NETTALI.COM - Lors de la conférence de la coalition Diomaye-Président, l’avocat marque sa différence sur la méthode, tout en soutenant le principe des réformes.
La conférence de presse de la coalition Diomaye-Président a révélé des nuances au sein même du camp présidentiel. Prenant la parole après Aminata Touré, Me Abdoulaye Tine a exprimé des réserves sur la méthode adoptée pour la modification des articles L.29 et L.30 du Code électoral.
S’il dit adhérer au fond des réformes, notamment la volonté de mettre fin à l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques, l’avocat conteste en revanche le recours à une procédure d’urgence.
Me Tine ne remet pas en cause l’objectif des réformes. Pour lui, les changements proposés s’inscrivent dans une logique nécessaire de correction des dérives passées.
Mais il estime que la méthode choisie rompt avec l’esprit de consensus qui avait guidé les précédents cadres de concertation. « Le problème n’est pas le contenu, mais la démarche », résume en substance sa position.
Pour appuyer sa prise de position, l’avocat a rappelé son engagement politique et juridique dans les luttes démocratiques récentes.
Ancien membre du mouvement M23, il souligne avoir combattu aux côtés de plusieurs figures de l’opposition, dont Aminata Touré, à une période marquée par des tensions politiques fortes.
Il rappelle également avoir saisi la Cour de justice de la CEDEAO contre la loi sur le parrainage en 2018-2019, notamment sur la question de l’urgence législative.
C’est précisément sur ce point que Me Tine concentre ses critiques. Le gouvernement invoque l’urgence pour accélérer l’adoption des modifications du Code électoral.
Or, selon lui, cette justification ne tient pas juridiquement.
La prochaine élection présidentielle étant prévue en 2027, il estime qu’aucune contrainte de calendrier ne justifie de déroger aux procédures classiques de concertation.
Pour l’avocat, l’usage de l’urgence apparaît donc comme discutable, voire infondé, au regard des standards juridiques.
Autre point de friction : l’absence, selon lui, d’une implication suffisante de l’opposition et de la société civile.
Me Tine rappelle que les réformes du système électoral figuraient déjà dans les recommandations issues des Assises de la justice (2024) et du Dialogue national sur le système politique (2025). « La voie était tracée », affirme-t-il.
Dès lors, il s’interroge sur les raisons ayant conduit à s’écarter de cette dynamique consensuelle au moment de la traduction législative.
Cette prise de position met en lumière une réalité politique : même au sein de la coalition au pouvoir, l’unanimité n’est pas totale sur la conduite des réformes.
Entre volonté d’aller vite et exigence de consensus, une ligne de fracture apparaît.
Au-delà de la controverse juridique, le débat porte sur une question centrale : comment réformer sans fragiliser la confiance politique ?
Pour Me Tine, le risque est clair : substituer une logique unilatérale à un processus collectif pourrait affaiblir la légitimité des réformes, pourtant largement partagées sur le fond.






