NETTALI.COM - Invité de l’émission "En Vérité" sur "Radio Sénégal", le professeur Abdou Salam Sall, ancien recteur de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), a réagi à la décision du Conseil académique de suspendre les amicales d’étudiants et de reprendre les cours malgré la fermeture du campus social. Abdou Salam Sall a aussi abordé la question de la récurrence des drames et pense qu'elle trouve son origine dans une doctrine sécuritaire restée inchangée depuis l’ère de Léopold Sédar Senghor.

Pour Abdou Salam Sall, la suspension des amicales « n’a aucun sens » si les autorités universitaires souhaitent instaurer un dialogue. Il rappelle que ces structures sont des associations appartenant aux étudiants : « si les autorités ne les reconnaissent pas, cela ne les empêche pas d’exister. »

Selon lui, toute volonté d’apaisement passe nécessairement par des interlocuteurs légitimes. Il suggère ainsi de « geler » la situation actuelle et de travailler à la mise en œuvre des attentes convenues entre étudiants et gouvernement, tout en accompagnant un processus de renforcement des amicales, notamment en matière d’élections et de formation.

L’ancien recteur révèle d’ailleurs qu’avant son départ en 2010, il avait élaboré avec le professeur Bouba Diop un projet de texte visant à structurer davantage ces organisations étudiantes. Il appelle également à la réouverture rapide du campus social, quitte à envisager une forme de police universitaire adaptée aux réalités académiques.

Interrogé sur la possibilité d’un fonctionnement normal des universités dans un climat de tension récurrente, Abdou Salam Sall se montre catégorique : « La tension détruit beaucoup de choses. »

Il souligne que les perturbations répétées pénalisent les étudiants les plus fragiles. À la reprise des cours, explique-t-il, les enseignants ont tendance à accélérer le programme, ce qui favorise les plus avancés au détriment des autres.

Autre conséquence : la crainte d’investir dans des infrastructures susceptibles d’être détruites en période de troubles.

Pour le professeur, la solution dépasse le seul cadre universitaire. « Tant que la société entière ne s’approprie pas l’enseignement supérieur et les universités, cela ne marchera pas », conclut-il, appelant à une responsabilité collective pour sortir durablement de la crise.

« La doctrine sécuritaire depuis Senghor n’a pas changé »

Poursuivant son argumentaire, Abdou Salam Sall pense que la récurrence de ces drames trouve son origine dans une doctrine sécuritaire restée inchangée depuis l’ère de Léopold Sédar Senghor. « La doctrine sécuritaire depuis Senghor n’a pas changé », affirme-t-il, évoquant également les présidences d’Abdou Diouf, Abdoulaye Wade, Macky Sall et l’actuel chef de l’État Bassirou Diomaye Faye. À ses yeux, cette continuité s’inscrit dans un héritage remontant même à la période coloniale.

Revenant sur la problématique des franchises universitaires, notamment l’exclusion du campus social depuis 1994, celui-ci estime que cet espace, où se déroule une grande partie de la vie estudiantine, devrait être intégré aux franchises universitaires.

S’il reconnaît la nécessité d’assurer la sécurité dans un espace regroupant des milliers d’étudiants, il plaide pour une approche différente de la sécurité policière classique. « Nous avions même proposé une police universitaire », rappelle-t-il, soulignant qu’un dispositif formé aux réalités du milieu académique serait plus adapté et contribuerait à l’apaisement des tensions.

Au-delà de la question sécuritaire, l’ancien recteur appelle à une réforme structurelle du système éducatif sénégalais. Selon lui, les solutions doivent être envisagées « en partant du bas de l’échelle, depuis la maternelle ».

Il insiste sur la nécessité de renforcer les filières professionnalisantes et de ne plus considérer la formation professionnelle comme un choix par défaut, mais comme une orientation valorisée. Les Instituts supérieurs d’enseignement professionnel (ISEP), dit-il, ont démontré que même des bacheliers littéraires peuvent réussir dans des filières technologiques.

Pour Abdou Salam Sall, seule une réforme globale, combinée à une redéfinition des doctrines sécuritaires sur les campus, permettra d’éviter la répétition de drames et de restaurer durablement un climat apaisé au sein de l’université sénégalaise.