CONTRIBUTION – Les économistes définissent la monnaie comme tout ce qui est généralement accepté en paiement de biens ou de services ou pour le remboursement de dettes. Elle diffère du numéraire (ce qu’on appelle communément l’argent liquide) qui n’est qu’une partie de la monnaie. La monnaie est alors plus large que le numéraire mais plus restreinte que la fortune ou le patrimoine et est différente du revenu alors même que les expressions courante les mélangent parfois. Ainsi, « il a beaucoup d’argent » renvoie plus généralement au patrimoine ; qui comprend la monnaie possédée mais aussi tous les autres actifs que sont les biens mobiliers (voitures, meubles, œuvres d’art, titres comme les actions ou obligations) (F. Mishkin, 2017)

La monnaie a trois fonctions principales dans toutes les économies : elle est intermédiaire des échanges, unité de compte et réserve de valeur.
La fonction d’intermédiaire des échanges : la monnaie sert d’intermédiaire des échanges dans presque toutes les transactions de marchés dans les économies modernes : sous forme de numéraires ou de chèques ou même électronique (digitale), elle sert à payer les biens et les services que l’on achète. L’utilisation de la monnaie comme intermédiaire des échanges améliore l’efficacité économique et permet de minimiser le temps dépensé à échanger des biens ou des services.
La deuxième fonction de la monnaie est de fournir une unité de compte, c’est-à-dire de servir d’unité de mesure de la valeur dans l’économie. On mesure habituellement la valeur des biens et services en termes de monnaie, de même que l’on mesure le poids en grammes et la distance en mètre.

La dernière fonction de la monnaie est d’être une réserve de valeur : c’est un pouvoir de mise en réserve et transférable dans le temps. Une réserve de valeur sert à épargner du pouvoir d’achat entre le moment où un revenu est reçu et celui où il est dépensé. Cette fonction étant importante car le plus souvent, l’individu n’a pas besoin de dépenser son revenu quand il le reçoit. Il préfère dès fois le garder pour attendre le moment propice pour faire des achats.
La monnaie a évolué au cours de l’histoire et a eu prendre différentes formes.

La monnaie marchandise : constituée de marchandises et de métaux précieux. Ce type de monnaie présente l’inconvénient d’être difficile à transporter sur de longues distances.

La monnaie fiduciaire : la monnaie fiduciaire est constituée par le billet et pièce de monnaie. Cette forme de monnaie présente aussi un certain nombre d’inconvénients car peut être volé et que leur transport en grande quantité peut entrainer des coûts énormes.

La monnaie scripturale : représente les avoirs au crédit des comptes bancaires détenus par les agents économiques et créés par les banques commerciales. Un de moyen paiement de la monnaie scripturale est le chèque.

La monnaie électronique : le développement de l’internet et le développement du marché d’ordinateurs fait qu’il est peu de payer électroniquement. Le payement électronique s’est non seulement substituer dans une large mesure au cheque mai aussi aux numéraires sous la forme de monnaie électronique ou digitale.Parmi les monnaies électroniques, on a les cartes de crédits.

Ce bref survol terminé, revenons en maintenant à la monnaie locale ; de quoi s’agit-il réellement ?
La monnaie locale appelée aussi monnaie sociale complémentaire (MSC) a émergé après la crise des années 30 dans les pays occidentaux ; en Allemagne (dans la ville de Schwanenkirchen en 1931 avec la monnaie dénommée « eine wara » une monnaie locale ) et en Autriche et en suisse (la monnaie WIR, émise par la banque WIR, est sans doute l’exemple le plus significatif, puisqu’en Suisse près de 60 000 entreprises l’utilisent comme unité de compte et comme monnaie de règlement, et ce depuis sa création en 1934) puis en Amérique du Sud (Escudos  en Colombie, l’inti puis le nuevo soles au Pérou, le real brésilien au Brésil, Bolivares Fuertes au Vénuzuela). Il existe plusieurs milliers de monnaie locale dans le monde et la France à elle seule compte plus de 80.
Le continent africain a aussi connu depuis deux décennies environ l’apparition de dispositifs monétaire alternatifs (T. Dissaux 2013) notamment en Afrique du Sud (qui demeure la plus ancienne expérience) avec le Community Exchange System (CES) créé en 2003. L’histoire du CES s’inscrit dans la lutte contre apartheid et visait l’intégration socio-économique de l’ensemble de la population sud-africaine.
Une autre expérience aussi est à noter au Kenya 2010 avec l’ «Eco Pesa » de la réunion du diminutif « écologique » et « pesa » (argent en swaheli). L’ «Eco Pesa » a circulé dans trois bidonvilles auprès d’une centaine d’entreprises locales et a concerné quelques 20 mille habitants.

Le Sénégal n’est pas aussi en reste dans ces expériences de monnaies complémentaires avec le projet du Centre d’Etudes pour le Financement du Développement Local (CEFDEL), qui avait pour objectif de construire une architecture financière capable de financer le développement local. Le projet prévoyait l’émission de monnaies régionales dont chacune circulerait dans et autour des cinq principales villes du pays. Ce projet proposait des services de dépôts, de payement de transfert, et offrirait aux particuliers et aux collectivités locales un large accès au crédit.

Une monnaie sociale complémentaire est une unité de compte spécifique mise en place par des acteurs sociaux désireux de développer l’économie locale ou d’y introduire certaines valeurs (sociales ou éthique par exemple). Elle permet de comptabiliser et de régler des échanges de biens, de services ou de savoir au sein d’un réseau limité (BLANC, 2006). Sa vocation n’est pas de remplacer mais plutôt, comme l’indique, de compléter la monnaie nationale, ce qu’elle fait en définissant, protégeant et renforçant une communauté et /ou en protégeant, stimulant, ou orientant les échanges économiques (FARE, 2013).

L’existence même de ces monnaies particulières heurte le raisonnement économique standard, pour lequel le principe d’efficacité impose au contraire une monnaie unique.
Malgré la méfiance que les monnaies sociales complémentaires inspirent aux économistes en générales et aux autorités publiques , elles sont considérées par les acteurs de terrain comme un levier du développement endogène , autrement dit d’un développement pour les communautés locales, focalisé sur la construction d’une communauté d’intérêt de production et de consommation , où les relations sociales de proximité occupent une place de choix dans les échanges économiques.

Les recherches sur les monnaies locales montrent qu’elles peuvent offrir un levier pour la relocalisation des activités économiques, la stimulation des échanges locaux, mais aussi la transformation des pratiques, des modes de vie et des représentations sociales.
En plus de ces avantages précités ; les monnaies locales présentent d’autres avantages de tailles tels :
Effet de substitution : elles permettent d’assigner une part du revenu au territoire ou elles circulent entrainant ainsi des effets de substitutions par l’incitation des utilisateurs à consommer localement,

Un effet multiplicateur : les revenus sont d’avantage utilisés sur le territoire concerné et évite ou limite les fuites de revenus vers l’extérieur. L’utilisation de la monnaie locale crée une dynamique positive par la stimulation des échanges locaux qui participent en retour en booster l’économie. Ainsi le territoire devient «  plus fort » pour faire face aux chocs exogènes et accrue et est moins soumis aux aléas des marchés extérieurs.
Effet de de valorisation : la monnaie locale permet de valoriser ce que le marché à laisser de côté et permet ainsi d’insérer la population marginalisée dans le circuit économique de par leur participation aux échanges proprement dits.

Les monnaies sociales complémentaires ou monnaies locales naissent de l’innovation sociale et les premières expériences laissent penser qu’elles pourraient participer, à leur échelle, à la réduction des déséquilibres économiques actuels.
Leur expérimentation est d’autant plus la bienvenue qu’elle permettra une évaluation de ces dispositifs, encore largement insuffisante.

Pour le continent africain, force est de constater de nombreux maux dont il souffre : la pauvreté, la marginalisation économique d’une large frange de la population, des inégalités criantes, une croissance qui bénéficie peu aux couches défavorisées, une forte ouverture sur les marchés mondiaux, des politiques libérales subies qui ont cantonné un grand nombre d’individus dans une situation de trappe à pauvreté, etc…
Face à quoi la nature expérimentale des monnaies locales permet d’envisager une forme de subsidiarité monétaire (FARE 2013) dans le but d’établir une dialectique entre communauté locale et réseau global (HART 2006).
En résumé pour dire que la monnaie au-delà de sa dimension marchande doit avoir une dimension sociale.

Ibrahima NDIAYE
Economiste-statisticien
Consultant formateur en économie islamique
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