NETTALI.COM - L’attitude du Président de la République et de son Premier ministre face à la crise persistante dans les universités sénégalaises, suscite une incompréhension croissante. Alors que les campus sont secoués par des tensions, des revendications sociales non satisfaites et des affrontements entre étudiants et forces de l’ordre, l’exécutif donne le sentiment d’une inquiétante indifférence.

Dans ce contexte, organiser des tournées à forte tonalité politique, apparaît comme un décalage profond avec les réalités vécues par les étudiants. Pour une frange importante de l’opinion, cette posture est perçue non seulement comme une erreur d’agenda, mais comme une offense symbolique à une jeunesse confrontée à la précarité, à l’insécurité académique et à l’incertitude sociale.

A la vérité, la question des acquis sociaux des étudiants — bourses, conditions de vie, qualité de l’enseignement, stabilité du calendrier universitaire — ne relève plus de la gestion ordinaire. Elle est  même devenue une urgence nationale, alors que ce qui semble le plus préoccuper les gouvernants actuels, c'est plutôt l’horizon politique de 2029.

Pour le président Bassirou Diomaye Faye, l’enjeu devrait être clair : gérer la situation économique et sociale présente des jeunes et préparer l’avenir de la prochaine génération. La jeunesse universitaire, de par son rôle stratégique dans la société, mérite donc une attention prioritaire et des réponses structurelles, mais en aucun cas des signaux d’indifférence.

La posture du Premier ministre Ousmane Sonko pose, elle, un problème politique plus profond. Celui qui, hier dans l’opposition, imputait systématiquement chaque mouvement de protestation estudiantine à la responsabilité directe du régime de Macky Sall, adopte aujourd’hui un discours radicalement différent. Désormais au pouvoir, les mêmes manifestations sont présentées comme des manœuvres de l’opposition.

Ce renversement de lecture révèle une difficulté manifeste à assumer les exigences du pouvoir. Gouverner implique d’accepter la responsabilité des crises sociales, même lorsqu’elles sont héritées. Refuser cette responsabilité, c’est se réfugier dans une logique de déni et de désignation permanente de boucs émissaires.

Il y a, dans cette incapacité à se regarder dans le miroir du pouvoir, quelque chose de profondément révélateur. Ce n’est plus seulement une contradiction politique classique, mais une forme d’égocentrisme assumé dans lequel l’action gouvernementale est constamment ramenée à la posture personnelle et au récit militant. Or, un État ne se gouverne pas dans la confrontation permanente avec sa propre jeunesse.

La crise universitaire exige du sérieux, de l’écoute et des décisions courageuses. À défaut, le fossé entre le pouvoir et les étudiants risque de s’élargir durablement, avec des conséquences politiques et sociales que nul ne pourra ensuite imputer à d’autres.