NETTALI.COM- « Les magistrats vont appliquer la nouvelle loi portant criminalisation du viol et celle-ci sera appliquée sans état d’âme ». L’assurance est du Premier président Cour d’appel de Dakar, Demba Kandji. Ce dernier, toutefois, estime que pour l’efficacité de ladite loi, il faut renforcer les moyens de la justice.

« Les magistrats s’approprient la loi. Nous l’appliquerons sans état d’âme », a déclaré Demba Kandji, samedi, lors d’un panel organisé par l’Union des magistrats sénégalais (Ums) sur la nouvelle loi portant criminalisation du viol.

Cependant, pour le premier président de la Cour d’appel de Dakar, pour que cette application puisse se faire convenablement, il faut que les moyens de la justice soient renforcés. « Il faut que les Opj soient rééquipés, réarmés et formés pour pouvoir rédiger des procès-verbaux qui vont faciliter la tâche aux magistrats. Le législateur a pris des responsabilités, pour assumer les nôtres, il nous faut des moyens », a plaidé le magistrat.

Le Lieutenant de police Babacar Simal a abondé dans le même sens en préconisant la modernisation et l’autonomisation du Laboratoire de police scientifique. Car, selon le chef de la Division de la police technique et scientifique, le Sénégal est obligé de recourir à la France pour faire certaines analyses parce que le dispositif fait défaut.

Outre l’absence de moyens, les praticiens craignent l’engorgement des cabinets d’instruction et des prisons. Selon Me Etienne Dione dont la communication portait sur les nouveautés et défis de la loi, « on a accéléré la cadence pour faire adopter une loi, sans se soucier vraiment du sort de tous ceux qui, “victimes” d’un enfant,  peuvent se retrouver ou se retrouveront hélas, brutalement, sur simples dénonciations ou affabulations d’une fille ou d’un garçon, en prison durant des semaines, des mois, voire plusieurs années, le temps que l’instruction soit clôturée ou que la cause soit vidée ».

Un avis que partage Souleymane Téliko qui pense que « pour éviter ces longues détentions, il faut réunir tous les praticiens pour voir dans quelle mesure, tous ces dossiers peuvent être traités dans  un délai responsable ».

Par rapport aux appréhensions soulevées, le Directeur des grâces et des affaires criminelles rassure. En fait, précise Mandiaye Niang, « ce n’est pas forcément parce que le viol est criminalisé que les gens doivent  rester en prison 2 ou 3 ans. Si les juges d’instruction font leur travail correctement et ils le peuvent, dans le cadre de cette criminalisation. Il faudrait pouvoir voir des cas de viol où la personne même accusée, reste libre ».

Par ailleurs, le Dacg renseigne que la loi comporte beaucoup d’avancées méconnues comme la suppression des travaux forcés, le durcissement de la répression avec une peine minimale de 10 ans.

Du fait de cette méconnaissance, Moundiaye Cissé Directeur exécutif Ong 3 D s’est engagé à faire vulgariser la loi dans les langues nationales.