NETTALI. COM- Assane Diouf est en grève de la faim, depuis samedi, au Camp pénal de Liberté 6. Le prisonnier proteste contre son emprisonnement, entamée le 5 juin dernier et ses mauvaises conditions de détention. Ses avocats dénoncent une violence d’Etat.

Baye Modou Fall alias “Boy Djiné” n’est pas actuellement le seul détenu en grève de la faim. Assane Diouf est également dans la même situation, depuis samedi. Sous mandat de dépôt depuis le 5 juin dernier, pour provocation à un attroupement armé et outrage à agent, entre autres, M. Diouf a décidé d’observer une diète pour alerter sur son cas. Cette décision est fortement approuvée par ses conseils, pour qui leur client fait l’objet d’une “violence d’Etat sans nom”. “La meilleure des preuves est qu’il est poursuivi pour des faits pour lesquels d’autres, bien avant lui, ont été tout simplement traduits en flagrant délit, alors que lui, on l’a amené en instruction et n’a jamais été entendu. C’est comme s’il était gardé en otage”, dénonce Me Khoureyssi Ba.

L’avocat indique que, quelques jours avant la fin de son mandat de dépôt, le détenu a subi une audition de façade avec des questions surréalistes, en déphasage avec ce qu’on lui reproche. Assane Diouf avait d’ailleurs, dit-il, exigé la production des supports matériels pour pouvoir se défendre. Ce qui lui a été refusé.

Contacté par “EnQuête”, Lamine Guèye Ndiaye dénonce lui aussi que son oncle, qui devait être entendu quelques jours après sa détention, reste 6 mois en prison pour l’être. Pire, regrette le sieur Ndiaye, il est incarcéré à la prison de Liberté 6 dans une zone à haute sécurité, réservée aux criminels et terroristes, alors qu’Assane Diouf n’est qu’un activiste qui dénonce l’injustice. “Ses avocats, Mes Clédor Ly et Khoureyssi Ba, ont introduit quatre demandes de liberté provisoire dont deux dans une même journée, sans succès. Ce qui prouve à suffisance qu’ils veulent bafouer ses droits, ce qui est inacceptable pour Assane Diouf qui a décidé d’entamer une grève de la faim depuis samedi. L’Etat du Sénégal sera tenu responsable de toutes les conséquences de cette décision”, avertit Lamine Guèye Ndiaye.

Une plainte annoncée contre le doyen des juges et le procureur

D’ailleurs, Me Ba indique que le juge a pris une ordonnance de renvoi, alors que la chambre d’accusation doit statuer le 17 décembre prochain sur leur énième demande d’appel. Ce qui représente ainsi, à ses yeux, “une violence d’Etat”. Les conseils, qui n’entendent cependant pas baisser les bras, prévoient de rédiger une plainte contre le doyen des juges d’instruction et le procureur. “Cela ne peut pas continuer de garder les gens en otage et de bafouer leurs droits. Qu’on nous explique pourquoi quand Guy Marius Sagna ou Assane Diouf sont en instruction, on les amène au quartier de haute sécurité du Camp pénal de Liberté 6 ?”, s’interroge l’avocat.

En plus de la longue détention préventive, les proches d’Assane Diouf s’inquiètent également de son état de santé jugé dégradant. Certains parlementaires avaient d’ailleurs profité du passage du ministre de la Justice à l’hémicycle, pour alerter sur ses conditions de détention. “Assane Diouf souffre gravement en prison. Ses conditions de détention sont très dures. Il est malade et il risque de subir l’amputation de l’une de ses jambes. Donc, libérez-le. Je pense qu’il a déjà payé sa dette”, avait plaidé Mame Diarra Fam devant Me Malick Sall. A ce propos, le neveu Lamine Guèye Ndiaye révèle qu’Assane Diouf a été victime d’une double fracture, lors de son dernier séjour carcéral à la prison de Rebeuss. Il est, par la suite, poursuit notre interlocuteur, resté sans soins, depuis sa détention au Camp pénal de Liberté 6. “Il traine, en plus de cela d’autres maladies, ce qui fait qu’il a beaucoup maigri. Et l’Etat du Sénégal a préféré rester muet face cette situation. Il a jugé utile d’entamer cette grève au péril de sa vie. C’est un combat qu’il souhaite mener personnellement pour être rétabli dans ses droits. L’Etat sera alors responsable de toutes les conséquences de cette décision”, prévient M. Ndiaye.

Me Khoureyssi Ba trouve, lui, qu’Assane Diouf n’est plus trop jeune pour supporter les rigueurs carcérales. L’avocat reste cependant optimiste sur une prochaine programmation de son audience. Au cas contraire, croit-il savoir, la justice risque d’assumer la responsabilité de son décès