NETTALI.COM – S’il y a un secteur dont on ne parle pas assez, sur le plan du management et des résultats, c’est bien celui du sport. Il semble voué à l’immobilisme, si son niveau re recule pas sans cesse d’ailleurs. Est-il vraiment utile d’avoir un ministère des sports, s’il n’y a pas de politique sportive digne de ce nom ? Matar Ba est qualifié de ministre sympa, accessible avec une cote chez bon nombre de journalistes sportifs et communicateurs traditionnels, son travail est-il pour autant efficace et fructueux ? Qu’on ne nous parle surtout pas de l’opinion des communicateurs, ils ne sont pas des baromètres fiables sur ce plan là.

La vérité est que le management du sport sénégalais ressemble à bien des égards, à du pilotage à vue, tant il donne l’impression d’être limité au football, à la lutte et quelque peu au basket. Et même dans ces disciplines précités, le football en particulier, sport adopté par la majorité des Sénégalais, il est circonscrit à des campagnes liées à la Coupe d’Afrique et à la coupe du monde. Des évènements privilégiés avec souvent à la clef, des problèmes de primes, de logistique et de frais de déplacement.

Et pourtant une politique sportive bien réfléchie et planifiée, en plus d’être adossée à une stratégie claire, aurait pu englober des volets formation, infrastructures, compétitions en fonction des catégories, etc. Mais à l’arrivée, certaines disciplines existent plus sur le papier que sur le terrain si on les envisage du point de vue de l’engouement et de l’attraction dont il aurait dû faire l’objet. On peut citer le tennis, l’athlétisme, le volleyball, le rugby, le handball, etc.

Au risque d’être traité de rêveurs, nous Sénégalais, devrions peut-être songer à revoir nos prétentions à la baisse lors des compétitions internationales. Ce n’est que par miracle que l’on gagne des médailles. L’astuce aurait pu être, à défaut d’embrasser toutes les disciplines, de se focaliser sur les sports plus à la portée des budgets disponibles et qui nous valent ou nous ont valu des satisfactions, tout en tentant de développer progressivement d’autres disciplines, étant entendu que les moyens et l’engouement ne suivent pas. L’athlétisme semble aux abois depuis les périodes où l’on avait étrenné les médailles des Amadou Dia Ba et Amy Mbacké Thiam. Le judo aussi avec Ankiling Diabone, triple champion d’Afrique (1982 au Caire, 1983 à Dakar, 1986 à Casablanca) et médaillé d’or aux jeux africains de Tunis en 1987 ; avec également Lansana Coly, champion du monde militaire. N’oublions pas le tennis avec Abou Berthé, etc

Mais dans la réalité, ceux qui pratiquent certains sports, quoique proches du football, ne sont point encouragés. L’équipe nationale du Sénégal vient de remporter la 10ème finale de Can de Beach soccer. Et précision importante, c’est le 3ème titre d’affilée et le 6ème de leur histoire que les Lions dans ce domaine, décrochent. Et pourtant aucun engouement n’a été ressenti et aucune fête organisée à leur honneur ! Auraient-ils moins de mérite que ces Lions du football qui courent derrière le titre continental depuis leur existence ? L’envergure n’est peut-être pas la même, mais ce sont des compétiteurs qui agissent pour le compte du Sénégal et qui auraient mérité un peu plus de considération, de reconnaissance et d’égard.

Mais heureusement que Macky Sall, comme s’il avait lu notre complainte (Edito publié ce lundi 7 juin au matin), a sauvé la mise en remettant 10 millions de francs Cfa à chaque “Lion” du Beach soccer, après les avoir reçus ce lundi 7 juin, dans l’après midi, au palais de la République. La cérémonie riche en couleurs s’est déroulée à la salle des banquets. Les membres du staff technique vont également recevoir 10 millions de francs chacun. C’est en effet la première fois que les “Lions” du Beach soccer reçoivent une telle récompense. Le chef de l’Etat a aussi promis aux “Lions” une place de choix au musée des sports Pape Bouba Diop. Alseyni Ndiaye et ses coéquipiers ont aussi été élevés au rang de chevalier de l’ordre national du Lion. Le Président Macky Sall a également promis d’accompagner davantage le Beach soccer.

Les Lions de la Téranga sont battus en finale contre l’Algérie, ils sont accueillis en héros par une foule en liesse. Une finale qu’elle aurait d’ailleurs dû gagner si la sélection nationale avait bénéficié d’un coaching approprié. Une situation qui semble être du deux poids deux mesures. Pour ce qui est du beach soccer, ces victoires d’affilée projettent sans aucun doute l’image du Sénégal en Afrique et même au-delà, dans le concert des nations. Le sport est un vecteur d’image important pour toute nation, personne ne dira le contraire. Pourquoi ne pas y investir alors ?

Si l’on prend la cas du football, la vérité est que ses dirigeants semblent ne penser qu’à leur promotion personnelle. Sinon la tentation de rempiler pour un 4ème mandat n’existerait certainement pas dans la tête d’Augustin Senghor, qui, pourtant avait déclaré en 2017 qu’il ne se représenterait pas. Il convient juste de rappeler que le patron du football sénégalais a été élu premier vice-président de la Confédération africaine de football (Caf), le 12 mars dernier. Il occupe de même, la présidence de la commission juridique et des associations de l’instance dirigeante du football dont il assure par ailleurs la vice-présidence de la commission d’organisation de la Can.

N’oublions pas aussi que récemment, sur le plateau de la 2 STV, Abdoulaye Sow, le 2e vice-président de la Fédération sénégalaise de Football avait évoqué son intention de convaincre Saër Seck d’accompagner Augustin Senghor pour un 4ème mandat à la tête de la Fédération. Celui ne souhaitait ni plus, ni moins qu’il y ait un consensus autour d’un candidat à l’élection de la FSF prévue en août prochain. “Je n’aimerais pas que Saër Seck soit candidat devant Augustin (Senghor)“, avait-il savoir. Avant d’ajouter que “Saer, Augustin et moi travaillons ensemble depuis 12 ans et nous avons des projets“, A l’en croire, ces projets doivent aboutir pour le bien de football sénégalais. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il n’imagine pas voir le 1er vice-président, Saer Seck se présenter face à Augustin Senghor, l’actuel président de la FSF qui aurait aspiré à un quatrième mandat bien qu’il avait déclaré, il y a quatre ans qu’il n’allait plus se représenter.

Toujours dans son argumentaire, Abdoulaye Sow soutenait qu’il souhaitait “un consensus” basé sur “des principes qui vont faire avancer le football.” Car argumentait-il, cette discipline ne mérite pas de vivre dans la dislocation à moins d’un an de la Coupe d’Afrique des Nations. Non sans rappeler qu’en tant président de la Ligue amateur, il a son mot à dire dans cette élection ” Je dirige la Ligue amateur qui fait le 3/4 des clubs“, avait-il précisé.

Il convient toutefois de noter qu’au moment de cette sortie, seul Mady Touré, le président de Génération Foot, avait déclaré sa candidature à l’élection prévue en août 2021. Augustin Senghor, Saër Seck, Mbaye Diouf Dia ou encore Louis Lamotte sont attendus. 

Toujours est-il que Saër Seck, actuel président de la Ligue sénégalaise de football professionnel (Lsfp), ne briguera pas un troisième mandat à la tête de cette structure qu’il dirige depuis 2013, ainsi que l’avaient annoncé les quotidiens sportifs « Stades » et « Record ». Ira-t-il ou n’ira-t-il pas à l’assaut de Senghor ? Il est en tout cas temps que l’avocat quitte ce poste où l’on peine à gagner un trophée dans ce sport privilégié où il trône depuis plusieurs années.

Ce qui laisse penser que ce poste si sérieux ne doit pas se résumer à une affaire d’entente entre acteurs et collaborateurs de longue date. Il doit être occupé par un Sénégalais en qui les électeurs devront simplement avoir confiance parce qu’il aura vendu un projet porteur et ambitieux.

Quoi qu’il en soit, le Sénégal a beau être la première nation africaine au classement Fifa, il a du mal à trouver un stade digne de son standing. La preuve, jusqu’à maintenant, aucun des stades du pays n’est homologué par la Confédération africaine de football (Caf). Même pas celui de Thiès recalé,  il y a quelques temps et où les “Lions” reçoivent leurs adversaires depuis de nombreux mois.

La Coupure d’électricité de 30 minutes lors du match de samedi au stade Lat Dior de Thiès, a quelque chose d’inadmissible et de honteux. Elle est sans aucun doute le symbole d’un laxisme et d’un manque de rigueur. Elle a ainsi soulevé l’indignation de Diao Keïta Baldé et de Sadio Mané qui n’ont pas usé de la langue de bois pour déplorer ce fait qui nuit à l’image du pays puisqu’indigne, selon eux, du Sénégal, surtout dans le haut niveau du football. Comment comprendre qu’un simple problème de fuel destiné à approvisionner le groupe électrogène de location, puisse à ce point causer autant de désagréments ?  Que des projecteurs un peu dépassés, trônent encore au dessus du stade Lat  Dior au point d’avoir besoin de refroidir pour pouvoir à nouveau fonctionner ? On croit rêver. Sadio Mané a aussi pointé du doigt l’état de la pelouse qu’il a jugé « catastrophique » et qui gagnerait à être « amélioré ».  La réponse d’Augustin Senghor, président de la Fédération sénégalaise de Football a été plus que honteuse. Elle est le signe d’une incompétence et d’un “je m’en-foutisme” crirad. Comme servir une réplique aussi désinvolte qu’inconsciente, à savoir que “nous ne sommes pas à Liverpool ou à Manchester City…” On croit rêver. Et dire qu’il veut rempiler ! Mal barrés, nous le sommes bien !

De quoi poser l’équation des infrastructures qui souffrent d’un manque criard d’entretien, et par ricochet celui des pelouses. Ce qui a d’ailleurs mis la puce à l’oreille de promoteurs privés qui ont depuis quelques temps, flairé le business que peut constituer la location des pelouses bien entretenues. Cette dernière constitue une réelle demande de la part de bon nombre d’amateurs de football. Elles commencent d’ailleurs à se multiplier dans la capitale : Dakar Sacré-Cœur, Maristes, 4 C, etc. En championnat,  le stade de Pikine est surutilisé à tel point qu’il commence à connaître le même sort que les autres stades.

Comment en sommes-nous arrivés à nous retrouver avec des stades presque tous inutilisables ? Si Thiès fait exception (il se détériore comme l’ont souligné Mané et Baldé),  Demba Diop, Amitié, Iba Mar sont tous fermés depuis belle lurette. Le stade de Pikine, dédié à la lutte, a subi des saccages avec des sièges arrachés lors d’un récent combat de lutte. Ce qui avait choqué une bonne partie de l’opinion. Un stade est en construction à Diamniadio, mais il faut sans doute se demander à quoi il sert de construire des stades si l’on ne peut les entretenir.

Au point où nous en sommes, avec ces résultats au fil du temps et ce déficit d’infrastructures, difficile d’imaginer qu’Augustin Senghor veuille rempiler. Quel bilan présentera t-il ?  Il est peut-être temps qu’il pense à passer la main, surtout au regard des postes qu’il cumule : avocat, maire de Gorée, vice-président de la Caf, président de la fédé en même temps qu’il assure la vice-présidence de la commission d’organisation de la Can. Matar Ba doit sortir du folklore ambiant qui revient à pavaner dans les médias et à récolter de fleurs de la part de flagorneurs devant l’éternel.  Il gagnerait surtout à nous doter d’une politique sportive, ambitieuse et digne de ce nom. Mais une politique sportive, c’est une stratégie et des choix à faire en fonction du budget dont on dispose, mais aussi de la détermination pour instaurer la rigueur. Et cela l’entretien des infrastructures sportives en fait partie. A défaut, envisager de laisser l’initiative privée dans l’investissement et la gestion des stades, si l’Etat n’est pas apte à assurer cette mission malgré la pléthore  de directeurs nommés lors des conseils des ministres.