NETTALI.COM – Le président de la République, Macky Sall, préside aujourd’hui un Conseil présidentiel sur le financement du Programme d’urgence pour l’emploi et l’insertion socioéconomique des jeunes. Deux économistes donnent des solutions pour prendre les bonnes orientations et pour éviter de répéter les échecs récents de ce genre de démarche. Dans les colonnes du quotidien Enquête, l’économiste Ndongo Samba Sylla réclame un écosystème et un environnement propice pour l’éclosion des PME-PMI.

 

Pour Ndongo Samba Sylla, “le financement des projets n’est pas une approche adaptée pour solutionner les problèmes d’emploi des jeunes. Il faut un écosystème, un environnement propice pour l’éclosion des PME-PMI. Et cet environnement n’existe pas. La plupart du temps, on finance des projets sans lendemain. C’est la réalité. D’une part, parce que les candidats opèrent souvent dans les mêmes secteurs. D’autre part, parce qu’il manque un accompagnement technique, une protection contre la concurrence extérieure… Financer des projets sans les inscrire dans une vision industrielle, on le fait depuis 1960 et cela n’a jamais marché. Cela ne peut pas marcher’’.

Plutôt que de financer des projets et des formations tous azimuts, le chercheur à la fondation Rosa Luxembourg conseille, avant tout, de se fonder sur “un vrai modèle de développement. Une politique d’industrialisation permettant de cibler des secteurs-clés pour notre développement auxquels on accorderait tout l’appui qu’il faut pour leur croissance. Il faut créer une économie articulée, c’est-à-dire une économie industrielle, moderne, avec des secteurs qui ont des relations amontaval. C’est-à-dire que l’agriculture va être un débouché pour l’industrie qui va être un débouché pour l’agriculture…’’. Ceci ne se fera pas en un claquement de doigts. Bien au contraire ! Cela passera par des décisions politiques courageuses. Le Pr. Kassé le souligne, faisant remarquer que “les transformations structurelles reflètent un processus planifié à travers lequel l’importance relative des différents secteurs et activités d’une économie change au cours du temps. Elles sont conduites par un État fort, un leadership transformationnel avec une gouvernance politique et macroéconomique inclusive, nationale et populaire. Ce qui appelle des systèmes budgétaires solides, des taux de change tournés vers la compétitivité (politique monétaire), des taux d’intérêt modérés (en accord avec la Banque centrale) et un appui subséquent au secteur privé national, etc.’’.

Un exemple de décisions fortes données par Ndongo samba Sylla est la souveraineté monétaire, la mobilisation des ressources domestiques et la rationalisation des dépenses publiques. “Quand on aura une vision économique articulée autour de ce triptyque, là on peut créer des emplois pour les jeunes et on peut même aspirer au plein-emploi’’, assure-t-il.

D’autres, moins politiques, seraient la structuration du secteur informel dans lequel il faut amener les acteurs à produire plus et mieux, avec des conditions de travail meilleures, par une approche différente. Pour le coauteur, avec Fanny Pigeaud, de “L’arme invisible de la Françafrique, une histoire du franc CFA’’, “c’est bien possible. Mais cela demande une approche différente de celle des décideurs politiques…’’.

Aujourd’hui, ils seront 450 jeunes en provenance des 45 départements du pays, dont 10 par département, à se réunir avec le chef de l’Etat, afin d’essayer d’apporter des solutions durables à la problématique de l’emploi des jeunes. Ils sont appelés par les spécialistes à avoir à l’esprit ce que nos décideurs actuels ne semblent toujours pas avoir compris, comme le soutient Ndongo Samba Sylla : “Notre modèle mène vers l’impasse. Il ne peut créer d’emplois ; il ne peut pas créer une prospérité.’’