NETTALI.COM – Dans une de nos chroniques du mois de juillet, nous avions applaudi lorsque l’émission « Yeewuleen » a changé d’horaire de diffusion du lundi au vendredi. En effet bien avant ce changement, des chaînes telles que I-TV, Walf TV, 2 STV consacraient cette plage horaire à des émissions plus informatives avec des journalistes sur le plateau.  Le président Youssou Ndour avait dès lors fait amputer l’émission de 2 heures (6 h à 8h) pour faire diffuser sur ce créneau horaire, une version télévisée de «Rfm Matin», l’émission de sa radio qui cartonne le matin.

Une nouvelle émission «Infos du matin» avait ainsi pris la place de «Rfm Matin». Logique sur cette tranche horaire, les Sénégalais sont en attente d’informations. La vérité aussi est que «Yeewouleen» était en perte de vitesse et le président You ne s’y était d’ailleurs pas trompé en décalant l’émission. Il sait qu’en matière de télé, lorsqu’on perd du terrain, on renforce la concurrence. L’autre tare de cette émission, est qu’elle s’identifie beaucoup trop aux délires de son animateur et sa tendance excessive à monopoliser la parole et à débiter des propos futiles.

Mais ce que l’on ne dit pas assez, c’est que même en matière d’animation radiophonique ou télévisuelle, il est souhaitable que celui qui est en charge d’une émission, ait un certain de niveau de culture et de langue, quelle que soit par ailleurs la langue avec laquelle il anime. Il faut que celui-ci arrive à maîtriser son discours sans tomber dans des jugements de valeur, stéréotypes ou préjugés. Bref à ne pas commettre de gaffes comme on en voit de plus en plus sur les plateaux télé. L’essentiel étant d’arriver à avoir un niveau de discours bien articulé, équilibré, intelligent, créer de l’empathie avec les auditeurs et téléspectateurs, sans toutefois tomber dans les excès ou propos obscènes et choquants. Avoir du talent et de la suite dans les idée, est évidemment nécessaire. L’obsession de faire rire ou d’accrocher son public, ne devrait toutefois pas conduire à monopoliser la parole à outrance. Le bavardage peu drôle et inintelligent, finit par agacer ceux qui suivent. L’humour n’est malheureusement pas le fort de Pape Cheikh, mais il l’ignore.  Ce qu’il  n’arrive pas à faire, c’est également laisser de l’espace et du temps de parole à ses collègues.

Le dérapage qu’il a commis mardi dernier, a eu lieu dans un contexte qui ne se prêtait pas du tout à la rigolade, mais plutôt à la condamnation d’un acte qui n’avait rien à faire dans un stade de football.  “Les noirs ressemblent à des singes“, a lancé celui-ci tout de go à l’émission Yewuleen de la Tfm avant d’ajouter : “Si Dieu m’avait demandé, j’aurais non seulement choisi d’être blanc, mais je serais comme Michael Jackson .” Lui et ses chroniqueurs tout hilares, en ont rigolé, insouciants et avec une désinvolture sans pareille. Mais l’affaire prend très vite une autre tournure.  C’est le tollé sur les réseaux sociaux. Si pour certains, on peut rire de tout comme le dit l’animateur, d’autres n’hésitent pas à l’insulter, lui reprochant un manque de culture qui ne lui permet pas de comprendre la souffrance des Africains d’Europe confrontés au racisme presque tous les jours. Mais la vérité est qu’on ne devrait pas pouvoir rire de tout car il y a des sujets plus graves et plus délicats que d’autres et qui nécessitent toujours qu’on ne s’y aventure point.

Et plus grave encore, il était question d’un contexte de combat contre le racisme dans le sport qui, semble-t-il, a connu un tournant mardi avec l’arrêt du match Psg-Basaksehir.  C’est malheureusement le moment choisi par l’animateur Pape Cheikh Diallo pour s’illustrer dans un dérapage qui en a choqué plus d’un. Le quatrième arbitre est accusé d’avoir tenu des propos racistes à l’endroit de l’entraîneur adjoint de l’équipe turque, l’ancien international camerounais Achille Webo. Et c’est le Sénégalais Demba Ba qui mène la fronde. Pour marquer le coup, il réussit à convaincre les deux équipes à rentrer aux vestiaires et à s’abstenir de jouer. L’Uefa est alors obligée de reprogrammer le match (rencontre finalement jouée hier mercredi et remportée par les Parisiens par 5 buts à 1, ndlr). Un match de Ligue des champions arrêté pour dire non au racisme. Qui l’aurait cru ? Un grand coup pour les joueurs noirs et autres qui vivent le racisme dans leur chair dans les championnats européens. Demba Ba est félicité à travers le monde pour son courage. Les réseaux sociaux s’enflamment pour l’international sénégalais. La classe politique en France comme en Turquie, s’en mêle. Au Sénégal, l’affaire est largement commentée. Demba Ba est porté en héros par ses compatriotes.

Comment peut-on être confronté à une situation aussi grave et aussi sérieuse et trouver le moyen de prendre une posture opposée ; et même d’en rire, de manière aussi inconsciente et stupide ? Pape Cheikh a l’habitude des niaiseries et des propos sans intérêt, entouré par sa bande dont fait partie Mado, la maquilleuse reconvertie animatrice !

Ce qui pose la question de la manière dont sont recrutés si facilement animatrices ou animateurs de télé . Beaucoup recrutent malheureusement et bien souvent des filles à la belle plastique, « xessalisées », « greffagées » et « onglées », habillées par des stylistes et pensent que le reste viendra avec l’expérience. Ya Awa Dièye par exemple, doit-elle son arrivée à la tête de l’émission qu’elle anime sur la TFM, le samedi soir, à son talent ? Elle la doit beaucoup plus à sa plastique. L’on mise beaucoup plus sur une attraction qu’elle pourrait avoir vis-à-vis de la gente masculine. Mais que vaut une émission lorsqu’elle n’a pas de fond ? Des thèmes y sont abordés, mais sont-ils traités dans leurs dimensions sociologiques avec des spécialistes de la question qui ont mené des études sur le sujet ou qui ont une certaine expérience de la vie qui leur permet de transmettre quelque chose d’instructif ? Ce qui va plutôt intéresser ceux qui sont à l’origine de l’émission, c’est le buzz et le nombre de vues. Rien que des opinions y sont déversées ! Tenez Modou Guèye par exemple le bijoutier dans l’émission du samedi soir de Ya Awa Dièye, au lieu de parler de bijoux, il va évoquer des sujets de société sans toutefois avoir une expertise particulière, sinon que son expérience personnelle ! L’on vous dira que ce n’est pas grave puisque ce n’est que du divertissement, jusqu’à ce que l’émission connaisse des dérapages dans le genre qu’a commis Pape Cheikh Diallo pour qu’enfin le public commence à s’émouvoir et à critiquer. L’animation tout comme le journalisme, requièrent une formation. Sinon c’est la porte ouverte aux dérives et fautes professionnelles de toutes sortes.

Pape Cheikh Diallo, quoique très sympathique, a cette fâcheuse tendance à dévaloriser l’information qu’il peut tirer d’un invité, tellement ses interventions sont intempestives. Le bonhomme casse souvent le rythme de l’invité en pleine argumentation. Ce qui fait évidemment perdre le fil à celui-ci et au téléspectateur qui s’attend à apprendre quelque chose en lieu et place de blagues douteuses ou des flatteries de l’animateur.  Tout le monde n’est pas à apte à tenir un micro, un plateau et un discours cohérent, mesuré, intelligent et instructif.

Elle est fraîche dans les mémoires, cette émission au cours de laquelle Taïb Socé, s’était fait descendre avec une certaine violence par Ahmed Khalifa Niasse. Une émission dirigée par Pape Cheikh Diallo (Quartier général) qui lui avait d’ailleurs échappée en termes de maîtrise. Si le marabout avait été recadré, personne n’aurait certainement trouvé à redire. Mais dans l’affaire, ce sont les règles de la confraternité qui ont tout simplement été bafouées. Et le plus honteux dans tout cela, ce sont les éclats de rire indécents et discourtois de Ya Awa Dièye qu’on avait pu entendre au moment où Ahmed Khalifa lançait des assauts d’une rare violence contre le prêcheur de la RFM ! Ce jour-là M. Niasse était en tout cas-là, en roue libre, déroulant parfaitement et selon son propre tempo. Le grand problème de cette émission, c’est qu’il n’y avait que des animateurs sur le plateau : Amina Poté, Ya Awa Dièye, Ndoye Bane, Pape Cheikh Diallo, Aba no stress et naturellement Bouba Ndour, l’homme de toutes les émissions et non moins directeur des programmes ! Ils n’étaient pas suffisamment pros pour le recadrer. Leur passivité était en tout cas déconcertante. Evidemment le tout, sous le regard médusé de Pape Cheikh Diallo, visiblement dépassé.

Résultat des courses, cette grande voix qui avait sa particularité et sa spécificité dans sa manière de faire ses prêches sur la RFM, avait fini par quitter le Groupe Futurs médias.

La question à se poser, est de savoir comment arriver à prendre au sérieux un animateur qui, un jour officie dans une émission où il raconte tantôt des blagues, ou tantôt, encense un quidam pour obtenir des faveurs de sa part. C’est aussi cela l’un des grands problèmes notés chez cette catégorie d’acteurs des médias qui n’arrêtent pas de changer de vestes, de postures et d’attitudes en fonction des situations. Ce qui conduit à des situations comme celles-là, c’est que le métier de professionnel des médias, est à ce point banalisé, dévalorisé et traité avec beaucoup de légèretés que les animateurs pensent aussi qu’ils peuvent y faire incursion.

Bouba Ndour se trompe de casquette

Tiens tiens, Bouba Ndour, on ne pouvait pas ne parler de lui après ce dérapage qu’il a commis, lui aussi à l’émission « Jakarloo » de ce vendredi 11 décembre sur la TFM. Alors qu’il était en plein tiraillement quant à la prise de parole, il a été interrompu par Aliou Goloko présent sur le plateau, mais n’a trouvé rien d’autre à faire que de menacer l’animateur de l’émission, le journaliste Abdoulaye Der. « Si tu n’es pas capable de tenir ton plateau, il faut nous le dire ». Une menace à peine voilée de le remplacer. La confusion des rôles est à son comble. Bouba n’était pourtant pas là en tant que directeur des programmes, mais en tant que chroniqueur. Et à ce titre, il était astreint au même rôle que les autres, y compris les invités. Mais à quel titre a-t-il agi ? Il a en effet cette fâcheuse tendance à vouloir faire la police lorsqu’une situation ne lui convient pas ou qu’il est victime d’une interruption ou est tout simplement contrarié. Comme lorsqu’il a stoppé net « Fou malade » qui abordait au moment du thème sur le racisme, la question des castes au Sénégal. Sa réaction a été de lui dire que ce thème faisait l’objet de l’émission animée le samedi soir par Yaye Awa Dièye, question qu’il n’anticipe pas.

Une confusion des rôles qui montre que Bouba ne sait pas faire la différence entre ses casquettes. Ne devrait-il pas tout simplement en porter une, s’il ne peut pas s’empêcher d’exercer son autorité sur les plateaux, où il officie en tant que chroniqueur au même titre que les autres ? C’est Der son patron sur ce plateau et Bouba ne peut pas intervenir comme il a eu à le faire. Et souvent d’ailleurs. Le comble c’est lorsqu’il a dit à Goloko qu’un invité ne peut se comporter comme il l’a fait : « gane dou yeewi bey ». Der a été même obligé d’opérer une pause dans l’émission, le temps que les esprits bien chauffés, se calment. Une pause qui a d’ailleurs été le prolongement d’échanges verbaux peu amènes qui opposaient Bouba à Aliou Goloko.

Bouba est assurément un professionnel dans le domaine musical et des spectacles, on peut le lui concéder. Mais le fait d’être issu du monde de la musique, ne lui donne pas nécessairement une autorité dans le domaine de la programmation télé. Il acquière de l’expérience à force d’exercice et l’on comprend bien sa tentation de vouloir faire de l’infotainment. On l’a vu tantôt animer une émission dénommée « Un tour avec » . Il est passionné, c’est sûr et se donne le challenge de toujours vouloir créer de nouveaux concepts. C’est tout à son honneur. Mais il  ne peut continuer à se comporter de la sorte. Il doit apprendre à adopter un comportement plus respectueux vis-à-vis des téléspectateurs et vis-à-vis des chroniqueurs, de l’animateur et des invités. TFM est devenue ce qu’elle est grâce aux journalistes qui ont participé à l’essor du groupe depuis le journal, en passant par la radio et le site d’information pour arriver à la télé. La télévision n’a de l’audience que parce qu’il y a des téléspectateurs pour la suivre. Et rien que pour cela, il doit faire son autocritique et surtout faire preuve de retenue, de plus d’humilité dans ses interventions, d’autant plus qu’il a souvent de bonnes idées. L’idéal serait peut-être qu’il choisisse une seule casquette. Et en ce moment le problème sera réglé.