NETTALI.COM - On peut tout reprocher à Ousmane Sonko sauf d’avoir tenu sa promesse de répondre périodiquement aux questions des députés, dans le cadre des questions d'actualités au gouvernement. Mais en vérité, c’est tout bénef pour lui. Cet exercice qu'il adore tant, est non seulement un grand moment de communication pour le tribun qu'il est, mais il lui offre en plus l’occasion de s’expliquer à sa manière, mais aussi de régler, au passage, quelques comptes. 

Du point de vue du comportement des députés de la majorité par contre, rien de nouveau sous le soleil. Les questions d’actualités au gouvernement se suivent et se ressemblent. Comme cela a été si souvent le cas sous tous les régimes : les mêmes connivences, les mêmes applaudissements et les mêmes propos dithyrambiques !

Comment dans un lieu où la solennité devait être de mise, surtout dans un contexte de mort d’un étudiant, de morosité économique, avec autant d’équations à résoudre sur le plan social, un député peut-il choisir de chanter les louanges du chef du gouvernement, comme pour dire que les signaux sont au vert ? Le pire est que cet hymne à la gloire de Sonko a eu lieu sous un tonnerre d'applaudissements des députés.

Sacrée rupture dans l’hémicycle où l’on aurait aimé voir les députés demander de vrais comptes au Premier ministre quant à la conduite des affaires publiques par le gouvernement !

Mais pour qui connaît Ousmane Sonko, tout est toujours de la faute de l’ancien régime, de ses ministres, de magistrats du système, de journalistes corrompus, de membres de la société civile, etc, Mais en fait jamais de la sienne. Et 2 ans après, ce discours semble ne plus tenir la route !

Avec notre cher Premier ministre, on n’est à la vérité jamais au bout de ses surprises. Tenez-vous qu’il s’est cette fois-ci présenté en gardien de la révolution, contre un système rétrograde et des comploteurs au sommet de la République. Et pour limiter ses responsabilités dans les échecs de cette dite révolution, il ajoute : "… Je le suis dans la limite des moyens et pouvoirs qui sont les miens, mais je le suis avec vous, les millions de Sénégalais d'ici et de la diaspora, qui n'ont pas oublié pourquoi tant de sacrifices, qui n'attendent de nous rien que la vérité, la droiture, l'éradication des tares d'un système honni et le don de soi pour la patrie."

Difficile en effet de comprendre de quelle révolution il parle ? De cette lutte contre l’ancien régime qui a mené à l’alternance ? L’histoire politique du Sénégal nous a suffisamment prouvé que, de Mamadou Dia en passant par Abdoulaye Wade, Macky Sall, Khalifa Sall, Karim Wade et le PM lui-même, tous les opposants ont eu leur dose de galères et de persécutions. Nous étions jeunes, quand Me Abdoulaye Wade, alors leader tout puissant de l’opposition sénégalaise, mobilisait les jeunes dans la rue pour instaurer des bras de fer continus et stressants au président Abdou Diouf. Et sa lutte acharnée contre le régime d’alors, associée aux vertus de la discussion, avaient rendu possible les différents gouvernements d’union que le Sénégal a connus dans les années 90 jusqu'à son arrivée au pouvoir, après plus années de lutte.

La vraie révolution d’après le chroniqueur Ibou Fall, se trouve plutôt selon lui, dans le vote des Sénégalais et le profil du président de la république pour qui ils ont voté, dès le 1er tour.

Révolution ou rupture systémique, peu importe le terme utilisé, les mêmes pratiques demeurent. Et pour peu qu’on soit raisonnable, l’on se rendra à l’évidence qu’opérer une rupture voire changer un système, requiert du temps, de l’engagement et de l’exemplarité. Le président Diomaye et le PM Sonko, ne sont-ils pas eux-mêmes des produits du système ?

Sur le reddition des comptes qui est censée décourager et réduire la corruption ou le détournement des deniers publics, les résultats sont encore loin d’être au rendez-vous. Le premier ministre a ainsi averti qu’il ne demanderait plus de sacrifices aux Sénégalais si la justice ne faisait pas son travail pour amener les personnes impliquées à répondre de leurs actes. Il a également affirmé " ne pas nourrir beaucoup d’espoir » dans le contexte actuel, estimant que « tout est fait pour libérer ceux qui sont impliqués ".

Mais à la vérité, Ousmane Sonko aura beau mettre en cause une certaine caste de magistrats, déplorer le manque de célérité de la justice, l’on note bien qu’il est difficile de condamner des personnes poursuivies, sans preuve.

Et le premier ministre assuma…

Le PM est adulé dans les rangs du Pastef et se comporte comme un véritable gourou, usant du « je » qu’il manipule à outrance. Même ses inconditionnels qui se plaisent à le défendre, finissent par en faire les frais. Comme ceux-là qui s’empressaient de le dédouaner, Ousmane Sonko corrige et assume : “C’est moi qui ai donné l’ordre, même si les instructions que j’ai données n’ont pas été respectées à 100%.” L’on parle évidemment de la crise universitaire suivie de la mort d’un étudiant ainsi que de blessés.

Pour expliquer la décision initiale d’intervenir, le chef du gouvernement a révélé que des "rapports de renseignement alarmants" faisaient état d’un projet de "sabotage d’envergure" par un groupe d’individus, incluant l’incendie de la bibliothèque et le pillage des restaurants. C’est ce "péril imminent" qui aurait, selon lui, rendu l’intervention inévitable.

Face à cette menace sur des infrastructures stratégiques et symboliques de l'université, sa décision a été immédiate : " j’ai appelé le ministre de l'Intérieur pour demander de prendre ses responsabilités."

Lors de son intervention, Ousmane Sonko, tel El Malick Ndiaye président de l’Assemblée nationale dans l’affaire des véhicules des députés, a assumé pleinement ce choix et sans aucune ambiguïté. "si c'était à refaire, nous allions le refaire", a-t-il déclaré.

Tout en justifiant la nécessité d’intervenir, le Premier ministre n’a pas épargné les Forces de Défense et de Sécurité (FDS), dont il a sévèrement critiqué la conduite des opérations. Ousmane Sonko a publiquement fait état de "manquements manifestes", citant notamment une "latence opérationnelle" parce que, selon lui, "les forces de l’ordre sont intervenues tardivement, après qu’un premier restaurant universitaire ait déjà été mis à sac". Il a aussi pointé du doigt un usage excessif de la force.

Une déclaration du Premier ministre qui soulève toutefois un autre débat sur les limites des prérogatives des autorités politiques en matière de maintien de l’ordre. Et le quotidien « EnQuête » de se poser la question de savoir si le ministre de l’Intérieur ou le Premier ministre ou même le président de la République sont suffisamment outillés pour prendre le lead de telles opérations ? Une question selon le journal qui s’était posée avec acuité sous le magistère de Félix Antoine Diome.

Dans ses précédentes éditions, des spécialistes insistaient sur le fait que le maintien de l’ordre doit être laissé aux spécialistes. Ceux-ci revenaient sur la gravité de déployer des forces de sécurité dans un pavillon. “Cela requiert des dispositions particulières, des techniques particulières, avec des procédures spécifiques”, relevait un spécialiste. “Quelle que soit la situation, on n’envahit pas un lieu fermé comme ça, avec des équipements de maintien de l'ordre comme dans une opération classique. Il y a des préalables pour mener ce genre d’intervention. Que faire pour évacuer les lieux ? On doit aussi faire des sommations pour demander de quitter les lieux…” Malheureusement, regrettaient les experts, ceux qui donnent ce genre d’ordre, ne connaissent absolument rien au maintien de l’ordre. À la question de savoir pourquoi les éléments doivent suivre aveuglément les ordres des politiciens, nos interlocuteurs précisent : “En fait, ce ne sont pas des ordres manifestement illégaux. Le commandant ne peut donc pas s’y opposer, mais il doit avertir de tous les risques. Cela a sûrement été fait.

Alors que de nombreux experts s’interrogent sur la responsabilité du donneur d’ordre en ce qui concerne la mort de l’étudiant, le gouvernement lui dirige pour le moment les sanctions disciplinaires contre les officiers et agent de police. Il avait annoncé la sanction du commandant de la compagnie d’intervention à haut risque, celui du groupement opérationnel de Dakar, le commandant de la 4e compagnie du groupement opérationnel de Thiès, ainsi qu’un lieutenant de police.

Dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre, Cheikh Oumar Sy et Théodore Monteil, deux anciens parlementaires n’ont d’ailleurs pas manquer de lui faire des reproches en ces termes "Vous avez publiquement assumé être à l’origine de la décision ayant conduit à l’assaut de l’espace universitaire, une intervention qui a débouché sur des violences graves et le décès tragique de l’étudiant Abdoulaye Ba. Les arguments invoqués pour justifier cet assaut, apparaissent légers tant que les preuves ne sont pas mises à la disposition du public. Pour preuve, votre ministre de l’Intérieur, Bamba Cissé, lors de la fameuse conférence de presse du gouvernement, avait brandi des éléments présentés comme des preuves qui se sont révélés erronés, comme l’ont démontré plusieurs sources. Cette situation a profondément fragilisé la crédibilité de la communication officielle et renforcé le doute au sein de l’opinion. Et même si l’hypothèse selon laquelle certains étudiants envisageaient de brûler la Bibliothèque universitaire ou les restaurants était avérée, la décision la plus responsable aurait dû être d’abord de sécuriser les sites concernés, d’encadrer les étudiants et d’interpeller de manière ciblée les présumés coupables. Une intervention généralisée ayant conduit à autant de violence ne saurait constituer une réponse proportionnée à une menace potentielle."

Toujours est-il que dans ce dossier lié à la crise universitaire et qui a pour origine la question des bourses, le Gouvernement a réaffirmé ne rien devoir aux étudiants régulièrement inscrits. La vérité est qu’il aurait hérité d’une situation découlant de l’ancien régime. Selon le ministre de l’Enseignement supérieur, le gouvernement qui payait des sommes indues, a entraîné des dépassements budgétaires de l’ordre de 35 milliards en 2025, avec un budget qui est passé de 70 à 105 milliards de francs CFA. L’autre équation, selon lui, jusque-là, les étudiants qui passaient en classe supérieure, se retrouvent avec des bourses entières. Avec les réformes en cours, il faudrait valider toutes les unités pour avoir droit à la bourse entière. Autrement, il faut se contenter d'une demi bourse.

Au même moment, face aux tensions récurrentes sur le campus social, le chef du gouvernement a annoncé avoir sollicité une étude auprès du ministre de l’Intérieur relative à l'installation d'un commissariat au sein même de l'espace de vie des étudiants, précisant que l'objectif est de mieux encadrer la sécurité dans ce lieu qui regroupe des milliers de personnes.

Un projet toutefois critiqué par les deux anciens parlementaires qui considèrent l’orientation l’idée d’installer des postes de police permanents au sein des universités constitue comme une orientation dangereuse qui installe une logique de surveillance permanente incompatible avec l’esprit académique.

Entre protection de statuts sérologiques et nature de l'infraction…

Sur le sujet lié à la transmission volontaire du VIH par de présumés homosexuels, le Premier ministre a dénoncé la divulgation des résultats des tests sérologiques des personnes récemment interpellées pour homosexualité présumée et transmission volontaire du sida. Rappelant que les personnes dont les données médicales ont été exposées, ont des familles et ont des enfants, le Premier ministre a souligné les conséquences sociales dramatiques de ces fuites. "À cause de la publication de leur statut sérologique, leurs enfants n’osent plus aller à l’école, alors qu'ils ne sont en rien responsables ", a-t-il déclaré comme pour illustrer le caractère dramatique de ces révélations.

Dans l’absolu, tout le monde peut s’accorder sur l’impérieuse nécessité de la protection du secret médical quel qu'il soit. Mais dans ce cas-ci, il est plutôt question d’une enquête débutée en France et dont les ramifications mènent jusqu’au Sénégal, dans le cadre d’une coopération judiciaire ; il y a eu aussi une dénonciation anonyme contre des personnes transmettant volontairement le virus et qui a abouti à ces arrestations.

Mais en vérité, la nature même de l’infraction (c’est la transmission volontaire du Vih qui est réprimée) est telle qu’elle fait appel à des tests de sérologie de la personne arrêtée pour voir si l’élément central de cette infraction est présent. C'est de cela dont il est plutôt question.

Au-delà, le fait qu’Ousmane Sonko, sur la question des peines liées aux actes contre-nature, cherche à accabler les tenants de l’ancien régime qui, selon lui, n’avaient rien fait pour durcir les sanctions, n’est en réalité qu’une manière de créer une diversion quant à la promesse électorale de criminalisation qu'il ne tient pas.

Il a d’ailleurs estimé que les tenants du régime précédent n’ont rien à dire, arguant qu’ils "veulent juste l’utiliser pour aller en parler devant leurs maîtres occidentaux,…”. La question est dès lors de savoir depuis quand Ousmane Sonko s’embarrasse-t-il de l’opinion des occidentaux pour le souverainiste qu’il est ? La vraie question réside dans le fait qu’il avait promis de criminaliser les actes contre nature une fois au pouvoir. Un revirement que beaucoup ne comprennent pas et qui lui valent de sévères critiques dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Entre impuissance et usage de la carte diplomatique

Sur le sujet des 18 supporters finalement emprisonnés à des peines fermes de 3, 6 et 12 mois de prison, au Maroc, la déception du PM peut bien se comprendre. "Malheureusement, c’est comme si ça dépasse le cadre du sport…. Au vu des relations qui unissent les deux pays, on n’aurait pas dû en arriver à ce stade. Le sport et la passion vont de pair. Lors des jeux olympiques, leurs supporters avaient envahi un stade en France, entrainant un arrêt du match pendant deux heures de temps. Le match sera repris à huis clos. Et je n’ai pas vu de condamnation à six mois ou un an ", rappelle le Premier ministre.

Le traitement réservé aux citoyens sénégalais, selon lui, ne répond pas aux principes de l’amitié que les deux pays ont toujours entretenu. Impuissant face à cette situation, il semble privilégier la voie diplomatique pour le traitement du dossier. "S’ils font une grâce, c’est tant mieux. S’ils ne la font pas, il y a des accords qui nous lient, qui prescrivent que si une personne de l’un des deux pays est condamnée dans un pays, il peut aller purger dans son pays. Nous allons oeuvrer dans ce sens."

Une carte diplomatique qui aurait pu peser sur la balance, au moment où il signait les 17 nouveaux projets, lors de sa visite au Maroc, au regard des intérêts marocains bien plus importants dans nos rapports économiques et commerciaux. L’on se rappelle de ses déclarations diplomatiques, expliquant que son voyage “n'est pas un voyage d'apaisement", mais plutôt "un voyage de confirmation, de dépassement et de refondation du lien à la hauteur de deux nations qui se respectent". Il avait même fait savoir que les travaux "doivent sceller un avenir commun, réaffirmer que l'amitié sénégalo-marocaine est plus forte que les émotions”. Et auparavant, Ousmane Sonko avait tenu à faire noter que “les dérapages observés ne doivent être ni niés ni dramatisés. Ils doivent être requalifiés comme des excès émotionnels produits par la ferveur et non comme des facteurs politiques ou culturelles

Cette expérience de l’emprisonnement de nos supporters, doit nous inciter à davantage reconsidérer notre stratégie diplomatique qui est bien loin de l’époque de son rayonnement sur la scène internationale. Le passage de Yassine Fall, n’a pas permis de bien la positionner dans l’échiquier international. Et Cheikh Niang depuis l'hémicycle, avaient voulu rassurer tout le monde, voulant faire croire que la défense de ces compatriotes était du solide.

Aujourd'hui, on se rend bien compte que c'est loin d'être le cas. Le chroniqueur Ibou Fall n’est d'ailleurs pas loin de dire que notre diplomatie manque d’envergure, estimant que s’il était question de supporters saoudiens ou Qataris, il ne viendrait jamais à l’idée du Maroc, de les emprisonner.

L’APR, dans une récente sortie, a estimé que les déclarations du Premier ministre agissent comme un révélateur des carences d'une gouvernance qui substitue l’esbroufe à l’action d’État. Le dossier des dix huit supporters sénégalais détenus au Maroc est cité comme le premier symbole de cette impuissance. En déclarant que le Sénégal ne peut pas “forcer le Maroc” à libérer nos compatriotes, le Premier ministre a, selon l'opposition, “reconnu son impuissance et l'inefficacité de notre diplomatie.” L’APR fustige ce manque de cohérence : “Comment peut-il manquer de respect à nos institutions judiciaires nationales et espérer ensuite obtenir le moindre respect de la part des juges du Royaume chérifien ?

Dans cet exercice de communication, il a été aussi question de la dette dite cachée, ce sujet qui sonne comme une obsession chez le PM. Ce dernier a ainsi tiré à boulets rouges sur le régime précédent en demandant des comptes, au moment où l'on se pose la question ou non de la restructuration de la dette avec le FMI. "Ces gens avaient caché plus de 7 600 milliards. Où est passé cet argent " ? Dans le même sillage, Ousmane Sonko a également attaqué vigoureusement le Fonds monétaire international. Citant l’économiste Jeffrey Sachs dont il dit partager le point de vue, il fulmine : “Ce qui intéresse le FMI, ce n'est pas votre développement, ce qui l'intéresse c'est que vous restiez pauvre et sage.

Ce qui est surtout dommage à relever au finish dans les sorties du PM, ce sont les propos acerbes parfois contreproductives, qu’il aime à asséner, le visage fermé, le ton sec, comme s’il était dans une séance permanente de pugilat, face à des ennemis à abattre. Et pourtant, pour se faire entendre, rien de tel que la pondération, la sérénité et les propos clairs et mesurés.

Avait-il vraiment besoin de déclarer publiquement avoir retiré à Mame Makhtar Guèye, la sécurité affectée par le ministre de l’Intérieur ? Ne l’expose-t-il pas d’une certaine manière ? Mame Matar Guèye qui n’a pas voulu se laisser démontrer, s’est inscrit en faux et répondu qu’il n’a jamais déclarer vouloir publier une liste. Il a même déclaré qu’en 1983, alors que Jamra se battait contre les Francs-Maçons jusqu’à obtenir la fermeture de leur siège, eux n’avaient pas de sécurité. Bref une passe d’armes dont on pouvait bien se passer.