NETTALI.COM – Le gouvernement doit impérativement inciter les banques étrangères de la place au refinancement de l’économie, alors que l’on redoute le scénario d’une récession économique. L’idée est portée conjointement par Mamour Cissé et Mounirou Ndiaye

Au lendemain de la sortie du chef de l’Etat dans les colonnes du Financial Times où il évoque la perspective d’une récession économique, I-Radio/ItV posent le débat afférent aux solutions à mettre en œuvre pour endiguer les contrecoups néfastes de la Covid-19. En clair, invités à la Matinale animé ce 24 juin par Alassane Samba Diop, l’économiste Mounirou Ndiaye et l’opérateur économique Mamour Cissé, ont demandé au gouvernement d’édicter des mesures incitatives devant obliger les banques étrangères au refinancement d notre économie.

« Dans des pays comme la France et l’Angleterre, aujourd’hui pour emprunter, le système de planches à billets est utilisé. Ils empruntent à un taux nul, alors que nous, nous empruntions avec des taux d’intérêt autour de 6%. Nous sommes rationnés, parce que nous dépendons d’un taux d’intérêt qui nous est imposé de l’étranger », fait constater Mounirou Ndiaye, pointant « des problèmes liés à la maîtrise de l’information ». « Cela nous ramène à la question de l’autonomie monétaire », précise-t-il.  Pour cet enseignant, quand bien même l’avènement d’une nouvelle monnaie, il faut redéfinir les paradigmes du financement de l’économie sénégalaise.

L’économiste suggère à l’Etat de revoir le Plan Sénégal émergent, en le réajustant par rapport aux finalités de la Force Covid-19. « Les 1000 milliards F Cfa, c’est de l’argent que l’on mobilise et qui n’est pas encore disponible. Il faut revoir les moteurs de la croissance. Il y avait de nombreuses anomalies avec le Plan Sénégal émergent. Le quart du budget de l’Etat, soit près de 930 à 960 milliards, sert à payer la dette, chaque an », dit M. Ndiaye.

Mamour Cissé trouve aberrant que le minimum d’effort, face à la Covid-19, vienne de la BNDE et de la Banque agricole (notamment en ce qui concerne les semences et intrants agricoles), alors que les banques marocaines détiennent 80% de parts de marché (dans la géographie des systèmes financiers au niveau national).

« Il y a une disponibilité financière énorme au Sénégal. Le ministre en charge du Budget doit faire appliquer des taxes pour inciter ces banques à financer l’économie. Sur 1000 milliards que l’on doit mobiliser, on n’en a que 400 », déplore l’ancien directeur de cabinet du président Abdoulaye Wade.

En outre, Mounirou Ndiaye et Mamour Cissé  attirent l’attention des autorités sur un fait qui préjudicie à la bonne marche des entreprises locales : pour éclipser leurs concurrents sénégalais, Chinois et Turcs, par exemple, sont soutenus par des modèles comme China Eximbank ou Eximbank de Turquie.  Ce qui fait que les entreprises de ces pays étrangers raflent de gros marchés au Sénégal au détriment des locaux dont les dossiers sont souvent forclos.