CONTRIBUTION – La crise sanitaire de la Covid-19 n’a épargné aucun pan de la mécanique socio-économique mondiale qui s’est enrayée le coup de l’embardée de tous les variants. En effet, la bombe à fragmentation, à base de coronavirus, a secoué l’économie sénégalaise en général, le secteur sénégalais des transports en particulier, patinant, précaire et peu résilient face aux chocs exogènes qui l’enlisent davantage. Les leviers actionnés, en camisole de force, sans être la panacée, sont à des années-lumière de produire les effets positifs escomptés.

C’est d’abord la fermeture de la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie le 2 mars 2020 qui vient asphyxier un transport agonisant. Ensuite dans le cadre de la lutte contre la propagation tous azimuts de la Covid-19, par communiqué du 17 mars 2020, le ministre des Infrastructures prend les mesures ci-suivantes :

– suspension de l’examen théorique du permis de conduire ;

– limitation à leur strict minimum des opérations de mutation, d’immatriculation et autres opérations sur les véhicules et titres de transport ;

– la réduction à 200/jour du nombre de véhicules effectuant le contrôle technique à Hann et Mbao ;

– la réduction de la fréquentation des services des transports routiers ;

– l’application stricte des mesures édictées par le ministre de la santé.

Dans le même sillage, le président de la République, dans son discours à la nation du 23 mars 2020, par décret 2020-8311, déclare l’état d’urgence sur toute l’étendue du territoire national, décide du couvre-feu et met en place la « Force Fonds Covid-19 ». Aussi, le décret 2020-875 du 25 mars est pris pour réaménager les horaires de travail ; ce qui va considérablement bouleverser de fond en comble tout le fonctionnement des transports qui vont subir de plain-pied ces mesures draconiennes qui mettent des bâtons dans les roues bringuebalantes du transport. Par ailleurs, l’arrêté n°8231 du 25 mars 2020, relatif aux mesures de restriction dans le secteur des transports pour lutter contre la maladie à coronavirus, poursuit le même objectif de stopper net, au moyen du frein de service et du frein à main, la course folle d’une épidémie au grand galop. La circulation des moyens de transport en commun et leur fonctionnement à perte dans des conditions fortement restrictives, achèvent un secteur suffisamment moribond. De ce fait, malgré la décision d’octroyer, à l’occasion du discours à la nation du chef de l’Etat du 3 avril 2020, une enveloppe de 1000 milliards, pour appuyer les transports, l’hôtellerie et l’agriculture, le transport ne roule plus comme sur des roulettes. Dans les domaines micro comme macro-économique, quand le transport va, tout va, serait-on tenté de dire. Les mortelles condamnations à la quatorzaine ou à la quarantaine, baptisent le transport patient zéro de l’économie covidée. Originaire du marché de Whuan en Chine, résultante d’une manipulation accidentelle ou pas dans un laboratoire, peu importe, la maladie à coronavirus 2019 a ravi le souffle à 1 175 âmes entre le 2 mars 2019, date d’apparition du premier cas au Sénégal et le 4 juillet 2021. Même s’il faut saluer la baisse inéluctable du trafic qui a impacté positivement sur la mortalité routière comme l’attestent dans le rétroviseur toutes les statistiques sur l’accidentalité routière, sur un environnement moins sujet à une empreinte carbone négative avec la chute drastique de la pollution, il n’en demeure pas moins que « le check and balance » reste mitigé pour les transports en général. Les accidents de la route, avec un seuil épidémiologique franchi depuis Mathusalem, arrachent annuellement à notre affection près de 4 000 morts à huis clos. Le déficit de plaidoyer et de portage semble trop manifeste pour une violence routière souffrant de maladie orpheline. Charriant la richesse par le ruissellement, les routes sont pour l’économie ce que le sang représente pour l’organisme. L’accélération de la paupérisation de masse explose l’asphalte des voies économiques, morbides et sans issues. En détresse, tous les feux sont au rouge sang. Les grands blessés ou accidentés corporels du garage du chômage endémique, en sortie de route de l’emploi, se comptent par milliers dans le grand corps malade du transport infecté, testé positif au corona. Le poussin du secteur du transport se trouve mortellement percuté par accident matériel dans l’œuf de l’entrepreneuriat en panne sèche. Les héros de la route, sur siège éjectable, en toujours à la place du mort dans le véhicule, en allant au charbon, paye le prix fort au péril de leur vie, pour ravitailler en produits essentiels de première nécessité, pharmaceutiques, médicaux, etc. Des franges importantes de la population subissent la descente forcée en enfer en-dessous du seuil de pauvreté du fait des routes cadenassées pour tenter en vain d’endiguer la circulation multimodale, à la vitesse mach 2, d’un virus qui ignore royalement la limitation de vitesse. L’état de catastrophe nationale n’a cure d’un état d’urgence sanitaire qui s’accommode du péril de masse. Le « stop and go » de la énième vague frappe et frappera encore impitoyablement à l’image d’un collisionneur sur des populations réticentes, carrément antivax, plus que jamais poreuses à l’étiologie des infox, fake-news, lâchés par des théories complotistes qui s’en donnent à cœur joie. Ainsi, c’est l’immensité désertique dans les vaccinodromes. Tous resquilleurs par refus d’un freinage d’urgence par le biais du pass sanitaire vaccinal ! La mort est en roue libre sur des routes cataclysmales du coronavirus, empruntées par des passagers victimes du syndrome du 747. La mort frappe impitoyablement à feu continu et à plein régime. Rarement asymptomatique, la fièvre du transport se manifeste par une toux sèche de l’économie, une fatigue généralisée du corps du transport, des courbatures  prolongées des routes, des maux de gorge persistants des passagers lourdement affectés, une diarrhée  financière par une fuite des capitaux, une conjonctivite  aveuglante des véhicules qui masque le parebrise de l’horizon de la relance économique, des maux de tête persistants des décideurs qui ne savent plus à quel saint se vouer,  une perte de l’odorat des investisseurs qui sentent plus que ça sent le roussi, perte du goût  des affaires, une éruption cutanée d’obstacles sur des voies politiques, économiques, sociales, une décoloration des doigts et des orteils d’un environnement qui peine à retrouver ses couleurs. Le sang de l’économie se trouve du coup fortement contaminé par un petit virus qui a crevé les pneus de l’économie du transport, à l’article de la mort sur le bas-côté. Ainsi, avec hommes, véhicules, infrastructures, tous covidés, Pour caricaturer, l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) aurait défini la santé du transport par un état complet de mal-être physique, mental, social, une maladie dégénérative, une infirmité fortement handicapante de tous les acteurs du transport. La santé publique, à contrario, se signale par une absence meurtrière de la prévention des maladies du transport avec une infection, par variant interposé, de toutes les variables de la vie humaine, économique, sociale, automobile et infrastructurelle.

Sacré virus de l’ordre de l’infiniment petit, au poids microscopique, qui fait trembler poids légers, poids lourds et autres gigafactory de la non moins gigantesque planète terre ! Il urge d’abord de décontaminer par essuie-glace, ensuite d’immuniser l’organisme du transport accidenté avec la boîte à outils d’une politique urgente conjoncturelle, mais aussi structurelle, impliquant tous les acteurs, alliant bottom-up et top-down. Le carburant pour booster, ressusciter le moteur de l’économie du transport, est à ce prix. Vivement une synergie d’actions entre un kit diagnostic moteur et un kit diagnostic médical rapide !

Abdou Karim Diop est chef de la Division des Ressources humaines au ministère des Infrastructures (Via Seneplus)