, qui peut atteindre six semaines, il est possible que davantage de cas soient signalés”, a déclaré le Directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors de sa première conférence de presse depuis que l’agence onusienne a annoncé dimanche cette flambée d’hantavirus qui a tué trois personnes.

Cinq cas d’hantavirus ont été confirmés parmi les cas suspects signalés après l’apparition d’un foyer à bord du bateau de croisière MV Hondius dans l’Atlantique, souligne le chef de l’OMS. “À ce jour, huit cas ont été signalés, dont trois décès. Cinq de ces huit cas ont été confirmés comme étant dus au hantavirus, tandis que les trois autres sont considérés comme suspects”, précise le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Face aux inquiétudes suscitées par ces infections, l’OMS souligne que le risque pour la santé publique reste “faible”, malgré un incident qualifié de “grave”. En attendant, les priorités sont désormais de garantir la prise en charge des patients infectés, d’assurer la sécurité des passagers toujours à bord du navire “dans le respect de leur dignité”, et de prévenir toute propagation supplémentaire du virus.

Ce n’est pas la Covid, ce n’est pas la grippe, la transmission se fait de manière très différente

Les hantavirus constituent un groupe de virus véhiculés par des rongeurs qui peuvent provoquer des maladies graves chez l’être humain. L’infection se produit généralement par contact avec des rongeurs infectés ou avec leur urine, leurs excréments ou leur salive. La souche en cause dans ce cas est celle des Andes, présente en Amérique du Sud et qui est la seule souche connue capable d’une transmission limitée entre humains.

Lors des précédentes épidémies du virus des Andes, la transmission interhumaine a été associée à des contacts étroits et prolongés, en particulier entre les membres d’un même foyer, des partenaires intimes et le personnel soignant. Cela semble être le cas dans la situation actuelle”, renseigne le Dr Tedros.

Interrogée sur d’éventuelles similitudes entre cette flambée épidémique et les premiers jours de la pandémie de Covid-19, l’OMS s’est voulue rassurante. “Ce n’est pas la Covid, ce n’est pas la grippe, la transmission se fait de manière très différente”, explique Maria Van Kerkhove, Directrice par intérim chargée de la prévention et de la préparation aux épidémies et pandémies à l’OMS.

Selon elle, la situation n'est pas la même qu’il y a six ans. “Je tiens à être très claire sur ce point. Il ne s’agit pas du SARS-CoV-2. Ce n’est pas le début d’une pandémie de Covid. Il s’agit d’une flambée épidémique qui se produit sur un navire”, souligne-t-elle.

Maria Van Kerkhove explique que le virus ne se propage pas de la même manière que les coronavirus, mais plutôt par contact étroit et intime. De son côté, le Directeur des opérations d’alerte et des urgences sanitaires compare la situation actuelle à une épidémie survenue en Argentine entre 2018 et 2019, lorsqu’une personne symptomatique ayant participé à un rassemblement avait contaminé plusieurs individus dans un espace confiné. Il a toutefois rappelé que cette flambée n’avait entraîné que 34 cas.

Selon Abdi Rahman Mahamud, l’application stricte des mesures de santé publique - recherche des contacts, isolement des personnes exposées et coopération entre États - peut permettre de rompre la chaîne de transmission. “Nous pensons que cette flambée restera limitée si les mesures de santé publique sont appliquées et si tous les pays font preuve de solidarité”, dit-il.

Au siège de l’OMS à Genève, les enquêtes sur le déroulement de l’épidémie sont toujours en cours. Les premiers éléments montrent que les deux premiers cas du hantavirus “ont voyagé en Argentine, au Chili et en Uruguay dans le cadre d’un voyage d’observation des oiseaux qui comprenait des visites dans des lieux où vivaient des espèces de rats connues pour être porteuses du virus”.

L’OMS collabore avec les autorités argentines pour retracer les déplacements du couple. Le Dr Tedros précise également avoir été en contact avec le capitaine du paquebot, qui indique que le moral des passagers s’est “considérablement” amélioré depuis que le navire a repris la mer.

Des kits de dépistage offerts

Parallèlement, l’OMS a aussi annoncé avoir “informé” les 12 pays des 29 passagers de la croisière frappée par le foyer d’hantavirus qui ont débarqué lors d’une escale le 24 avril sur l’île britannique de Sainte-Hélène. Ces 12 pays sont le Canada, le Danemark, l’Allemagne, les Pays- Bas, la Nouvelle-Zélande, Saint- Kitts-et-Nevis, Singapour, la Suède, la Suisse, la Turquie, le Royaume- Uni et les États-Unis.

En outre, l’OMS informe que l’Argentine envoie des kits pour dépister l’hantavirus. “Nous avons (...) organisé l’envoi de 2 500 kits de diagnostic depuis l’Argentine vers les laboratoires de cinq pays”, déclare le Dr Tedros.

Plus globalement, l’agence onusienne entend continuer à travailler avec tous les gouvernements et partenaires concernés “pour prodiguer des soins aux personnes touchées, protéger la sécurité et la dignité des passagers, et empêcher la propagation du virus”.