NETTALI.COM – Plusieurs populations sénégalaises risquent de vivre dans les mois à venir une insécurité alimentaire.  Surtout avec le contexte du Covid-19. La révélation est faite par le Secrétaire exécutif du conseil national de la sécurité alimentaire, Jean Pierre Senghor.

«La fermeture des frontières extérieures du fait de la survenue de la pandémie de Covid-19, fait courir au pays le risque de voir les circuits d’approvisionnement en produits alimentaires perturbés. Il en est de même de la situation à l’intérieur du pays car les restrictions dues à l’état d’urgence limitent la circulation des personnes et des biens, ce qui se traduit par une réduction notoire des transactions commerciales, des pertes de revenus qui affectent directement l’économie des ménages. La crise sanitaire en cours, présente, de ce fait, dans l’ensemble des 17 pays du Sahel et de l’Afrique de l’ouest, un risque d’exacerbation de crises alimentaires récurrentes», note Jean Pierre Senghor.

Selon lui, si les autorités ne font rien, cette situation pourrait engendrer une double crise, économique et sociale.

«Afin de prévenir, voire d’éviter la survenue d’un tel scénario, un Plan d’urgence sécurité alimentaire (Pusa) est élaboré par le SE-Cnsa, en collaboration avec tous les acteurs qui «cotisent au panier de la sécurité alimentaire» dans le pays. Fruit d’une construction commune, par une démarche interactive, le Plan d’urgence sécurité alimentaire (PUSA 2020) se veut une réponse conjoncturelle d’envergure de l’Etat du Sénégal à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle, fortement exacerbée par les effets de la pandémie de Covid-19. Ce plan se décline en deux temps quasi simultanés dont le premier tient de l’opération «aide alimentaire d’urgence» à un million de ménages, déployée dès la fin du mois d’avril 2020, par le ministère du Développement communautaire, de l’Equité sociale et territoriale (Mdcest). Le Pusa 2020 se poursuit, dans la foulée, par l’intervention spécifique dans 7 régions parmi les plus vulnérables du pays, d’un consortium de six Ong partenaires, dénommé Réplica. Cette action, qui se veut elle aussi précoce, est rendue possible grâce à un fonds de 11,5 milliards de FCfa dont le Sénégal a bénéficié cette année de la Mutuelle panafricaine d’assurance, African Risk Capaty (Arc), au titre d’indemnité versée au pays suite à la sécheresse qui a sévi dans la plupart des terroirs au cours de la dernière campagne de l’hivernage 2019», explique-t-il.

A l’en croire, la poursuite de la mise en œuvre du Pusa consistera donc à apporter, au moment de la soudure (juin-août) au plus tard, un appui à 529 625 ménages qui d’après les résultats du dernier Cadre Harmonisé (CH), courent un fort risque de basculer en insécurité alimentaire.

« Avant la survenue de la pandémie, le nombre de ménages menacés d’insécurité alimentaire d’ici à juin 2020 était estimé à 95 828 ménages dont les besoins de prise en charge sont totalement couverts par le fonds Arc, déjà disponible. En termes de budget, le Pusa 2020, en cours de validation, voit déjà un montant de 80,5 milliards de FCfa, soit 65,1% déjà mobilisés, avec 69 milliards de FCfa en cours d’exécution par l’Etat, sur fonds propres, en plus des 11,5 milliards de FCfa provenant de l’indemnité versée par Arc. Lors de la dernière télé rencontre du Réseau de Prévention des Crises alimentaires (Rpca), qui s’est tenue le 02 avril 2020, la proposition du Sénégal de reconsidérer son Plan national de Riposte (Pnr) en Plan d’Urgence Sécurité alimentaire (Pusa) a retenu l’attention du Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (Cilss), qui dans sa lettre n°000574 du 14 avril 2020, en a fait une recommandation formelle à tous les 17 pays membres de ce réseau Rpca. Il s’agit surtout de veiller à ce que la crise sanitaire en cours n’engendre pas, dans la foulée, voire dans le même temps, une crise alimentaire sans précédent, source potentielle de crises sociales aux conséquences imprévisibles. C’est tout le sens, l’objet et l’intérêt du Plan d’Urgence Sécurité alimentaire 2020, qui veut contribuer à bâtir, avec la communauté des acteurs impliqués dans la lutte contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle, une réponse rapide, vigoureuse et efficace, à la mesure du triple enjeu sanitaire, alimentaire et social auquel tous nos pays, sans exception, font face », explique-t-il.