NETTALI.COM – Comment faut-il interpréter le comportement d’Aminata Lo, le vendredi 29 janvier face aux forces de l’ordre ? Sur un enregistrement audio largement partagé sur les réseaux sociaux, on peut l’entendre proférer des insultes contre les gendarmes, mais aussi contre le Président Macky Sall et son régime qu’elle accuse de voler les milliards des Sénégalais et de leur priver de liberté.

Son statut d’ancienne ministre aurait dû la pousser à l’exemplarité et à la retenue. Mais c’était sans compter avec la détermination des forces de l’ordre, mues par la seule volonté de faire respecter la loi. Résultat des courses, elle a été placée sous mandat de dépôt pour violation du couvre-feu, usurpation de fonction et outrage à agent dans l’exercice de ses fonctions. Jugée ce mercredi 3 février, elle a été reconnue coupable de violation du couvre-feu, mais a été relaxée pour ce qui est du délit d’usurpation de fonctions. Son frère également poursuivi pour violation du couvre-feu, en plus du défaut de permis de conduire, a lui aussi, été reconnu coupable de violation de la loi sur le couvre-feu et de défaut de permis. Les deux ont été condamnés à une peine de deux mois de prison avec sursis. Ils devront aussi payer, chacun, une amende de 20 mille de francs Cfa.

Pendant ce temps, la police s’adapte à la pandémie et fait preuve de créativité et de pédagogie dans la sensibilisation des populations. En effet, lors de la 1ère vague et le couvre-feu y relatif, il avait été reproché aux forces de l’ordre, des bavures avec des vidéos à l’appui circulant sur les réseaux sociaux et montrant des scènes de brimades de citoyens pris au piège de l’heure tardive. Ce qui n’était d’ailleurs le fait de la majorité d’entre elles. mais par la suite, elles avaient changé d’attitude en adoptant la sanction par les amendes.

Et avec cette seconde vague, on les a vues plutôt avenantes, moins sévères et plus pédagogues. Elles ont ainsi changé de stratégie comme on a pu le noter à travers les images circulant à travers les réseaux sociaux. Elles interpellent les citoyens et leur distribuent des masques, question de leur faire prendre conscience des bons réflexes. Ce fait noté a d’ailleurs fait l’objet, lors de la matinale de ce lundi 1er février, d’une chronique  d’Abdoulaye Diédhiou qui avait accompagné les forces de police sur le terrain. C’est en réalité, a-t-on appris, une stratégie de communication déployée à travers tout le territoire avec l’appui de journalistes. On a pu voir des images en centre-ville tout près de la RTS, à Thiès, Kolda, Kaolack, etc. De quoi leur tirer notre chapeau et espérer que l’initiative soit fructueuse et permette davantage de protéger des citoyens. Voilà des forces de l’ordre comme on aimerait en voir tous les jours.

Le PCA de Senelec et ses délires !

Que penser des propos du PCA et non moins maire de Guéoul  ? Ils sont juste consternants et ahurissants. « Macky Sall m’avait promis qu’après les élections, il me nommerait directeur Général de la Senelec, mais malheureusement nous avons perdu notre commune. Macky Sall, comme il est mon ami, m’a juste nommé Président du Conseil d’administration. Je préfère ce poste, mais j’aurais aimé aussi être Directeur Général pour vous faire bénéficier des avantages que cela procure. Parce qu’en effet le directeur actuel (Bitèye), chaque année, embauche plus de 300 personnes  qui sont ses amis et proches. L’ancien DG (Makhtar Cissé) en trois ans, a embauché plus de 1300 proches » avant d’ajouter : « si vous aviez voté pour Benno, je serais à l’heure actuelle Directeur Général de Senelec, chaque année, j’aurais embauché 200 fils de Ngoumba Guéoul avec un salaire moyen de 500 000 F et ce serait plus de 100 millions injectés indirectement à Ngoumba ».

On croit tombe des nues en suivant la vidéo, tellement les paroles sont choquantes. Une conception népotiste de l’entreprise et de la politique comme moyen d’arriver à ses fins. Du chantage politique et du délire en direct, devrait-on dire.

Certains journaux ont en effet relayé l’affaire. Une diffusion qui a commencé, en début de week-end, avec  “Dakaractu” et “seneweb”. Le lundi 1er février, ce fut autour du journal « Tribune » de mettre à sa une : « Gestion clanique de la Senelec – Le PCA fait de graves révélations contre Makhtar Cissé et Pape Mademba Bitèye » ; le journal « Lii quotidien » parle de « Commune de Guéoul – Développement sur fond de coups bas politiciens » là où « Walf Quotidien » a barré à sa une, « Recrutements à Senelec  – Les délires népotiques du PCA, Khalil Dia ».

Et puis ce fut le tour de Madiambal Diagne du journal « Le Quotidien » dans sa chronique « Les lundis de Madiambal » d’y aller de ses commentaires à charge contre la gestion de Makhtar Cissé et dans une moindre mesure celle de Papa Mademba Bitèye. Il a ainsi tenté d’établir des liens entre une dénonciation « dans le passé, de travers de la gestion par des syndicalistes », le « recrutement à tour de bras, d’une clientèle politique originaire de Dagana, fief électoral de l’ancien Directeur général » et une « Société nationale d’électricité qui avait toujours été présentée comme un modèle de bonne gouvernance d’une entreprise publique » pour faire avaliser l’idée d’une mauvaise gestion.

Le hic, c’est que dans la vie réelle, il y a ce que les Sénégalais avaient vécu, c’est-à-dire des coupures intempestives et permanentes d’électricité ou « houy houy kamathie » (caricature des coupures d’électricité en son temps) qui ont disparu avec l’arrivée de Makhtar Cissé à la tête de la boite et cette fiction que l’on nous décrit et qui est celle d’une société marquée par la gabegie et le népotisme.

Il convient juste de souligner que l’électricité relève de la science et des techniques, et il est bien difficile de tricher avec. S’il n’y a pas de travail, des efforts, de la stratégie et des investissements, il n’est pas possible de produire des résultats. Il n ‘y a guère longtemps, d’aucuns disaient que les comptes de la Senelec étaient maquillés et que la notation de Wara est complaisante. Ce sont pourtant les mêmes commissaires aux comptes (Mazars et KPMG) et la même agence de notation qui officient actuellement dans la boite ; et c’est cette dernière qui a renouvelé la bonne notation de Senelec, à l’heure actuelle. Qu’on ne s’y trompe point, si les coupures sont un mauvais souvenir, c’est bien parce que de bonnes bases ont été posées dans le passé. Et la raison c’est tout simplement le bon travail qui a été effectué par des hommes et des femmes de Senelec. Justement parlons de ces hommes-là. Pourquoi les effectifs de l’entreprise ne devraient-ils pas augmenter si la production, donc le nombre de centrales, le nombre de clients, le nombre d’agences commerciales et le volume de travail, augmentent ?

On devrait être fiers dans un pays où la création d’emplois n’est pas le point fort, que des Sénégalais arrivent à en trouver, pourvu juste que les recrutements soient rationnalisés et que les plus méritants accèdent à ces emplois. Qu’il puisse y avoir des problèmes, c’est un fait qui ne peut manquer. Senelec est une société contrôlée contrairement à ce que d’aucuns pensent, en réclamant des audits tous azimuts. Il peut y avoir des abus, c’est sûr, mais il convient juste de noter qu’il y a des instances internes et externes dont c’est le rôle d’alerter, de prévenir et de dire non. Ce sont notamment le Conseil d’Administration, le contrôle de gestion qui s’appuient sur les procédures mises en place et évidemment les syndicats, les commissaires aux comptes et l’Armp qui intervient souvent sur les questions de passations de marchés. Et la récente déclaration commune de tous les syndicats de la boite relevant des problèmes, montre qu’ils ne sont pas que des spectateurs.

Heureusement que des journaux ont vérifié les chiffres…

Dans cette affaire, comme on a pu le constater, sur un plateau d’une certaine matinale, des chroniqueurs, en chœur, ont répété à l’envi, les propos issus de cette vidéo où Serigne Mbaye Dia, alias Khalifa s’épanchait sur ces fameux recrutements, en s’indignant. Comme si sa parole était coranique ou biblique ! Ils se sont abattus sur la Senelec, la traitant de “vache laitière”, alors que leur premier réflexe aurait dû être de vérifier la réalité des chiffres annoncés. La teneur même du discours du PCA aurait dû leur mettre la puce à l’oreille quant au doute méthodique à observer. Les citoyens devraient dès lors se sentir en danger. Suffit-il qu’une information soit délivrée pour que les gens y croient ? Un journaliste ne devrait pas hurler avec les loups. Sa préoccupation première devrait être de faire parler dans ce cas-ci, des chiffres authentifiés ou alors de produire des faits. Son métier lui impose d’avoir recours à des sources différentes et de recouper pour arriver à des conclusions. Dans ce cas-ci, ils auraient pu interroger des syndicalistes, des salariés, des responsables des Ressources humaines entre autres et tenter d’obtenir des chiffres relatifs aux recrutements. Le bilan social doit bel et bien exister quelque part à la Senelec, non ?

« Le président du Conseil d’administration de la Senelec, Khalifa Dia, une voix on ne peut plus autorisée, avec candeur ou naïveté, vient de faire une sortie largement relayée par les réseaux sociaux, … », a écrit Madiambal. Mais, de qui se moque-t-on ? Comment un président de conseil d’Administration qui nous a livré une conception aussi népotiste du recrutement centré sur le clientélisme politique et son terroir, peut-il être « une voix on ne peut autorisée, avec candeur voire naïveté… » ? Qu’on ne nous fasse surtout pas croire que le Pca n’aurait pas bénéficié de ces recrutements qu’il décrit. Lui qui s’imaginait déjà dans la peau d’un directeur général de Senelec distributeur de postes, suivant une promesse que Macky Sall lui aurait faite.  Comment peut-on accorder du crédit à un tel personnage qui dévoile les secrets de ses conversations privées  ? A supposer que ce qu’il dit sur les recrutements de 300 personnes par an par Bitèye soit vrai, n’est-il pas tout aussi comptable d’un recrutement aussi massif à ses yeux, en tant que PCA ? Ce fait, s’il existe, pourquoi ne l’a-t-il pas dénoncé avant ? C’est à peine si M. Dia ne culpabilise pas ses militants de ne pas lui avoir permis de gagner les élections et d’être nommé DG ! Ses propos ne sont pas très élégants vis-à-vis de Bitèye. Voudrait-il prendre sa place ? Un sacré gros envieux, ce Dia !

Être PCA d’une société telle que Senelec nécessite tout de même de respecter l’honorabilité de la fonction et la dignité qui sied, surtout pour quelqu’un qui est censé contrôler une entreprise aussi stratégique. M. Dia méconnaît en réalité ses prérogatives. Un Président de conseil d’administration ne devrait pas parler comme cela. En faisant cette déclaration-là, Serigne Mbaye Dia n’était mû que par l’aspect patrimonial du poste et la jouissance..

Elles sont bien fraîches dans les mémoires ces sorties au cours desquelles des prestataires de Senelec revendiquaient le fait de devoir être recrutés. Demandez à Mame Makhtar Guèye de Jamra. L’édition de « Walf Quotidien » du lundi 1er février qui a fait son travail d’information en recoupant la véracité ou non des chiffres, est arrivée à la conclusion que ces accusations sont « complètement fausses ». Les chiffres également. Et le quotidien de rappeler : « on se souvient qu’au temps de Makhtar Cissé chez l’électricien national, la presse avait fait état de la régularisation de ces nombreux contractuels qui avaient capitalisé 5 ans au moins dans la boite. » Poursuivant, celui-ci de préciser : « Makhtar Cissé avait ainsi régularisé 493 contractuels arrêtés par son prédécesseur, Pape Dieng, suivant un protocole d’accord avec la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts) de Mody Guiro qui l’avait saisi pour faire plaider ces cas. ». Et le journal de renchérir :  « C’est ainsi qu’un concours juste de classement avait été organisé pour les recruter suivant ce classement et par vague sur 3 ans. Une cérémonie de Sargal (ndlr- de félicitations) avait par la suite été organisée par cette centrale syndicale au Grand Théâtre national pour le remercier. Un second concours auquel ont pris part 700 personnes, a été organisé par la suite par l’Ecole supérieure polytechnique (Esp) sous la supervision d’un huissier et d’un cabinet d’intérim. A l’issue de cette sélection, 186 candidats ont été retenus. Cela, en plus d’une vingtaine de prestataires du Programme d’appui au secteur de l’électricité (Pase) qui ont été reversés au commercial de Senelec. »

Le journal « Tribune » a aussi cherché à en savoir plus dans cette affaire. C’est ainsi qu’elle a fait un appel à sa une du mardi 2 février  : « Affaire des recrutements – Les informations qui démentent le PCA de Senelec » et a produit dans la foulée des chiffres contraires à ceux du PCA et qui se recoupent.

Un point de situation des deux journaux qui montre qu’on est bien loin des 1300 annoncés et du recrutement clientéliste de Dagana.

Vouloir faire croire que 1300 supposés agents recrutés, étaient des proches de Makhtar Cissé ou des Daganois, relève d’une simple volonté de dénigrement. Même le dirigeant le moins inspiré et le moins futé du monde, n’aurait pas pu se permettre un tel scandale. Il faut juste relever, en tenant compte des décès, des démissions et des départs à la retraite, si on en croit des sources syndicales, qu’à son arrivée en juin 2015, l’effectif était de 2519 et à son départ en avril 2019, de 3152.

Bref on sort de cette histoire complètement groggy. Difficile de célébrer le mérite sous nos tropiques. Et même si les journalistes évoquent rarement les trains qui arrivent à l’heure, respecter les fondamentaux du métier, implique de faire un minimum de recoupements avant de répéter des paroles dignes d’une séance de prestidigitation ou plus exactement d’un fétichisme des chiffres. Le travail de la presse ne peut se résoudre à un rôle de caisse de résonnance, des commentaires et vociférations ou juste de la dénonciation ou de l’indignation, comme on en voit de plus en plus souvent avec ces chroniqueurs  ou ces intrus de la presse qui n’ont subi aucune formation. Il faut que l’orthodoxie du métier fasse son retour et que le porter-presse ne puisse plus prospérer. Car là manifestement, difficile de ne pas penser à cela.

PS : une sortie qui n’est pas passée inaperçue, c’est celle des Rufisquois Ismaël Madior Fall et Seydou Diouf, dimanche 31 janvier pour proposer le couplage des élections locales et législatives. Une proposition considérée comme un ballon de sonde, mais qui augure tout de même d’une augmentation de la durée du mandat des députés après celle des maires. Une sortie qui a poussé « Le Témoin » à barrer à sa une : « Ismaël Madior Fall et Seydou Diouf – Les siamois Rufisquois du « Macky » à la manœuvre !  De quoi désespérer de la politique sous nos tropiques.