NETTALI.COM - La coalition Diomaye Président prévoit une Assemblée générale ce samedi 7 mars. Un acte qui fait dire à beaucoup d'observateurs que la dualité au sommet s'accentue entre le président de la république et son premier ministre, le président de Pastef.
La semaine dernière, le président de la République avait convié des députés de Pastef pour la rupture du jeûne au palais de la république, et une dizaine d'entre eux avait décliné l'invitation. Mais avant les députés, ce sont les coordonnateurs départementaux du parti Pastef qui avaient été invités au palais. Et ce samedi 7 mars, c'est la coalition Diomaye Président qui prévoit une Assemblée générale. De quoi se dire que le fossé se creuse davantage entre le président de la république et son premier ministre et non moins président de Pastef.
“Diomaye valide physiquement sa coalition qu'une fissure de plus en plus profonde se creuse entre Diomaye Président et Pastef” C’est la conviction profonde de l’analyste politique et maître de conférences à l'Université Cheikh Anta Diop, Dr Demba Guèye. “Les choses deviennent plus claires. Il y a deux pôles opposés au sommet du pouvoir. La dualité est actée dans la mesure où Sonko s'oppose catégoriquement à cette coalition”, déclare-t-il, estimant que Diomaye crée une coalition contre la volonté de Pastef. Selon M. Gueye, la conséquence logique doit être la rupture définitive entre les deux camps.
“Si ce n'est pas le cas, c'est parce que Pastef est confronté à un dilemme cornélien : les jouissances du pouvoir et l'obligation d'appliquer le règlement intérieur du parti”, soutient-il, rappelant que ce règlement interdit à tout militant de créer une activité fractionniste.
Deux listes en vue pour les Locales
Pour sa part, l’analyste politique Assane Samb considère que la rencontre d’aujourd’hui s'inscrit dans la logique d’une coalition : organiser une assemblée générale et voir son président participer aux travaux ou à la critique. À ses yeux, ce qui est important à relever, c'est le fait que le président de la coalition, Diomaye Faye, revendique également son appartenance à Pastef, qui en réalité avait créé une autre coalition.
Pour lui, Diomaye Faye veut avoir une position de force grâce à sa coalition. “Avec le chevauchement des deux coalitions, et le fait que Diomaye semble à cheval entre les deux, cela crée des interrogations. Ce qui est clair, c'est que Diomaye veut asseoir son ancrage au sein de Diomaye Président”, dit-il. Il ne veut pas flancher ; il veut faire de cette coalition une sorte d'accoudoir politique pour justement créer une force alternative. “Si jamais Pastef se rebelle contre lui, comme il est en train de le faire de façon officieuse”, ajoute le politologue.
À l’en croire, Diomaye Faye ne lâche rien du tout. Pour lui, la coalition du président va s'organiser, dans la perspective de la bataille électorale pour les Locales. À ce niveau-là, il estime qu'il y aura une liste pour Diomaye Président, et certainement, une liste propre pour Ousmane Sonko. Ainsi, la cohabitation va davantage s'accentuer à l'approche des élections.
“Diomaye Faye est soucieux de la massification de la coalition”
Par rapport à la participation du chef de l’État à la clôture des travaux de l’AG de Diomaye Président, il trouve que Diomaye entend seulement jouer son rôle de chef de coalition. “C'est pour remercier les membres de la coalition, montrer effectivement sa satisfaction, et le fait qu'il faut pousser ses efforts politiques, et bien sûr qu'il est à leurs côtés. C'est ça. Il ne faut pas s'attendre à ce qu'il y ait des messages contre Pastef. Je pense que le président doit faire preuve de mesure…”, dit Assane Samb.
Il relève que “Diomaye Faye est soucieux de la massification de la coalition, de son ancrage”, mais aussi de l'organisation de son fonctionnement adéquat pour une participation optimale aux élections. Pour lui, la lecture politique globale est claire : nous sommes en pleine cohabitation politique entre Ousmane Sonko et le président Diomaye Faye.
La dualité, symbole de divergence, est assumée par les différents protagonistes, d’après le politologue. Au coeur de cette rupture ou divergence, personne n'ose prendre ses responsabilités. “Sonko n'ose pas chasser Diomaye du parti, au risque de frustrer ou de créer des différends graves. Parce que Diomaye pourrait réagir autrement aussi, en utilisant les leviers de l'État. Mais Diomaye n'ose pas chasser Sonko du pouvoir, de la Primature, au risque aussi de fâcher les députés ou d'autres entités de ce genre, de les braquer contre sa gouvernance”, explique Assane Samb.
La guerre froide
Il décrit ainsi une sorte de guerre froide. Une situation politique presque inédite au Sénégal, dans laquelle il est difficile de travailler. Cette dualité politique pourrait encore s'accentuer sur le plan institutionnel et ainsi empêcher le bon déroulement du travail économique. Selon Assane Samb, un jour viendra où chacun prendra ses responsabilités.
Il rappelle que Sonko a eu à dire que ceux qui feront des listes parallèles seront auto-exclus de Pastef. Et si Diomaye n'a encore rien dit par rapport à la Primature, les réformes annoncées ça et là et la déclaration de Sonko disant qu'il est le Premier ministre qui a eu le moins de pouvoir au Sénégal en disent beaucoup.
“Ça montre que les incidents sont au plus haut niveau, et que chaque leader essaie, au maximum possible, de ruser pour peut-être tirer la couverture davantage de son côté”, analyse Assane Samb, qui trouve cela dommage. “Ça va les affaiblir, parce que les Sénégalais n'aiment pas du tout cette façon de procéder, qui consiste à leur vendre un ticket, un duo, et après, pour dire que non, on s'est trompés”, soutient le politologue, dénonçant cette tergiversation.
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