NETTALI.COM – Augustin Senghor est candidat à un 4ème mandat au moment où il achève son 3ème en 2021. “Je suis candidat au consensus qui a été prôné par les présidents de ligue lors de cette Assemblée générale, je suis partant”, a-t-il répondu à une question d’un journaliste samedi 12 juin, sur son éventuelle candidature à un quatrième mandat à la présidence de la FSF. Il réagissait ainsi à un appel lancé par des présidents de ligue en faveur “de la réalisation d’un consensus de toute la famille du football autour de l’essentiel” lors des prochaines élections. Un prétexte qui ne dit pas son nom, alors qu’on sait bien que ce n’est pas l’envie qui lui manquait depuis belle lurette.

Président de la fédération sénégalaise de Football (FSF) depuis 2009, il aura bouclé 12 ans, soit le même temps de mandat que le Président Sall en 2024. Et l’on ne peut manquer de se demander ce qui fait courir le maire de Gorée, l’avocat, le premier vice-président de la Confédération africaine de football (Caf), le président de la commission juridique et des associations de l’instance dirigeante de la Caf dont il assure par ailleurs la vice-présidence de la commission d’organisation de la Can.

Une manière de dire qu’il cumule beaucoup trop de postes à tel point qu’on peut raisonnablement poser la question de savoir s’il aura le temps d’assumer toutes ses responsabilités. Au-delà, il est question de s’interroger sur les motivations qui peuvent pousser une personne à vouloir rester aussi longtemps à un poste et sur sa structure mentale, tant il est difficile de comprendre le bien-fondé d’une telle posture. Est-il question de jouissance du pouvoir ? D’une certaine conception selon laquelle, on serait le seul apte à diriger ? Ou juste un baroud d’honneur qui consisterait à vouloir faire une dernière tentative pour enfin gagner une coupe d’ Afrique avant de libérer le poste ? Autant de questions auxquelles, on n’arrive pas pour le moment à trouver de réponse.

Ce virus du “après moi, c’est le déluge“, on le relevait beaucoup plus chez les politiciens sénégalais. Et certains inconditionnels du président Sall en sont par exemple arrivés à se demander « qui pour remplacer Macky Sall ?».  Sous Me Wade, d’aucuns se posaient la même question. Macky Sall a pourtant fini par le remplacer. Pourquoi en serait-il autrement de ce dernier ? Ils ignorent sans doute que les cimetières sont remplis de gens qui se croyaient indispensables !

Le phénomène de l’éternité au pouvoir, eh bien, on le note chez de plus en plus de dirigeants du sport. Le suisse Sepp Blatter est un bon exemple pour être resté 17 ans à la tête de la Fédération internationale de Foot amateur (Fifa). Le pire est le Camerounais Issa Hayatou qui a plastronné 29 durant à la tête du football africain en tant que président de la Confédération africaine de Football (Caf). Macky Sall n’est pas Augustin Senghor, c’est sûr, et le poids de ses responsabilités n’est pas le même. Des réalisations sont au moins notées avec le Président Sall, même s’il y a des chantiers et des actes posés sur lesquels, on peut fortement le critiquer. Peut-on vraiment en dire autant d’Augustin Senghor avec largement moins de responsabilités ?

Il y a matière à s’interroger sur ses bilans puisqu’il aura fait 3 mandats de 4 ans : 2009, 2013 et 2017 avec une réélection qui a suscité moult interrogations pour non seulement avoir duré 24 heures, mais pour avoir également engendré une vive polémique relative au vote de présidents de clubs considérés comme fantômes ou inconnus au bataillon. Mais lorsqu’on scrute à la loupe le passage du maire de Gorée à la tête de la fédération, l’on verra bien que ce dernier a régressé par rapport à El Hadji Malick Sy. Il a certes fait émerger la petite catégorie inexistante sur la scène africaine du football en perdant 3 finales des U 20 : au Sénégal en 2015 face au Nigéria,  en Zambie en 2017 contre le pays hôte et en 2019 au Niger contre le Mali en Coupe d’Afrique ; et une demi-finale de coupe du monde. Les U20 ont en outre participé à deux coupes du monde en 2015 où ils ont échoué en demi- finale en 2019 et en 8ème de finale. Ce n’est pas rien tout cela, c’est bien, mais en dehors de ce fait majeur, difficile de trouver un autre élément de bilan significatif. Peut-être, ne sait-on pas tout ?

En comparaison par rapport à l’équipe A la plus en vue  dans le foot, El Hadji Malick Sy a fait bien mieux avec la génération des El Hadji Diouf, Aliou Cissé, Henri Camara, Salif Diao etc  en accédant à une finale contre le Cameroun (battu aux tirs aux buts) et un quart de finale de Coupe du monde sous Bruno Metsu ; là où le Sénégal a accédé en finale contre l’Algérie de Belmadi, après avoir été éliminé lors des matches de poule, en 2018, en coupe du monde en Russie.

A part cela, difficile de noter un fait majeur. Bien au contraire, c’est le dénuement en termes d’infrastructures. Le seul stade utilisé jusqu’ici, n’est plus homologué et les autres, que cela soit Amitié, Demba Diop, Iba Mar, etc sont fermés depuis belle lurette et requièrent des rénovations importantes. Il ne reste peut-être plus que le stade de Diamniadio, malheureusement encore en chantier pour nous sauver du désastre. De même en marketing, c’est le désert. Malgré la présence d’un équipementier, difficile de trouver des maillots originaux de l’équipe nationale.

La dernière polémique relative à la pelouse du stade Lat Dior de Thies et les sorties malheureuses et synchronisés d’Augustin Senghor et du ministre des sports Matar Ba, ont été les gouttes d’eau de trop. Elles ont montré à la face du monde le peu d’ambition qu’ils ont pour le football sénégalais. Sadio Mané n’aura fait que dire ce tout le monde pensait tout bas. La sérénité et le calme avec lesquels, il a sorti ces mots, aux côtés de Diao Keïta Baldé, ne laissaient pourtant transparaître aucune mauvaise intention et encore moins de l’hostilité. Il a jugé « catastrophique » l’état de la pelouse qui gagne à être « amélioré ».  La réponse d’Augustin Senghor, président de la Fédération sénégalaise de Football a été plus que honteuse, tout en étant le signe d’une incompétence et d’un « je m’en-foutisme » criard. Difficile de comprendre comment il a pu servir une réplique aussi désinvolte qu’inconsciente, à savoir que « nous ne sommes pas à Liverpool ou à Manchester City… » Et dire que c’est ce même Augustin Senghor qui cherche à rempiler pour la 4ème fois !

Une histoire de pelouse qui aurait pourtant pu rester à un simple niveau de détails surtout par rapport à une stratégie globale liée au football sénégalais qui demande à être plus pourvu et organisé, aussi bien en termes d’ infrastructures, de financement, de formation, d’organisation que de perspectives. Difficile dès lors de savoir quelles ambitions Augustin Senghor peut encore afficher en cherchant à rempiler après presque 12 ans. Ce sont des postures qui disqualifient de fait leur auteur.

Augustin Senghor a déjà beaucoup trop de casquettes à porter, notamment celle de vice-président de la Caf auquel il a accédé, suite à une non élection sur fond de compromis qu’il est tout aussi difficile de comprendre. Avec les municipales, postulera-t-il à la mairie de Gorée ? Une autre paire de manche pour l’avocat qui va bientôt finir par se faire appeler « monsieur élections ». Personne ne peut l’empêcher de postuler, mais dans cette volonté de rempiler, il fera face à de redoutables adversaires dont Mady Touré de « Génération foot » qui dirige un centre de formation alliant infrastructures, formation sport/ études et Saer Seck de l’institut Diambar, sur le même modèle d’organisation.

Il convient de noter qu’ils ont fortement contribué à l’essor de l’équipe nationale. « Génération Foot »  a par exemple été Champion du Sénégal en 2017 et en 2019, vainqueur de la Coupe du Sénégal en 2015 et en 2018, puis finaliste de la coupe de la Ligue sénégalaise en 2019, champion du Sénégal de 2ème division en 2016 et de 3ème division en 2015. Diambars de Saër Seck a aussi son palmarès en ayant été champion du Sénégal en 2013, champion du Sénégal de Ligue 2 en 2011, vainqueur de la Coupe de la Ligue sénégalaise en  2016 et en 2019, puis finaliste de la Coupe de la Ligue en 2014 et vainqueur Coupe de l’Assemblée Nationale en 2011, 2012 et 2013.

Ce qui veut dire que ces deux futurs adversaires de Senghor participent à leur manière au développement du football sénégalais en pourvoyant activement à l’effectif de l’équipe nationale. Cette dernière doit par exemple à « Génération Foot », la formation de joueurs de l’équipe nationale tels que Moustapha Bayal Sall, Babacar Guèye, Papis Demba Cissé, Fallou Diagne, Diafra Sakho, Sadio Mané, Ismaïla Sarr, Habib Diallo, Ibrahima Niane, Pape Matar Sarr ; et à l’institut Diambars, des noms tels qu’Idrissa Gana Guèye, Joseph Romeric Lopy, Pape Ndiaye Souaré, Kara Mbodj, Saliou Ciss, Pape Alioune Ndiaye, Adama Mbengue.

Les deux futurs concurrents de Senghor ont en plus en commun de s’être frottés aux techniques de management du football moderne en s’affiliant, dans le cas GF avec le FC Metz et à Marseille récemment dans le cas de Diambars. Ils ont en plus l’entregent pour faire franchir un nouveau cap au football sénégalais.

L’élection ne sera donc pas une partie de plaisir pour Senghor et encore moins une formalité si elle se déroule de manière régulière. Les tentatives d’Abdoulaye Sow, 2e vice-président de la Fédération de créer une entente entre Saër Seck et Augustin Senghor en vue d’une poursuite du 4ème mandat de ce dernier à la tête de la Fédération, doivent être découragées, ce d’autant que Seck est désormais candidat. Le ministre Sow souhaitait en effet qu’il y ait un consensus autour d’un candidat à l’élection de la FSF prévue en août prochain. « Je n’aimerais pas que Saër Seck soit candidat devant Augustin (Senghor)“, avait-il déclaré sur le plateau de la 2 STV. Avant d’ajouter que « Saer, Augustin et moi travaillons ensemble depuis 12 ans et nous avons des projets ». A l’en croire, ces projets doivent aboutir pour le bien de football sénégalais. Abdoulaye Sow soutenait également qu’il souhaitait « un consensus » basé sur « des principes qui vont faire avancer le football,  car argumentait-il, cette discipline ne mérite pas de vivre dans la dislocation à moins d’un an de la Coupe d’Afrique des Nations. Rappelant au passage qu’en tant président de la Ligue amateur, il a son mot à dire dans cette élection. « Je dirige la Ligue amateur qui fait le 3/4 des clubs », avait-il précisé.

Il convient toutefois de noter qu’au moment de cette sortie, seul Mady Touré, le président de Génération Foot, avait déclaré sa candidature à l’élection prévue en août 2021. : « Circulez, on n’est pas à la Caf ici », sommes-nous tentés de dire à Abdoulaye Sow, malgré sa volonté de consensus fondé sur la poursuite d’une dynamique à ne pas casser à 1 an de la caf.

Un poste si sérieux ne doit pas pouvoir faire l’objet d’une affaire d’entente entre acteurs et collaborateurs de longue date. Il doit être occupé par un Sénégalais en qui les électeurs auront confiance parce qu’il aura vendu un projet porteur et ambitieux. Augustin Senghor n’avait-il pas déclaré, il y a quatre ans qu’il n’allait plus se représenter ?

Espérons juste que cette future élection ne sera pas comme celle de 2017. Il est aussi temps que Senghor revienne à la raison. Et même s’il réussissait à transformer le foot sénégalais en un sport moderne et envié, il devrait passer la main puisqu’il arrive toujours des moments où l’usure rattrape ceux qui s’éternisent aux postes. Le foot sénégalais court depuis toujours derrière une coupe d’Afrique, mais son équipe n’a pas pour le moment le mental et le coaching appropriés pour y arriver. Sinon, elle aurait gagné cette fameuse finale contre l’Algérie. La Coupe d’Europe vient en tout cas de nous donner comme enseignement que les équipes qui triomphent de nos jours, sont celles qui forment un vrai collectif huilé, rodé, déterminé, qui en veut, mais avec un mental d’acier. Et cela Augustin n’a pas réussi à insuffler cet état d’esprit. Aliou Cissé non plus.