NETTALI.COM – Le rappel à Dieu de Pape Bouba Diop a prolongé le monde du football en général et le Sénégal en particulier dans la tristesse et la consternation. Dans un entretien accordé au quotidien Stades, son grand-frère et manager Alioune Diop a détaillé avec émotion les dessous de la maladie de l’ancien international sénégalais. Il est revenu sur la vie de son frère après sa retraite en 2013, sur le projet avec El Hadji Diouf et le président Macky Sall de rapatrier Bouba Diop vivant, mais aussi sur le dernier sms qu’il a reçu de la femme du défunt.

Parler de Pape Bouba est très difficile pour moi parce qu’on était très proche. Il était attentif à mes conseils. On a géré toute sa carrière de la sorte. Je lui ai toujours dit de faire gaffe avec la presse. C’est pour cela que ces sorties dans la presse étaient minimes, que ce soit en France, en Angleterre ou en Suisse. Je pense que tout le monde a suivi sa carrière. Ce qui étonne tout le monde, c’est qu’après sa carrière, il était effacé, calme et posé. On avait des projets dont on parlait très souvent et que je suis toujours en train de poursuivre. On était entre Chine, Shanghai et Dakar. On faisait du business de gros engins avec l’intermédiaire d’un de ses amis. Il amenait les engins et je les vendais ici à Dakar. C’est après sa carrière, en 2013, qu’il m’a demandé ce que j’avais comme projet et c’est en 2014 qu’on a démarré ce business. On était très complice.

Depuis 6 mois, il ne parlait plus

Pape Bouba était atteint de la maladie de Charcot depuis septembre 2017. Il était au Sénégal pour la fête de Tabaski et c’est ici qu’il avait commencé à perdre l’usage d’un de ses bras. Il est rentré de suite. Quand il est retourné à Lens, les mois qui suivent, il nous a dit qu’il avait aussi mal à l’autre bras. Après c’était les pieds, son cerveau et il avait fini par perdre la voix. Depuis 6 mois, il ne parlait pas ou il ne disait qu’un petit “Ok” ou “Ok grand c’est bon”. J’ai vécu, à distance, comme ça pendant tout ce temps. Ayant vu que sa situation ne s’améliorait pas, même avec sa prise en charge médicale, je lui ai envoyé des médicaments traditionnels qu’il n’a même pas eu le temps d’utiliser. C’est jeudi dernier que j’avais décidé de le faire venir au Sénégal. Parce que la dernière fois qu’il m’a appelé, il m’a dit, par le biais de quelqu’un de bien, Daouda qui était à ses côtés parce qu’il ne parlait plus, qu’il ne se sentait pas bien. Il entendait, mais ne pouvait pas parler. Dans sa tête, il disait que s’il arrive au Sénégal, il allait guérir. Je lui ai dit qu’il allait rentrer.”

El Hadji Diouf m’a dit qu’il a vu le président

J’ai appelé El Hadji Diouf, je lui ai parlé de la situation de son copain. Il m’a demandé ce qu’il avait et tout. Et quand je lui ai dit qu’il était sur fauteuil roulant depuis un an, El Hadji Diouf a crié. Il m’a demandé pourquoi je ne lui avais rien dit. Il m’a ensuite demandé ce que je voulais qu’on fasse et je lui ai dit que je voulais qu’il rentre. El Hadji m’a dit que ça faisait le compte, parce que le lendemain, il devait aller voir le Président Macky Sall. Je lui dis de lui faire part de mon vœu de faire venir Bouba au Sénégal. Le vendredi, après la prière du Jummah, El Hadji Diouf m’a appelé pour me demander de venir au palais. Je suis parti directement là-bas. J’ai trouvé El Hadji devant la porte. El Hadji Diouf m’a dit qu’il a vu le président qui lui a demandé de chercher un avion médicalisé rapidement, qu’on lui fasse un devis pour évacuer Bouba. J’ai appelé à l’instant même la femme de Bouba et je lui ai dit qu’on voulait le rapatrier et elle était d’accord. Je lui ai demandé de chercher une compagnie aérienne, les prix et autres pour que je puisse le transférer au niveau de la présidence. Ce qu’on a fait. C’est ce lundi qu’on devait recevoir les résultats des vols privés.

C’est de l’hôpital que sa femme m’a envoyé un message pour me dire ‘oui ça y est ‘ ”

Le samedi matin à 7h44, il m’a appelé pour me dire qu’il était vraiment fatigué. Je lui ai dit qu’il était un Lion et qu’il devait tenir bon, lundi ou mardi au plus tard, il pourrait être à Dakar. Toute la journée du samedi jusqu’à 3h du matin, on était en communication. C’est après que je me suis endormi. Le dimanche, j’ai vu deux appels manqués de Bouba. Il m’a appelé à 8h44, il m’a redit qu’il était fatigué toujours par la voie de Daouda. Jusqu’à 13h, on se parlait. 5mn après, sa femme m’appelle pour me dire qu’elle a fait appel aux sapeurs-pompiers. J’ai attendu, on était toujours en ligne pendant 1h37mn parce que les sapeurs devaient quitter Aras pour rejoindre Lens (11 kilomètres). Il habitait à Aras, c’est récemment qu’il a rejoint Lens. Le médecin m’a dit cruellement : ‘tu es son frère ?’ je lui ai dit ‘oui’, il m’a dit ‘on n’y peut rien’. Je l’ai même savonné. C’est la femme de Bouba qui a essayé de me calmer. Il était sous assistance respiratoire depuis un an. On l’a pris en photo ce vendredi même avec l’appareil. C’est une heure après qu’ils ont pu l’évacuer. Avec le Covid-19, ni Daouda ni sa femme n’ont pu accompagner Bouba à l’hôpital. C’est une heure après qu’on a appelé sa femme pour constater le décès de Pape Bouba Diop. C’est comme ça que les choses se sont passées. Je suis sûr qu’il est mort pendant l’évacuation. C’est de l’hôpital que sa femme m’a envoyé un message pour me dire ‘oui ça y est’. C’est le message qu’elle m’a envoyé.